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Les rappeurs lovers 2.0
Les rappeurs lovers 2.0 ©Radio France

Les rappeurs lovers 2.0

Si l'on prend les rappeurs actuels qui parlent le plus de femmes, ou qui simplement plaisent aux filles plus que les autres, on peut avoir certaines surprises...

Pendant longtemps, le rap français a eu une grosse différence avec son homologue américain : sa façon d'aborder la séduction voire les femmes en général. Non pas que le rapport à la gente féminine soit fondamentalement différent entre les deux pays, mais contrairement aux US, il y avait un petit complexe assez persistant. Rappelons même qu'à une lointaine époque, lorsque l'on disait d'un MC qu'il faisait « du rap pour meufs » c'était quasiment une insulte. Pour une raison simple : les limites du rap étaient alors assez rigides, tant dans le fond, à savoir les sujets abordés, que dans la forme, dans la mesure où le chant était exclusivement réservé à la vague R'n'B. L'évolution et le côté décoincé que cette musique a acquis au fil du temps (faire un son qui parle de relations homme-femme n'a plus rien d'inattendu) a conduit certains artistes à prendre une orientation que personne ne pouvait prévoir à leurs débuts. Attention, on ne parle pas de ceux qui ont toujours fait du sujet leur cheval de bataille type Dadju ou Vegedream, mais bien de ceux qui ont évolué au fil du temps, parfois sans vraiment s'en rendre compte.

PNL

Est-ce étonnant ?  Un peu, dans la mesure où la musique de PNL en elle-même n'est pas du tout axée sur les thèmes traditionnellement associés à la gente féminine, d'ailleurs jusqu'ici il n'y a pratiquement pas de femmes dans leurs clips. Pour le coup c'est vraiment l'ambiance des morceaux, qu'ils soient planants ou dansants, couplés à des textes qui laissent la part belle à l'émotion. Et les torses nus des deux rappeurs, aussi.

Booba

Est-ce étonnant ?  Si l'on se rappelle du Booba des débuts, peut-être. Mais il faut comprendre qu'il a toujours été fasciné par l'esthétique américaine, du coup ce n'était qu'une question de temps avant qu'il passe du modèle Prodigy à celui de 50 Cent (ou Lil Wayne, ou Drake, etc, on va pas tous les faire) et qu'il travaille ses abdos autant que ses 16 mesures, en remplaçant les « khos » par les « biatch » en fin de phrase. Et au-delà de ça il a même fini par faire de vraies chansons d'amour à sa façon.

Jok'Air

Est-ce étonnant ?  Pas du tout. Déjà à l'époque de la MZ, le groupe était assez porté sur les morceaux coquins et les ambiances de lovers du ghetto. Sachant que Jok'Air a toujours été celui qui poussait la chansonnette, il est vite devenu la mascotte des groupies et cela s'est logiquement prolongé lorsqu'il a démarré sa carrière solo.

Hamza

Est-ce étonnant ?  Non. Dès que le Bruxellois a trouvé sa nouvelle formule, que l'on peut grossièrement dater de la mixtape H-24, il a associé le côté sexy à tous ses egotrips et cela n'a fait que s'accroître jusqu'à aujourd'hui. Son utilisation de l'autotune, ses influences R'n'B ou jamaïcaines, toutes les étoiles sont alignées. Il ne lui manque plus qu'à se battre en duel avec Jok'Air dans un combat où la mort sera la seule issue afin de décrocher la couronne du rappeur de petite taille qui contrôle le public féminin francophone.

Kaaris

Est-ce étonnant ?  Pas mal. Même si Kaaris a suivi l'itinéraire classique de ses modèles américains, le fait qu'il soit parti à la base d'un univers ultra hardcore à des tendances plus douces a beaucoup surpris ses fans de la première heure. En gros c'est comme si Booba était passé directement de Temps Mort à D.U.C. La preuve, Kaaris a régulièrement rappelé qu'il était toujours capable de faire du sale, que ce soit avec Double Fuck ou le prochain Or Noir 3.

Nekfeu

Est-ce étonnant ?  Le Nekfeu kickeur avait déjà pas mal la côte, mais ne parlait pas spécialement de relations amoureuses. Une fois son image retravaillée, on a limite une sorte de Drake français en bonne et due forme, du style aux textes. Bon c'est sûr qu'il a une proportion déprimante de groupies mineures, mais il faut bien commencer quelque part.

Nemir

Même s'il est discret et malheureusement pas encore bien établi aux yeux du grand public, Nemir est une valeur sûre de cette catégorie, et assez constant en terme de qualité (pas encore en terme de productivité mais cela ne saurait tarder). Que ce soit dans un registre électro ou acoustique, le bonhomme peut pondre des ballades assez prenantes.

Est-ce étonnant ?  En terme de style, il suffit d'avoir suivi l'évolution de Nemir pour comprendre que c'était finalement très logique. Dès lors qu'il a laissé libre cours à ses influences plus Nu Soul et chanson française, le thème de l'amour en général s'est en quelque sorte imposé de lui-même. Par contre il ne semble pas vouloir participer au combat à mort entre les rappeurs de petite taille et ça c'est regrettable.

Damso

Est-ce étonnant ?  C'est sûr qu'il y a des gens étonnés qu'un rappeur qui a des propos crus envers les femmes leur plaise autant, mais c'est sûr aussi que ces mêmes gens n'ont jamais écouté de rap de leur vie, puisque cette contradiction s'applique à la totalité des têtes d'affiche américaines et à une bonne moitié des rappeurs français (« whaou, ce rappeur a la côte avec le public féminin alors qu'il parle souvent de pute », bienvenue dans les années 90 Josiane)

Romeo Elvis

Même si ce n'était pas le cas à ses débuts, dès que le rappeur s'est associé au compositeur le Motel, il s'est mis à livrer des textes un peu plus personnels qu'avant. Cela inclut entre autres des morceaux comme Drôle de question ou encore Lenita et Jaloux. Romeo Elvis y confie sans détour ses sentiments amoureux et le revers de la médaille, à savoir sa propre jalousie.

Est-ce étonnant ?  Non, c'est un Belge, ces gens-là n'ont aucun complexe, jamais. Et c'est quand même plus sympa pour le public féminin d'avoir quelqu'un qui sait sourire. Pis il s'appelle à la fois Roméo et Elvis, ça ne trompe pas.

Crédit photo : capture Damso - Macarena