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Le rap français et la délation, une grande histoire d’amour
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Le rap français et la délation, une grande histoire d’amour
Le rap français et la délation, une grande histoire d’amour ©Radio France

Le rap français et la délation, une grande histoire d’amour

Balances, donneuses, poucaves, les sobriquets sont nombreux et les morceaux qui en parlent aussi : retour sur ces grands moments où nos rappeurs se sont lâchés sur le sujet.

Le rap étant ce qu’il est, les ennuis judiciaires des amis, de la famille voire des artistes eux-même leur inspirent souvent des morceaux. C’est pourquoi juste après la police et la justice, ce sont les délateurs en tous genres qui sont à l’honneur lorsqu’un MC décide de s’acharner sur une cible au micro. Les fameuses poucaves . C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Frank Lucas , personnage principal du film American Gangster , et Henry Hill, « héros » des Affranchis , ne sont pas des figures réellement respectées, surtout lorsque l’on demande leur avis sur le fin mot de leur histoire aux rappeurs. Que ce soit Joe Lucazz (« nan, t’es fou, en plus lui ça devient une grosse balance frère ») ou Rohff (« j’aime pas la fin quand il se barre en balance, non »).

Et on ne compte plus les innombrables rimes qui en parlent de façon lapidaire (du classique « les vrais nhommes-bo ne balancent pas » de Kery James au scientifique « les poukav qui baisent entre eux feront des bébés flics » de Sinik, en passant par un bon millier d’autres).

Mais il y a le stade supérieur, celui où un morceau entier est consacré à ce phénomène qui rend nos rappeurs tour à tour tristes, teigneux, violents, déterminés et parfois même désolés. Petite sélection maison.

Mafia K’1fry - Balance

Un des plus connus et incontournables de la liste. Sur l’album La Cerise sur le ghetto , une grande partie du collectif Mafia K’1fry s’est défoulée en expliquant de manière plus ou moins précise quel sort adéquat était réservé aux balances par chez eux. Comme ils sont nombreux à poser (Teddy Corona, Mista Flo, Demon One, Dry, Rohff et AP), on a pratiquement tous les points de vue : celui du taulard, des complices fous furieux, de ceux restés dehors qui commentent ce qu’ils voient, etc. Et le tout a même été illustré à l’époque par un clip aux allures de court-métrage.

LA phrase  : « on devrait t’arracher la langue avec une grue et te la mettre directement dans le cul »

Hornet La Frappe - Poukie

Hornet a lui aussi tenu à consacrer un morceau de son premier projet au profond mépris qu’il éprouve pour ceux qui franchissent la ligne au poste. Ici le ton n’est pas uniquement menaçant mais aussi assez mélancolique puisque le rappeur se désole de la trahison en elle-même, et de s’être laissé berner. A noter que le MC d’Epinay est le seul de la liste à regretter les dérapages engendrés par la délation. Il explique notamment que le bonhomme en question a rapidement fui son quartier d’origine et que malheureusement c’est sa famille restée sur place qui subit des pressions qui ne les concernent pas.

LA phrase  : « Ton petit reuf, vaillant, vient de se faire niquer : il doit prendre tes patins, ce n'est pas mérité  »

La Fouine - Les balances sont respectées

La Fouine innove à sa façon dans la mesure où plutôt qu’un morceau énervé contre ceux qui dénoncent d’autres à la police, il a opté pour un regard quasi nostalgique. En clair, il regrette l’époque où balancer était une honte et déplore que cela soit de plus en plus toléré voire accepté au fil du temps, d’où le titre choisi Les balances sont respectées . C’est un peu la version « c’était mieux avant » de la thématique.

LA phrase  : « Les poukav on leur serre pas la main, non, on frotte leurs sœurs comme la lampe d’Aladin  »

Delta et Cynefro - S ale T emps pour une balance

Un des plus old-school de la sélection, dans la plus pure tradition du style d’Expression Direkt et leurs comparses. Ici Delta et Cynefro n’y vont pas par quatre chemins et expliquent d’abord de manière un peu théorique pourquoi balancer est la pire des choses, avant de passer à la pratique (avec le fameux passage « qui parmi vous a lance-ba ? ») et de décrire tous les dangers auxquels s’expose le contrevenant à la loi de la rue.

LA phrase  : « Vaut mieux que tu te suicides, de toute façon tu crèveras, plus personne t’aime  »

Kekra – PJDTV

Comme à son habitude Kekra ne suit pas vraiment une seule idée dans son texte. En fait c’est la trahison de manière générale qui est abordée ici, et les faux-frères plus globalement. Cependant il est très précis lorsqu’il aborde spécifiquement ceux qui sont trop bavards face à la police, expliquant qu’outre la confiance brisée c’est encore plus incompréhensible à notre époque où la Justice reste dure même après une dénonciation de complice (il évoque notamment les peines planchers, etc).

LA phrase : « Pourquoi t'as pou kav , grosse merde ? T 'es passé de "mon frère" à "grosse merde'' __ »

B.James – La ballade des reurtis

Pour le coup B.James ne prend pas exactement l’intégralité d’un morceau pour s’attaquer aux délateurs. En réalité il y va crescendo : le premier couplet s’intéresse aux rappeurs qui jouent les gangsters dans leurs textes sans jamais avoir connu cette vie ; le second dépeint ceux qui ont choisi la vie de voyou mais par effet de mode ; et enfin le troisième vise directement ceux qui une fois devant les autorités, n’assument rien et préfèrent dénoncer les copains.

LA phrase  : « On a notre fierté et notre honneur, la liberté c'est secondaire, d ésolé votre h onneur, mais les balances on sait les faire taire  ».

IAM – Il faut taper

Akhenaton et Shurik’N de leur côté veulent avant tout dénoncer l’hypocrisie totale à la limite de la double-vie de celui qui joue au gangster invincible au quotidien mais se transforme en victime absolue devant la police et pire, donne les noms d'à peu près tout et tout le monde dans le but de s'en sortir. Le morceau est d'ailleurs plus ironique que violent. Ainsi le titre Il faut taper  n'est pas du tout à prendre dans le sens "il faut tabasser les balances" mais plutôt "les policiers sont obligés de le taper pour qu'il arrête de parler". Donc a priori on a affaire à un recordman.

LA phrase  : « Ce fameux soir où les condés t'ont attrapé, il fallait qu'ils tapent pour que tu t'arrêtes de parler  »

Gab’1 - La danse de la poucave

LA phrase  : "Ils méritent qu'une chose, un pruneau dans les rotules, deux derrière la caboche "

Sadek - R oulette R usse 3

Dans sa série d'inédits Roulette Russe , flanqué du subtil hashtag #GrossePoukave, Sadek a tenu à en placer une pour les sus-nommés. Le rappeur arrive à rester sur un fin équilibre entre la menace pure et la déception face à un associé qui lui a planté un couteau dans le dos avec l'aide des autorités. Il convoque d'ailleurs au refrain deux grosses références de la télévision et du cinéma avec Jesse Pinkman (Breaking Bad) et Frank Lucas (American Gangster), qui ont effectivement opté pour la collaboration avec la police à un moment de leur brillante carrière.

LA phrase  : "D'ailleurs toi aussi tu peux aller niquer toute ta famille si tu m'écoutes et que t'es une grosse poucave "

Kery James et Luciano - Le Respect du silence

Bien que les textes de Kery et du Rat Luciano ne soit pas uniquement dirigé contre ceux qui donnent des noms une fois arrêtés, ce morceau rentre malgré tout dans la liste. En fait Kery dans son premier couplet et Luciano dans le dernier vantent avant tout les mérites du silence et de la discrétion. Cependant le refrain et le second couplet du rappeur du 94 évoquent plus précisément les dommages causés par ceux qui n'assument rien face à la justice alors qu'il aurait été plus simple de ne tout simplement pas choisir l'illicite plutôt que de faire tomber leurs "amis" avec eux.

LA phrase : "Egoïstes et hypocrites sont les balances ; s'inviter au mariage et fuir les enterrements, ça se fait ?"

Canardo et Niro – B les balances

Canardo et Niro ont uni leurs forces pour une approche brute de décoffrage du sujet. Le frangin de La Fouine s'adresse à une balance à la première personne et l'insulte copieusement entre deux menaces d'ordre sexuel assez créatives tandis que Niro revient sur le dégoût sans égal que lui inspirent tous ceux qui livrent leurs propres complices et déplore que cela soit si répandu.

LA phrase  : "Je préfère un frère qui me tire dessus qu'un poto qui m'envoie au card-pla "

Lim -Interlude shuut

Une fois n'est pas coutume, LIM a préféré s'amuser sur une interlude de son premier album plutôt que de taper un véritable couplet blindé d'insultes. Sur la fameuse Interlude Shuut  (jeu de mot entre "shit" et "chut" ou simple faute de frappe, l'Histoire jugera), on le retrouve donc en mode grand frère d'un genre inédit puisqu'il conseille à tout jeune qui se fait arrêter avec de la drogue sur lui de ne balancer personne sous peine de sanctions physiques diverses et variées.

LA phrase  : «Petit si on vient de t'avancer un kilo de shit et que tu t'es fait soulever avec après une course-poursuite : ferme ta gueule !  »

Jul - Anti-BDH

Jul brasse également plus large que le simple thème des balances et s'en prend plus généralement aux "BDH" (pour "bandeurs d'homme", une expression qui pourrait s'apparenter à un "salope" assez généraliste mais souvent utilisé pour les traîtres). Du coup il attaque successivement les faux amis, la police mais plus particulièrement les faux amis qui travaillent avec la police, c'est à dire les délateurs, qu'il accuse de profiter de l'illicite sans vouloir en assumer les conséquences.

La phrase  : « je te reconnais plus poto, t'as changé, maintenant tu manges avec les loups et tu pleures avec les bergers  »

crédit photo : Sunset Boulevard / Les Affranchis Getty Images