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Ateyaba, Gims, Nekfeu, Jul, Kaaris… Quand les rappeurs français changent de nom
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Nekfeu / Jul / Kaaris
Nekfeu / Jul / Kaaris ©Getty

Ateyaba, Gims, Nekfeu, Jul, Kaaris… Quand les rappeurs français changent de nom

Pratique courante dans le rap américain, les changements de noms sont de plus en plus monnaie courante en France : au cours des derniers mois, Joke est devenu Ateyaba, la moitié des membres de 13 Block ont choisi un nouveau nom, et Maitre Gims a annoncé haut et fort qu’il était désormais uniquement Gims. Explications.

Si passer de Maitre Gims à Gims ne devrait pas trop perturber le public du chanteur, cette stratégie de changement de nom de scène pose parfois question, puisqu’elle implique de demander aux aux auditeurs un effort pour accepter et utiliser le nouveau pseudonyme choisi, ce qui n’est pas toujours évident. La moitié des auditeurs de rap a encore du mal à parler naturellement d’Ateyaba en évoquant Joke, d’autant que la faible productivité du rappeur n’aide pas à ancrer ce nouveau nom dans les mémoires. Changer de pseudo n’est donc pas toujours facile, mais bon nombre d’exemples nous ont prouvé par le passé que la chose était possible. 

Fon / Cash / Baracash / Salif

Quand Salif débarque dans le rap français à la fin des années 90, avec sa batte, son couteau chauffé à blanc et ses quelques grammes d’alcool dans le sang, il partage certains de ses titres avec le dénommé Fon, son alter-égo exubérant. En clair, Salif est le rappeur sérieux et street, quand Fon est le mec bourré d’alcool mais aussi d’humour. A l’époque, le public accroche plus facilement à ce personnage, comme le raconte Salif dans l’intro de son premier album : “t'as Salif, toujours prêt à dire deux trois saloperies puis t'as Fon, l'autre, le salaud, ivre, ado malpoli que les badauds applaudissent”. Fon refait surface régulièrement tout au long de ce projet, prenant complètement le contrôle sur le titre Bois de l’eau : “Marre de Salif là, tout droit, tout sérieux, tout ça, on veut du Fon, on veut de l’autodérision, de l’autocritique et de l’autodestruction !. Finalement, Salif laisse petit à petit tomber cet alias, mettant de côté, au moins sur disque, cet aspect de sa personnalité, pour lui préférer sa version sombre, crue et concentrée sur sa vie de rue. 

Parmi ses autres alias, celui de Cash reviendra également régulièrement, notamment aux débuts de Nysay, mais le rappeur préférera conserver son véritable prénom, chose qu’il expliquait au cours d’une interview avec l’Abcdrduson en 2009 : “Mon défaut – ou ma qualité, je ne sais pas – est d’avoir pris mon prénom. Je ne me suis pas inventé de blaze parce que je voulais arriver dans le rap comme j’étais dans la vie. Du coup, ça me pousse à toujours garder la vérité en ligne de mire. Tu peux tricher derrière un pseudo, pas derrière ton prénom.

La moitié des membres de 13 Block

En juillet dernier, quand Desté a annoncé sur ses réseaux qu’il fallait dire lui dire adieu pour accueillir Stavo, nombreux sont ceux qui se sont demandé l’intérêt d’un tel changement, en pleine montée en puissance du quatuor 13 Block. Six mois plus tard, force est de constater que cette évolution était en fait nécessaire : bloqué dans une enveloppe corporelle trop limitée pour ses réels pouvoirs, Desté avait besoin d’une nouvelle transformation pour passer au niveau supérieur, un peu comme Freezer abandonne sa forme initiale pour libérer sa puissance. Reste à savoir si Stavo est la version définitive du rappeur, ou si une nouvelle évolution est possible -Stavo deuxième métamorphose, Stavo forme finale, Stavo Gold ? 

La réussite de cette mise à jour de Desté / Stavo a visiblement inspiré les autres membres de son équipe, puisque très récemment, c’est Oldpee qui a décidé d’abandonner sa carapace pour évoluer en Sidikeey, on peut donc hypothétiser d’autres métamorphoses à l’avenir, Zefor et Zed ayant encore une marge de progression phénoménale.

La moitié des membres de 1995

Un peu à la manière de 13 Block, une bonne partie des membres du groupe 1995 ont un jour décidé de changer de nom : Areno Jazz est ainsi devenu Daryl Zeuja, Nek le Fennec a évolué en Nekfeu, et Sneazzy West a délaissé sa particule finale pour devenir Sneazzy … En revanche, on espère que les similitudes avec le groupe sevranais s’arrêtent là, puisque si certains ont plutôt bien réussi en solo, l’entité 1995 a fini par se disloquer. Fallait-il aussi changer le nom du groupe pour qu’il soit plus adapté aux nouveaux pouvoirs de ses membres ? 13 Block doit-il devenir 93 Block ? 

Joke / Ateyaba

L’un des cas de changement de pseudo les moins parlants pour le moment, puisque Joke n’a encore publié aucun projet depuis qu’il s’appelle Ateyaba -son public n’a donc pas encore vraiment eu l’occasion de se familiariser avec sa nouvelle appellation, hormis à travers ses quelques apparitions aux côtés de Myth Syzer et quelques titres inédits dévoilés au compte-goutte. 

Fresh / Kaaris

Quand ça ne marche pas, il faut parfois tout changer, y compris le nom : rappeur extrêmement confidentiel au début des années 2000, Fresh, qui tire son pseudo du film du même nom, ne parvient pas à se démarquer, et sa carrière ne décolle pas. De retour dans le game quelques années plus tard, il adopte le pseudonyme de Kaaris. Évidemment, son explosion est plus due à sa redirection artistique et à sa grosse prise de niveau qu’à cette simple modification, mais on ne va pas se mentir, devenir une grosse figure du rap hardcore avec “Fresh” comme pseudonyme aurait pu être compliqué. Kaaris s’en d’ailleurs bien rendu compte, on se replonge dans ses explications à ce sujet au cours d’une interview avec Les Inrocks en 2014 : “J’ai abandonné Fresh parce que c’est tout pourri. Quand tu débutes, soit tu inverses ton nom, soit tu t’appelles Fresh. [...] Le nom Kaaris est venu plus tard, en 2006, quand je me suis inscrit à la Sacem. Je ne savais pas quel nom donner. Je suis parti marcher cinq minutes, et en revenant j’ai dit : “Mettez Kaaris”. Dans les morceaux d’avant, je me faisais appeler Kaarismatik, j’ai décidé de couper la poire en deux. Pour la petite histoire, le double A est une référence à Kaa, le serpent dans Le Livre de la jungle.__”

Tic Tac / Booba

Un peu le même principe que pour Kaaris, puisque le pseudonyme de Tic-Tac n’est utilisé qu’à une époque où Elie Yaffa est encore totalement inconnu du public. La grande différence réside dans le fait qu’il n’ait jamais rappé sous ce pseudonyme, qui correspond donc à la période pendant laquelle il est danseur aux côtés des groupes Coup d’Etat Phonique et La Cliqua. Comme dans le cas de Fresh/Kaaris, ce n’est pas le changement de blaze qui crée la carrière, mais on peut légitimement se demander comment rendre compatible le pseudonyme de Tic-Tac, franchement pas évident à porter, avec le statut de grand méchant loup du rap-game.

Jorrdee / Lestat de Lyoncourt / NRM / D€€

Un cas un peu différent, puisqu’il ne s’agit pas vraiment d’un rappeur qui a choisi du jour au lendemain d’abandonner son nom d’artiste pour en adopter un autre. Jorrdee a toujours eu tendance à faire cohabiter ses différents pseudonymes, que ce soit pour des raisons purement orthographiques (Jorrdee, Jordy, Jordee, etc), pour jongler entre ses différentes casquettes de rappeur et de beatmaker (Lestat de Lyoncourt, NRM) ou pour affirmer ses différentes personnalités artistiques (Anakin le fils, D€€, D€€-a-velli)/ Suivre sa carrière de loin n’est donc pas forcément la chose la plus évidente, étant donné qu’il ne porte pas forcément le même pseudo selon le contexte, mais Jorrdee s’est toujours attelé à brouiller les pistes autour de son personnage et de sa discographie, ce qui reste donc cohérent avec ses multiples appellations. 

Juliano135 / Jul  

Jul a toujours fait de la simplicité l’une des principales caractéristiques de son personnage et de son univers artistique, et le choix de son tout premier pseudonyme de rappeur prouve que cette absence de complications est en lui depuis ses débuts : prénommé Juliano 135 à l’époque de ses premiers freestyles, il avait tout simplement choisi d’accoler son prénom latinisé au numéro de rue de son quartier, le 135 rue de Saint-Jean-du-Désert. A priori, rien n’aurait empêché le marseillais de faire carrière avec ce pseudo, pas si honteux, mais peut-être un peu vieillot aujourd’hui, puisqu’il renvoie directement à l’époque des Myspace et autres Skyblogs. Et puis, plus facile de faire un signe JuL avec les doigts qu’un Juliano 135. Quoi qu’il en soit, l’auteur de My World semble totalement assumer cette époque de sa vie, et a visiblement conservé pas mal d’archives jamais sorties. 

Despo Rutti / Majster

Et on laisse le principal intéressé expliquer lui-même, au cours d’une interview donnée en 2018, la signification de ce nouveau pseudonyme, que le public découvre en 2016 avec l’album du même nom : “Majster, dans certaines langues, ça signifie Maître. C’est par rapport à mon nom de famille, Simba, qui veut dire Lion en swahili … on connaît tous le dessin-animé, Le Roi Lion. Un roi est un maître, et puis je suis un peu passé du statut de Soldat Sans-Grade (son ex-label) à celui de quelqu’un qui est à la tête de la monarchie. A noter que contrairement à d’autres rappeurs qui ont totalement renié leur ancien nom, Majster ne semble pas délaisser l’héritage de Despo Rutti. 

Ceux qui ont raccourci leur pseudo

L’exemple le plus probant est évidemment celui de Maître Gims, qui demande donc désormais à être appelé Gims, mais ces dernières années, nombreux sont ceux qui ont choisi de se débarrasser d’une partie de leur nom pour plus de simplicité. Disiz la Peste a ainsi fini par devenir Disiz (avant de revenir à la formule de départ=, tandis que Dinos Punchlinovic a eu la bonne idée de laisser derrière lui la particule finale de son pseudonyme, qui ne lui rendait pas franchement service. Avant eux, Zekwe avait viré le “Ramos” de son blaze, Schneider et Black Mesrimes étaient devenus respectivement Sch et Black M. Plus simple, plus efficace.