MENU
Accueil
La vie de couple vue par le rap français
Écouter le direct
Les couples vus par le rap français
Les couples vus par le rap français ©Radio France

La vie de couple vue par le rap français

Parce que l’amour ce n’est pas juste la soirée du 14 février, intéressons-nous à la façon qu’a le rap français de dépeindre les relations de couple sur la durée, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.

En matière de relations amoureuses, dès que l'on parle de rap, on a très souvent l'image d'un bon gros cliché, à savoir un rappeur qui enchaîne des rimes salaces sur des filles à petite vertu. Cependant à côté de ça il y a toujours eu du temps pour s'attarder sur des rapports plus sérieux et durables, dans le positif comme le négatif. Petit florilège maison, non exhaustif bien sûr.

Le SM

On commence sur les chapeaux de roue. Avant de se livrer de manière un peu plus romantique sur Je t’aime, Vald a comme à son habitude partagé de gros délires en musique et la relation qu’il évoque dans Selfie ne fait pas exception. Construit comme une musique assez niaise et entraînante, le morceau révèle un texte qui part exactement à l’opposé : la fille décrite est une folle furieuse en matière de sexe, à fond dans les délires SM. Le résultat est évidemment assez comique grâce à ce décalage. En homme de goût, Valentin a illustré le morceau par non pas un mais trois clips : un romantique, un érotique et un carrément porno. C'est autre chose que50 Nuances de je-sais-pas-quoi .

La rupture

Ici le rappeur Hayce Lemsi est en très mauvaise posture. Dans un style plus posé qu'à l'accoutumée, alors qu’on pourrait croire qu’il passe en mode lover, il n'en est rien : en réalité le morceau et le clip qui l'illustre mettent en scène le rappeur dans une situation délicate puisqu'il est pris en flagrant délit de tromperie par sa copine et tente de se faire pardonner. Du coup la "kalash humaine" ralentit son débit qui se fait plus chantonné pour l'occasion. Spoiler : ça ne suffit absolument pas à amadouer sa belle.

Quand la rue s'en mêle

Ninho reste dans du classique. Il dépeint ses rapports avec une fille qui est amoureuse de lui mais lui-même reste dans le rôle du dealer de quartier et tout le morceau tourne autour du dilemme entre le désir de stabilité pour fonder une famille et la nécessité de faire de l’argent, en l’occurrence illégalement. L’histoire semble d’ailleurs mal finir : l’artiste explique d’abord qu’il ne peut pas arrêter ses activités, puis se rappelle les conseils de sa copine une fois que c’est trop tard.

La relation tragique

Sur son tout premier album sorti en 2006, Grodash avait surpris tout le monde sur ce morceau. Le kickeur s’était en effet livré à un story telling assez touchant : il raconte dans le détail une relation amoureuse avec une dénommée Katie, du début à la fin. Si au départ tout est à peu près idyllique, les choses finissent par se gâter dès le second couplet où on comprend que la jeune fille a apparemment de gros problèmes, notamment avec l’alcool, comme si elle fuyait quelque chose. Puis arrive une ellipse et au dernier couplet, le rappeur s’adresse à une tombe et regrette de n’avoir pas pris le temps d’écouter son ex quand elle était au bout du rouleau. A noter que le MC réussit la petite prouesse de «poser en pleurant », ce qui est très rare, déjà parce qu’il est compliqué d’articuler correctement au micro en gardant le sens de la mesure, mais surtout parce que la grande majorité des rappeurs redoute de passer pour des fragiles.

Les tromperies

En réalité il s’agit d’une sorte de réponse au morceauConfessions nocturnes  de Diam’s et Vitaa qui présentait deux filles qui trouvaient le copain de l’une d’elle en plein adultère. Sauf que quand la situation s’inverse, ça devient moins larmoyant et tout de suite très hilarant. Les réactions des deux lascars sont très différentes : ils vont faire une descente au quartier de l’amant présumé mais finissent par lui pardonner parce que tout est de la faute de la copine. Mention spéciale au « mais ferme ta gueule toi aussi » de Croma et au moment où un type enlève sa ceinture pour se préparer à une baston mais se retrouve nez à nez avec un flingue.

Nakk de son côté est aussi dans la fiction mais prend un peu plus de distance même si le texte est écrit à la première personne. Dans Miss Venezuela , le rappeur de Bobigny plante le décor d'une relation qui, avec le temps, prend l'eau de plus en plus, entre lassitude de part et d'autres qui mène fatalement à l'adultère. Nakk en profite pour ne pas prendre parti pour la gente masculine et souligne au contraire pas mal de défauts qui finissent par pourrir définitivement les rapports et mener à la séparation.

Ces deux morceaux sont les deux facettes d'une même pièce, dans un cas Diam's détaille la façon dont elle est tombée amoureuse d'un homme qui l'a ensuite trompée et à quel point tout ça l'a attristée ; Youssoupha reprend l'instru pour en livrer un miroir inversé où il explique à son tour sa déception suite à l'adultère d'une fille qu'il s'imaginait être la bonne. Une certaine idée de la parité.

Pour Dosseh, c'est carrément plus personnel. D'abord parce que l'histoire qu'il raconte est entièrement de son point de vue, mais surtout parce qu'il avait confié en interview que c'était tiré d'une histoire qui lui était réellement arrivé : « sur Cœur de pirate, c'est ma vraie story ! C'est l'histoire de ma rupture amoureuse... c'est moi qui voulais une instru West Indies. J'aurais pu faire le rappeur de base, sortir un son mélancolique, je crois plus en l'amour, sourcils froncés, boucle de piano, ta-ta-ta, "je l'aimais mais cette pute, tu vois..." (rires). Sur mon morceau, une meuf peut se snaper en chantant les paroles tranquillement.  » C'est assez couillu dans la mesure où après s'être fait griller de son côté, le rappeur réalise que ce n'était qu'une excuse pour sa désormais ex-copine qui en réalité avait elle aussi un amant de côté. Un partout, balle au centre.

Sans aucun doute le plus tubesque sur ce thème. Booba et Benash décrivent une énorme déception amoureuse puisque l'un comme l'autre se disent avoir été prêts à pratiquement passer la bague au doigt de la fille en question, sauf qu'ils ont découvert qu'elle les trompait en plus d'être avec eux uniquement par intérêt. A noter que dans le clip, c'est uniquement Benash qui est cocufié, parce que c'est comme ça.

L'incertitude

Techniquement Orelsan parle lui aussi de tromperie mais c'est un peu différent, et puis surtout la catégorie au-dessus est déjà clairement surchargée donc on se débrouille comme on peut. Le Caennais nous plonge dans le quotidien de son couple qui semble lui convenir sauf que tout commence à se fissurer par moment : son ex lui manque, et les aventures d'un soir le tentent toujours. Dilemme.

Quand le racisme s'en mêle

Souvenirs, souvenirs. A l'époque ce single de Mystik accompagné de K-Reen était un bon petit tube largement diffusé en radio et télévision. Ici le rappeur s'attaque au thème de l'amour interdit ou mal vu pour des raisons extérieures, que ce soit la différence de religion, de culture ou d'origine ethnique. Dans une ambiance assez mélancolique, il finit tout de même par passer un message d'encouragement à tous les couples qui vivent ce genre de difficultés.

Je t'aime moi non plus

Dans ce qui est devenu le véritable tube de son dernier album, le Bruxellois raconte sa relation avec une femme où tout est avant tout charnel, sauf que quand la donzelle passe à autre chose, le bonhomme comprend qu’il y avait sans doute un peu plus que ça puisqu’il est jaloux, ce qui l’humanise étonnamment par rapport à d’autres morceaux. Le rappeur avait expliqué cette dualité en interview : « je pense que les autres, ceux qui sont uniquement dans le macho total, mentent un peu, parce qu'on a tous connu les deux côtés. C'est la vérité, et ça me dérange pas de le dire. C'est naturel. Les autres sont peut-être plus dans un personnage, on n'écrit pas pour les mêmes choses, je veux plutôt te raconter un truc qui te marque, que ce soit drôle ou non. Si ça m'est arrivé, je vois de souci à le raconter.  »

L'idéal

Ces deux morceaux sont construits un peu de la même façon et tournent autour du même thème, à savoir le moment où un homme réalise qu’il a trouvé LA femme de sa vie, ou en tout cas celle avec qui il se sent prêt à être posé et sérieux pour un bout de temps. Dans le cas de Flynt, le style reste sobre et le rappeur explique à sa belle à quel point elle lui est devenue indispensable, tout en s’inquiétant à demi-mots du jour où la vie les séparera. Chez Oxmo, c’est divisé en deux : un couplet pour la femme et un pour l’homme, mais les deux sont dans la même situation. C’est-à-dire qu’ils ne croyaient plus vraiment en l’amour véritable (en même temps quoi de plus normal pour l’auteur de L’Amour est mort), elle à cause de mauvaises expériences avec des salauds et lui à cause d’un train de vie riche en groupies et autres joyeusetés, jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. Elle est pô belle la vie ?

 

Même chose pour ces deux morceaux d'Orelsan et Butter Bullets, ils se répondent sans le vouloir. Dans les deux cas chacun exprime à sa façon à quel point il est persuadé d'avoir trouvé la bonne, non par opposition au passé ou à quoi que ce soit mais simplement parce qu'ils vivent désormais en harmonie quasi-parfaite avec leur compagne. Du côté d'Orelsan c'est une évolution que l'on pouvait sentir venir, mais du côté de Sidi Sid, le simple fait qu'il soit au courant d'un sentiment appelé amour était totalement inattendu.

Quand les rôles s'inversent

Zekwe Ramos livre ici une petite histoire fort sympathique où pour une fois c’est l’homme l’objet sexuel, ni plus ni moins. En effet la demoiselle avec qui il fait des acrobaties est totalement au contrôle de la situation, c’est elle qui l’appelle, loue l’hôtel et repart toute seule « à l’heure du premier métro » tandis que le rappeur tombe de plus en plus sous son charme et voudrait sans doute un peu plus. Ainsi, lorsqu’elle décide de couper les ponts, elle le fait comme une pro : un petit sms pour dire qu’elle est désormais amoureuse d’un homme et que c’est fini les conneries, puis elle devient injoignable et disparaît aussi mystérieusement qu’elle était apparue. Prenez-en de la graine mesdames.

Le premier amour

La rappeuse se repenche sur son premier amour, sans doute fictif mais surtout très drôle. En effet on a affaire à une ado qui se cherche et tombe raide dingue de son prof de sport. S’ensuit un enchaînement de vents et d’échecs à tous les niveaux : le prof ne la calcule absolument pas, tous ses efforts tombent à l’eau, et lorsqu’elle prend son courage à deux mains pour l’embrasser de force, le directeur les voit et le prof est renvoyé. Ceci nous rappelle que la vie est pleine de déceptions, et certaines sont plus graves que d’autres.

Crédit photo : capture clip Macarena - Damso / M+F