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Guizmo, de l’ombre à la lumière
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Guizmo - capture clip "Toujours Vrai"
Guizmo - capture clip "Toujours Vrai"

Guizmo, de l’ombre à la lumière

Profil à part au sein du rap français, le très productif Guizmo est sur le point de livrer un énième projet, GPG 2. L’occasion de revenir sur les grandes étapes de sa carrière et sur son évolution.

Si l’on avait dit à Guizmo, il y a une dizaine d’années, qu’il deviendrait l’un des rappeurs français les plus réguliers et qu’il ferait partie de cette petite frange d’artistes capables de porter à eux seuls la destinée d’un label indépendant -en l'occurrence, Y&W-, il aurait peut-être balayé tous ces fantasmes d’un rire franc avant de déclamer “dans 10 ans, je serai probablement mort et enterré”. S’il a toujours été convaincu de réussir un jour à s’extirper de la masse de ses contemporains, le voir aujourd’hui s’attirer les louanges de la critique tout en concrétisant sur le plan des chiffres, en réalisant des scores réguliers et solides, a quasiment quelque chose de miraculeux. Enfermé dans une vie d’échecs et de galères, sa destinée semblait en effet déjà toute tracée, lui qui dormait dans la rue, rarement à jeun, et se consacrait plus à la vente de drogues dures qu’à retenir ses textes. 

Une belle histoire d’amour avec Y&W  

Serait-ce trop romancer que de dire que le rap lui a sauvé la vie ? Arrivé à la musique alors qu’il sort de prison et participe à un programme de réinsertion, Guizmo peut certainement se questionner sur la tournure qu’aurait pu prendre sa vie s’il n’avait pas rencontré la route du succès -ou, pour le dire autrement, s’il n’avait pas été pris en main par Yonea et Willy, ses actuels producteurs. Le rappeur racontait ainsi en 2015 à nos confrères du site LeBonSon l’importance de l’apparition des fondateurs du label Y&W dans sa vie : “Ils m’ont fait comprendre que ça pouvait être un travail. J'étais SDF, je vendais de la coke et je m’en battais les couilles. J’écrivais des 16 mesures que je connaissais même pas par cœur, défoncé au J&B à 8h du matin. Ils m’ont ramené une stabilité, m’ont donné l’opportunité de faire de ma musique mon gagne-pain, que je pouvais faire quelque chose de bien là-dedans. Ils m’ont plus ou moins sorti de la rue aussi.

La signature de Guizmo chez Y&W en 2011 marque une rupture progressive avec son ancienne vie mais aussi avec la première partie de sa carrière. Dès 2012, il quitte l’Entourage, dont il est proche à ses débuts, mais conserve, dans l’esprit du public, une certaine proximité avec le collectif. Il lui faudra alors quelques années pour s’en détacher totalement, alimentant -volontairement ou non- les rumeurs de beef avec Nekfeu. Pour y parvenir, il multiplie les projets en solo et se lance même dans l'inattendu projet Jamais 203 en collaboration avec Mokless (Scred Connexion) et Despo Rutti. Malgré un quotidien toujours un brin dissolu -Guizmo évoque notamment toujours sa surconsommation d’alcool-, le rappeur maintient une forte productivité, et se constitue petit à petit une fan-base solide et impliquée. 

S’imposer sur la durée  

Introspectif et peu enclin à laisser entrer la lumière dans ses textes, Guizmo finit pourtant par inquiéter ses fans, en multipliant les références à “une mort inévitable” dans ses textes, tout en évoquant sa santé précaire (“j’enchaine les cigarettes et j’passe des nuits à l'hôpital” ; “j’ai perdu ma santé, ma teu-té et mon temps”). Sur les forums et dans les commentaires sur Youtube, les questions fusent, et chaque nouvel élément de réponse ne fait qu’épaissir le mystère. Dans le même temps, Guizmo constitue une énigme pour le reste du rap français : ni complètement en marge, ni totalement intégré aux circuits classiques, il dénote par son franc-parler et son absence de filtres. 

Productif (une dizaine de projets en huit ans), Guizmo s’impose finalement là où personne ou presque ne l’attendait : sur la durée. Ce grand fan d’Amy Winehouse a fini par enterrer sa destinée d’étoile filante, et depuis quelques années, il semblerait presque avoir fait peau neuve. Ses dernier projets témoignent d’ailleurs d’un Guizmo toujours plus proche de la victoire face à ses démons intérieurs. Le premier volume de GPG, en 2016, a ainsi permis de découvrir un rappeur plus libéré, jonglant entre les habituels passages introspectifs et les titres plus décomplexés. 

Pour les démons de Guizmo, le véritable coup de semonce arrive un an plus tard, sur Amicalement Vôtre. S’il prend des risques sur certains singles, au point de décontenancer son public (L’histoire d’un négro), le rappeur prend surtout le temps de décortiquer chacun des instants difficiles de son existence : la misère (J'ai presque dix frères, on a fréquenté les yefs' et puis la dèche), les relations plus que difficiles avec son beau-père (“j'm'en rappelle, tu m'as niqué ma vie”), le deuil (j'pleure le décès d'ma sœur depuis 2014) et la descente aux enfers (“Sombrer, ça prend deux secondes, se relever, ça prend des heures”). Comme si Guizmo jetait un dernier regard en arrière avant de définitivement tourner la page sur son passé, cet album semble mettre un point final à un chapitre de sa carrière et de sa vie. 

Nouveau chapitre  

Désormais libéré, il semble aujourd’hui en paix avec lui-même et avec le reste du rap-game, comme le prouve la teneur de son dernier album, et notamment ces featurings inattendus. Si la présence de Seth Gueko ou Junior Bvndo sur la tracklist n’a pas bouleversé pas outre-mesure ses auditeurs, celle de Sidiki Diabaté était moins convenue. Si le fond reste dur (“mes amis d'enfance, que j'ai laissés au Mali (putain), j'travaille dur ici, pour envoyer les CFA”), Guizmo semble enfin se faire plaisir en invitant un artiste particulièrement populaire au Mali, pays d’origine de son père. Dans un registre différent, sa collaboration avec Big Flo et Oli a également surpris, tant l’image des deux frères est a priori éloignée de celle de Guizmo -même si on les a déjà vu aux côtés de Kalash Criminel. Ce titre correspond d’ailleurs à l’entame d’un nouveau chapitre pour lui : les deux toulousains s’engagent dans une série de conseils et de reproches (“Guiz, faut qu'tu ralentisses, faut qu't'arrêtes la tise, trop d'weed, j'te l'dis, t'es plus trop attentif” ; “faut qu'tu poses les armes là mec, tu traînes tard le soir”) que Guizmo ne rejette pas (“j'ai pris note, vous avez pas tout à fait tort”) mais prend tout de même le temps de justifier (“ça fait plaisir que des frérots me disent la vérité, mais j'suis en deuil alors le soir, obligé d’effriter”). 

Aujourd’hui, Guizmo a donc bien conscience de ses erreurs, de ses vices, et de ses abus. Là où se laissait glisser sur la pente de l’autodestruction il y a quelques années, en détruisant son corps, sa santé et son esprit, il sait aujourd’hui jongler avec ses propres limites, et surtout, faire face à ses nouvelles reponsabilités de père de famille. La guérison ne sera jamais définitive -les fêlures sont trop nombreuses et trop profondes- mais la musique et l’amour de sa chair lui auront permis d’entrevoir la lumière.