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Les meilleurs albums-concept du rap français
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Sch (© Fifou)
Sch (© Fifou) ©Getty

Les meilleurs albums-concept du rap français

Qu’ils soient organisés autour d’une fiction, d’une seule thématique, ou même simplement comiques, petite sélection de ces disques pas comme les autres.

C’est un véritable exercice de style qui n’arrive pas toutes les semaines, surtout en ce moment où la musique sur long format est parfois plutôt pensée comme un recueil de morceaux voire une playlist. Cependant le rap français a connu et continue d’enfanter des albums où les artistes décident de se tenir à un angle bien précis, pour le meilleur et pour le pire. Suivez le guide.

JVLIVS

Artiste : Sch

Le concept : sans faire du story-telling, il s’agit de poser une ambiance mafieuse façon âge d’or des légendes de Marseille, mais sans que cela empêche le rappeur de parler de lui de manière réaliste ou personnelle.

Niveau de difficulté : moyen, ça tient surtout au soin apporté à l’ambiance générale (textes mais aussi instrus), puisqu’on n’est pas à 100 % dans de la narration ou de la fiction.

Pari tenu ? Oui, dans la mesure où aucun morceau ne fait tâche et selon le rappeur c’était le plus important : se tenir à l’atmosphère qu’il s’était fixé au départ tout en restant lui-même. C’est là que le court-métrage qui accompagne l’album a son importance pour poser le décor. Mais ce sont surtout les interventions du comédien José Luccioni (voix fraçaise d’Al Pacino) qui permettent d’enfoncer le clou. Présent pour l’intro ainsi que des interludes, l’acteur récite des textes écrits par le rappeur Furax Barbarossa, qui dressent le portrait d’un redoutable mafieux marseillais imaginaire.

X Sessions

Artiste : Expression Direkt

Le concept : à la base, le groupe a expliqué que c’est la production de Marc Dorcel qui les a contactés pour faire un film porno avec des inédits d’Express D pour la bande originale. Sauf que le projet ne s’est pas concrétisé. Est-ce que ça a empêché les enfants terribles de sortir les morceaux malgré tout ? Absolument pas.

Niveau de difficulté : faible, ce n’est pas comme si les rappeurs n’avaient jamais abordé ce thème dans des morceaux précédents.

Pari tenu ? Et comment. Comme n’importe qui connaissant un minimum le style des loustics pouvait s’y attendre, Weedy, le T.I.N. et Kertra (Delta n’a pas participé) s’éclatent comme des gosses sur ce thème.

Lipopette Bar

Artiste : Oxmo Puccino et The Jazzbastards

Le concept : Accompagné d’un groupe de jazzmen comme leur nom l’indique, le rappeur décrit des tranches de vies et de destins croisés avec au centre le Lipopette Bar, lieu fictif dont l’ambiance rappelle celle des films noirs, où l’on peut trouver gangsters, artistes, embrouilles mais aussi histoires d’amour inattendues.

Niveau de difficulté : élevé, puisqu’il y a trois défis à relever. Le bonhomme doit écrire une histoire cohérente et faire vivre ses personnages à travers non pas un morceau mais une douzaine qui se répondent entre eux, ses textes doivent s’accorder avec les instrus live des Jazzbastards sans que ça paraisse forcé, le tout en rendant un hommage implicite à la chanteuse Billie Holiday.

Pari tenu ? Totalement, c’était un peu l’occasion de voir si Oxmo n’avait rien perdu de son talent niveau story telling et le bonhomme n’a pas déçu, au point que l’écoute de l’album nécessite un minimum de concentration histoire de ne pas se réveiller au milieu d’un son en se demandant "mais attends c’est qui Yuri déjà ?" ; ce serait comme rattraper une série en ayant loupé des épisodes.

Gran Bang

Artiste : Q-huit, collectif éphémère regroupant Svinkels, Rhum-G, Triptik, DSL, TTC, DJ Pone, AMS.

Le concept : faire tout un album avec pour seul et unique thème l’alcool, qui doit donc être décliné de toutes les façons possibles.

niveau de difficulté : moyen, tout dépend du niveau d’alcoolisme des protagonistes, mais leur nombre reste leur force puisque chacun a un point de vue et des histoires différentes à raconter.

Pari tenu ? Oui, mais en même temps vu que les Svinkels sont de la partie, se foirer reviendrait à peu près à arriver dernier à une course de relais alors que vous avez Usain Bolt dans votre équipe.

Paris dernière

Artiste : Joe Lucazz

Le concept : organiser tout un album comme l’illustration musicale d’une balade dans Paris la nuit, avec évidemment le regard du rappeur en tant que commentateur de tout ce qu’il fait et tout ce qu’il voit.

Niveau de difficulté : faible, sachant que c’est Joe Lucazz, le côté titi parisien des temps modernes est très naturel chez lui dès qu’il prend le micro.

Pari tenu ? Sans surprise, oui. En terrain conquis, Joe accompagné d’un solide casting (Despo, Dinos, Hyacinthe, Nakk, Hifi, Eloquence, Zekwe) se fait plaisir, passant de tranches de vie moitié vécues, moitié fictives à des descriptions de l’ambiance des recoins de la capitale dont il a le secret.

Les Soliloques du pauvre

Artiste :  Vîrus

Le concept : il s’agit d’un livre-disque, qui réunit d’une part des textes du poète Jehan-Rictus (1867-1933) et d’autre part leur réinterprétation par le rappeur, accompagné du comédien Jean-Claude Dreyfus.

Niveau de difficulté : élevé, il faut à la fois retravailler les textes originaux pour que ça cadre au niveau musique, mais aussi isoler les parties qui seront récitées par l’acteur, bref un sacré merdier.

Pari tenu ? Complètement, ce qui en fait évidemment un ovni musical qui peut clairement faire peur à certaines oreilles non préparées.

Panique celtique

Artiste :  Manau

Le concept : faire un album uniquement porté par un mélange entre le rap et les « musiques celtiques », que ce soit au niveau des instrus comme de l’ambiance.

Niveau de difficulté : faible, puisqu’a priori il n’est pas question de fusion réelle mais simplement de beats qui reprennent des bases de chansons du foklore breton et affilié. En gros c’est le principe de base du sample, mais avec quelqu’un qui rappe très mal des histoires de druides par-dessus.

Pari tenu ? Pour répondre il faudrait écouter ce truc, en tout cas ils ont vendu plus d’1 million d’albums sans compter les plus de 2 millions de singles (et une Victoire de la musique, mais ça c’est l’équivalent d’une médaille en chocolat).

Gravité zéro

Artiste : James Delleck et Le Jouage

Le concept : faire un album qui évoque un univers futuriste tout en dépeignant ce qui se rapproche du quotidien « normal » des loustics.

Niveau de difficulté : élevé, parce que ça reste quand même bien perché comme idée même si les intéressés ont l’habitude.

Pari tenu ? Oui, ça tient au choix des beats qui posent bien le côté futuriste mais aussi les textes où les rappeurs se sont bien pliés à l’exercice. Même chose pour les invités puisque Fuzati sur le morceau No Futur décrit une vie banale et ennuyeuse mais avec un lexique qui laisse penser que son personnage vit dans un monde de science-fiction alors qu’il s’agit d’un simple métro-boulot-dodo déprimant.

Bonus : les comiques

Artiste(s) : Eben et Faf Larage (Gomez & Dubois), Michael Youn (Fatal Bazooka), Lorenzo

Le(s) concept(s) : faire rire l’auditeur en livrant de la musique qui parodie ouvertement les codes du rap. Gomez et Dubois sont des personnages fictifs de flics corrompus, tandis que Fatal et Lorenzo sont des caricatures de rappeurs poussées à l’extrême.

Niveau de difficulté : faible pour Eben et Faf qui sont des rappeurs de base, élevé pour Youn qui a dû s’entourer d’une équipe solide pour l’aspect musical, moyen pour Lorenzo qui est à mi-chemin entre les deux.

Pari tenu ? Oui, après sachant que le pari initial consistait à étendre des blagues niveau CP sur tout un album, pas sûr que l’on puisse parler de réussite.