MENU
Accueil
Les vrais gangsters les plus cités par le rap français
Écouter le direct
Pablo Escobar et sa femme Maria Victoria - 1983
Pablo Escobar et sa femme Maria Victoria - 1983 ©Getty

Les vrais gangsters les plus cités par le rap français

Genono a enquêté sur le sujet.

“El Chapo lance sa marque de vêtements”,“6ix9ine menacé par le neveu d’El Chapo”, “El Chapo est-il pédophile ?” et autres titres farfelus occupent non seulement l’actualité des sites généralistes ces dernières semaines, mais aussi celle des sites spécialisés dans le rap et les cultures urbaines, puisque l’histoire et le procès du narcotrafiquant en activité le plus célèbre du monde fascinent le public. Dans le rap, les références à El Chapo sont extrêmement nombreuses depuis déjà quelques années, on se souvient par exemple du spectaculaire featuring entre Kaaris et Lacrim sur Le Bruit de Mon Âme en 2015, mais aussi d’un solo de Mac Tyer, de Gucci Mane, et des innombrables name-droppings de profils aussi variés que Future, Enima, Joe Lucazz, The Game, Hicham, Migos, 50 Cent, et un bon millier d’autres. 

Joaquin Guzman est donc sans aucun doute possible le hors-la-loi le plus cité dans le rap à l’heure actuelle, mais d’autres ont connu avant lui l’honneur d’être pris comme modèles par des rappeurs ayant toujours un peu de mal à distinguer la réalité et la fiction. 

Pablo Escobar

Drôle de destinée que celle de Pablo Escobar : devenu l’un des hommes les plus riches et les plus puissants du monde à la fin des années 80, il est finalement rattrapé par ses nombreux ennemis, et abattu -officiellement par la police colombienne- laissant derrière lui une image contrastée : vu comme un bienfaiteur dans certains quartiers de Medellin, et comme l’une des pires ordures du monde par les autres, il reste dans la mémoire collective mondiale comme l’un des plus grands narcotrafiquants de l’histoire. Malheureusement pour lui, il finit par devenir un personnage Netflix comme un autre avec l’arrivée de Narcos il y a quelques années, et se transforme presque en personnage fictif pour le public, équivalent colombien d’un Walter White ou d’un Stringer Bell. 

Narcos ayant littéralement matrixé le rap français à partir de 2015, les références à Pablo Escobar s'enchaînent à partir de cette date, en particulier chez Lacrim, qui a toujours été très attiré par la représentation des gangsters sur petit et grand écran, mais aussi chez l’extrême majorité du rap game : Kaaris, Lartiste, Enima ou encore Naza, qui se fend tout de même d’un “il serait de ma génération, Pablo m’aurait validé” qui laisse peu de doutes quant au contenu de son sac à dos. 

Jacques Mesrine

Peu cité par la nouvelle génération, qui semble plus portée sur les narcotrafiquants sud-américains que sur les gangsters français des années 70, Jacques Mesrine est longtemps resté l’inspiration numéro 1 des rappeurs, notamment pendant les années 2000. Cité par tous les grands noms de cette décennie, de Nessbeal à Despo Rutti en passant par Rohff, un rappeur va particulièrement prendre à coeur l’héritage de l’ex-braqueur : Seth Gueko. Auto-proclamé “le fils de Jack Mess”, il enchaine les références au personnage, aussi bien sur les tracklists de ses albums “La Famille Mesrine” que dans son imagerie, allant même jusqu’à arborer des t-shirts à son effigie. 

L’apogée de l’amour du rap français envers Jacques Mesrine prend la forme d’une bande originale : le biopic en deux parties avec Vincent Cassel se dote alors d’une bande originale 100% rap, et Mokless, les X-Men, Rohff, Kery James, Akhenaton, Oxmo Puccino et tant d’autres, viennent livrer leur vision du personnage. Plus récemment, on note tout de même quelques belles références au “grand Jacques” chez Jul, Columbine ou PNL, avec le fameux “Porte de Mesrine”, qui n’a en réalité pas grand chose à voir avec le gangster, hormis la porte de Clignancourt, lieu où il a été abattu le 2 novembre 1979. 

Bonnie & Clyde 

On remonte encore plus loin avec Bonnie & Clyde, l’un des plus célèbres couples de hors-la-loi de l’histoire des Etats-Unis. Chefs de gang dans les années 30, ils sèment la terreur dans le Sud des Etats-Unis à cette époque, commettant au moins une quinzaine de meurtres et effectuant de nombreux braquages. En France, un nombre impressionnant de rappeurs de toutes générations ont cité le duo, la plupart du temps pour évoquer, évidemment, une histoire d’amour sur fond de gangstérisme : Lacrim et Kayna Samet partent plutôt sur la thématique de la double vie (“elle voit que j’fais de l’oseille, mais elle croit que j’vends des disques”) ; Moha la Squale compare l’histoire de Luna et Bendero à celle de Bonnie & Clyde ; Disiz tente de changer un peu le cours des choses avec Bonnie sans Clyde, le récit d’une fille à la recherche d’un bad boy ; et enfin, Nessbeal fait ce qu’il sait faire de mieux : un classique. 

Antonio Ferrara

Cité par Mister You, TLF ou Guizmo, Antonio Ferrara a surtout marqué la discographie de Rohff, puisque s’il est bel et bien né en Italie et y a vécu pendant les 10 premières années de vie, le braqueur a ensuite grandi à Choisy-le-Roi, dans le 9-4, à quelques kilomètres seulement de Vitry. Rohff semble donc assez fier de pouvoir compter un personnage avec un tel CV dans son département, et le dédicace notamment dans Le Mot d’Ordre (“Pour les 9-4 spécimens du genre Antonio Ferrara”) mais aussi dans Wesh Zoulette, dans une rime qui ressemble avant tout à une crotte de nez envoyée à son éternel rival (“9-4, j’suis plus proche de Ferrara que de T-Pain”), tandis qu’il le cite à nouveau dans le titre Voyoucratie, qui mélange par ailleurs les références aux figures réelles du banditisme et les personnages fictifs issus du monde du cinéma. 

Toto Riina

Considéré comme l’un des chefs mafieux les plus puissants de l’histoire de la Cosa Nostra, Toto Riina a marqué en négatif l’histoire de l’Italie par une vague d’assassinats de juges, hommes politiques, journalistes, policiers et magistrats en tous genres. Un taux de criminalité à faire pâlir de jalousie Sifax, qui a fait entrer le mafieux dans la culture populaire, et par conséquent, dans le coeur des rappeurs français. Là encore, difficile de trouver un seul rappeur n’ayant jamais name-droppé Toto Riina : Rohff, Hooss, Soolking, Heuss L’Enfoiré, Jul, Booba, Ninho, Sch, Niro, Soso Maness, DTF … toutes les générations ont entendu parler de lui, et on le cite principalement pour sa détermination historique. Une pensée pour Jul, ce coeur si pur qui trouve le moyen de voir le bien y compris chez Toto Riina, en faisant référence à la célèbre histoire d’amour entre le mafieux et sa femme Ninetta -Toto aurait notamment mis en place un code d’honneur dans son organisation, imposant à chaque homme de respecter son épouse et de ne pas la tromper. 

Redoine Faïd

Il existe de nombreux moyens de gagner l’admiration du monde du rap français, mais le plus efficace de tous consiste à enchaîner braquages de banques ou fourgons et évasions de prison, si possible en utilisant des méthodes spectaculaires. A ce petit jeu, Redoine Faïd sort évidemment vainqueur, avec un panorama riche et varié de rappeurs ayant pris soin de le name-dropper, à chaque fois avec beaucoup d’admiration. Ancienne et nouvelle génération semblent s’accorder pour payer du respect au braqueur, et de Rohff à Alkpote, de Gradur à TLF, de Hooss à Seth Gueko, difficile d’échapper à une mention pour lui quand on se lance dans l’écoute d’un album de rap. 

La métaphore la plus usitée consiste bien évidemment à jouer sur la capacité impressionnante de Redoine Faïd à déserter ses différents lieux d’incarcération : “mon coeur s’est vidé comme la cellule de Redoine Faïd” (Gradur), “j’prévois de partir tout comme Redoine Faïd”(Alkpote) ou encore un beau projet imaginé par Yung Tarpei, “Redoine Faïd devrait libérer Max B”, ce qui serait clairement le plus beau coup du siècle. A noter également des questionnement philosophiques très forts chez Hooss, qui se dit “plus Redoine Faïd que Jacques Mesrine”, ce qui mériterait tout de même quelques arguments, et chez Hayce Lemsi, dans un style différent, “plus Redoine Faïd que Gandhi” -là, en revanche, aucun doute, c’est un très mauvais projet de vie. 

Griselda Blanco

“La Madrina”, pionnière des réseaux de cocaïne dans les années 70, est en quelque sorte une version féminine de Pablo Escobar, qu’elle a d’ailleurs côtoyé. Particulièrement violente dans les affaires, elle est à l’origine de guerres interminables contre ses concurrents, en Colombie comme aux Etats-Unis. Son image dans la culture populaire est donc celle d’une cheftaine impitoyable, ce qui, dans le monde du rap, se traduit par deux choses : les hommes la citent comme LA concubine idéale (Booba, “j’voulais rié-ma Blanco Griselda” ; Dosseh, “j’me suis juré de trouver ma belle, ma Griselda Blanco”) et les femmes la mettent en avant pour rappeler qu’il n’y a pas besoin d’avoir quoi que ce soit dans le slip pour s’imposer dans un milieu de machos. Bon, on a aussi droit à quelques références plus joviales, notamment chez Kaaris, qui “jure sur la schnek à Griselda Blanco”, mais il en faut pour tous les goûts. 

On retient donc en particulier le titre Blanco Griselda, clairement l’un des meilleurs morceaux de la carrière de Moon’A, et des paroles que n’aurait pas renié la narcotrafiquante : “j’écris mon texte sur une feuille de coca”, et surtout “la tête de leur mère dans un paquet-cadeau”, une petite attention qui aurait tellement plu à l’ex-baronne du trafic de coke.