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Ce que "Game of Thrones" aura laissé au rap français
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Lacrim - "Jon Snow" (© - Alex Ceausu / Capture YouTube )
Lacrim - "Jon Snow" (© - Alex Ceausu / Capture YouTube )

Ce que "Game of Thrones" aura laissé au rap français

Comme sur les écrans, les Stark, Lannister et autres dragons ont également débarqué dans le rap français et fort ! Retour sur l'histoire d'un phénomène geek qui a trouvé une place de choix en bas des blocs et relevé des meilleures punchlines.

En plein cœur de son ultime saison, la série Game of Thrones occupe plus que jamais l’espace médiatique, et s’apprête à laisser derrière elle une trace importante dans l’histoire des séries TV. Les aventures de Jon Snow et consorts n’ont pas seulement influé sur le quotidien des internautes, de plus en plus contraints de se couper des réseaux sociaux les lendemains de diffusion d’épisodes afin d’éviter les spoils, mais aussi celui des rappeurs français, bien contents de pouvoir ajouter un nouvel univers télévisuel à un listing de références qui commençait à sentir le renfermé en s’échappant rarement du triptyque Scarface / Star Wars / Matrix. 

Comme l’arrivée de l’autotune, la démocratisation du téléchargement, le changement des mentalités au sujet des drogues dures, ou la présidence de Nicolas Sarkozy, la saga Game of Thrones aura laissé des traces indélébiles sur de nombreux albums de rap français, et lorsque l’on réécoutera, dans une vingtaine d’années, les classiques ou les projets anodins des années 2010, on ne pourra qu’esquisser un sourire en entendant les innombrables références à Khaleesi et reprises du thème (que ce soit des morceaux complets, ou des reprises  au violon), ou bien en regardant des rappeurs déguisés en Jon Snow. A quelques semaines de la conclusion définitive du show américain, voici les traces qu’auront laissé Game of Thrones sur le rap français. 

[Attention : spoilers]  

Des punchlines sur les Lannister  

Un frère et une sœur qui ne peuvent pas s’empêcher de coucher ensemble, un fiston né de l’inceste qui prend plaisir dans la torture, un père qui condamne son fils à mort : le clan Lannister constitue l’une des familles les plus emblématiques mais aussi les plus malsaines de la série. Le rap français s’en est donc emparé, la thématique de l’inceste revenant assez régulièrement dans les textes : on se souvient par exemple du fameux “nique ta soeur comme un Lannister” de Seth Gueko sur Dodo la Saumure, une rime qui sera faite et refaite par beaucoup de rappeurs au cours des dernières années. Tiers Monde se montre plus subtil en faisant référence aux confusions nées du fait que les enfants de Cersei puissent considérer Jaimie comme leur oncle mais aussi comme leur père : “c’est le bordel comme le livret de famille des Lannister”. 

Malgré toutes ces tares, la famille royale possède une grande qualité, qui fait sa réputation à travers chacun des sept royaumes : elle paie toujours en temps et en heure. De Butter Bullets (“j'vais te rendre la monnaie de ta pièce car je paye toujours mes dettes comme un Lannister”) à Sefyu (“ils vont tous khalass leurs dettes comme un Lannister”) en passant par la MMZ (“j'paierai mes dettes comme un Lannister”), tout le petit monde du rap français semble apprécier cette propension de Tywin & cie à s’acquitter de ses obligations. 

Un retour à l’heroic fantasy  

Longtemps ignoré -voire boudé- par les rappeurs, l’heroic-fantasy était surtout vu, pendant les années 90 et 2000, de façon un peu caricaturale comme un univers réservé aux geeks et aux marginaux. Malgré le succès spectaculaire de la version cinématographique du Seigneur des Anneaux, ces histoires de chevaliers, de dragons, de magiciens et de créatures diverses n’ont pas percé -ou très peu- la coquille du rap. On trouve bien quelques références ci et là (La Terre du Milieu de la Sexion d’Assaut), mais pour voir une réelle profusion de name-droppings de personnages en costumes, il faut attendre l’arrivée de Game of Thrones -même si tout le monde ne considère pas la série ou les livres dont elle est tirée comme de la fantasy. 

A partir du moment où nos grands gaillards ont assumé de passer leurs soirées devant des histoires de lutte pour la couronne des sept royaumes impliquant une mère de dragons, un roi du Nord et une corneille à trois yeux, tout est allé très vite : clips inspirés par l’univers de Game of Thrones, visuels faisant référence au Trône de Fer, textes multipliant les références à Khaleesi et Jon Snow … Être fan d’une œuvre d’heroic-fantasy est donc non seulement accepté aujourd’hui, mais aurait même tendance à devenir indispensable pour rester hype. Sans la démocratisation des univers de preux chevaliers, on n’aurait peut-être pas eu droit à la fameuse punchline “quand j'te prends par derrière, j’vois clignoter l'œil de Sauron” de Vald, et rien que pour ça, il faut donc remercier HBO. 

Des spoils à tout va  

C’est l’un des maux majeurs liés à la série : la multiplication des spoils, volontaires ou simplement maladroits. Un auditeur de rap n’ayant jamais regardé le moindre épisode de la série a forcément déjà entendu des références à l’inceste chez les Lannister, à leur application à payer leurs dettes en temps et en heure, ou encore à la bâtardise de Jon Snow. Rien de bien grave, donc, mais certains rappeurs ont vécu la fâcheuse expérience de spoiler des tournants majeurs de l’intrigue sur les réseaux sociaux, s’attirant les foudres des internautes n’ayant pas encore vu l’épisode. 

Une des meilleures outros de la discographie d’Alkpote  

Les outros comptent généralement parmi les meilleures pistes de chacun des projets d’Alkpote : 44 mesures de terreur, Vomissure, L’Île de l’Incantation … Fidèle à la tradition, le dernier album en date du rappeur, Inferno, s’est lui aussi doté d’une conclusion de haut niveau : l’excellent John H Snow(Jonathan H étant l’un des nombreux alias d’Alk). Évidemment, comme chez la moitié des rappeurs qui ont intitulé un titre du nom de l’un des personnages de la série, on ne trouve pas la moindre référence à Game of Thrones dans John H Snow. On se console avec sa série punchlines habituelles (dont la plupart ne sont pas citables), les références à Dallas et David Hasselhoff, et ce retour à un style qu’Alk ne pratiquait plus depuis belle lurette. 

Une nouvelle muse pour les rappeurs   

Là où l’idole des rappeurs français a longtemps été Tony Montana, leur muse est restée Elvira Hancock, même trente ans après la sortie du film. Peu de personnages féminins ont trouvé autant grâce aux yeux de nos artistes, jusqu’à l’arrivée de Game of Thrones et de Khaleesi. De la MMZ à Damso en passant par Joke/ Ateyaba, F430 et Dadju, Mac Tyer, tous ont cité la Mère des Dragons, soit pour évoquer un personnage de femme forte (“Ma daronne, c'est une Khaleesi”, MMZ) et indépendante (“la Khaleesi sait très bien comment gérer sa vie”, Dadju), soit pour insister sur les attraits physiques d’une muse aux cheveux dorés (“Blonde platine, elle fait sa Khaleesi”, Damso), objet de tous les fantasmes (“Même Khaleesi l'imbrûlée pourrait me faire l'amour dans les flammes”, Mac Tyer). 

Des clips avec des rappeurs habillés comme à Winterfell  

Comme d’autres grandes œuvres populaires impliquant des personnages ou des lieux hors du commun (pour les plus populaires, citons Star Wars, le Seigneur des Anneaux et la majorité des mangas à succès), Game of Thrones a énormément inspiré les cosplayers, qui ont rivalisé de talent et de patience pour se créer des costumes à la hauteur des héros de la série. Plus inattendu, le monde du rap français s’est lui aussi plié à la tendance du déguisement. On a ainsi vu Lacrim dans le même type fourrure que Jon Snow pour illustrer un morceau qui n’a pas le moindre rapport avec la série, tandis que Booba s’est offert l’attirail complet avec fourrure, couronne et trône de fer. La plupart des rappeurs se contentent d’un peu de neige pour recréer l’ambiance de Winterfell, à l’image de Usky et NOV, on note tout de même les efforts d’O’Trak qui se munit  d’une épée. Bref, vous l’aurez compris, les exemples sont légion, saluons tout de même le joli clip de la MMZ intitulé Valar Morghulis, qui prouve qu’en plus des singes de PNL, les Tarterets sont aussi le territoire des huskys (les loups n’étaient peut-être pas dispo le jour du tournage) et des chevaux, et méritent donc bien le surnom de Zoo.