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13 Block, la claque que l’on avait vu venir
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13 Block, la claque que l’on avait vu venir
13 Block, la claque que l’on avait vu venir ©Radio France

13 Block, la claque que l’on avait vu venir

Encensé par la critique, le dernier projet de 13 Block marque une étape importante dans la carrière du groupe, qui progresse continuellement depuis ses débuts.

Trap terre-à-terre

Entre 2013 et 2015, quand l’explosion de la trap à la française provoque la mise en route de l’incontrôlable chaine de production de clones de Migos, le rap ne se rend pas compte immédiatement des profondes mutations qu’impliquent l’arrivée de cette tendance. A l’époque, la démultiplication de type-beats sans âme, la sur-utilisation du triplet-flow, et la propagation des mêmes gestuelles, tend à provoquer une overdose,  et, plutôt que de permettre à la musique d’évoluer en allant de l’avant, aboutit à une uniformisation artistique contre-productive. Au sein de ce nouveau mouvement aux codes déjà très bien définis, nombre d’artistes et de groupes sortent la tête de la mêlée, mais peu parviennent réellement à se différencier et à faire des propositions artistiques fortes, si bien que la question de la pérennité de ce genre avait fini par se poser. Dans ce contexte, l’émergence progressive de 13 Block en tant que tête de proue de la trap en France tiendrait presque de l’anomalie.

Si on devait définir notre rap en une phrase ? Violences urbaines, émeutes ... trash. Si 13 Block ne brille pas par sa prolixité en interview, une chose est certaine : le groupe est sûr de son contenu, et ne se fait pas d’illusions sur les aboutissants du discours qu’il prodigue à longueur de projet depuis 4 ans. Car 13 Block représente avant toute chose la filiation d’un rap de rue made in France , et s’inscrit dans la grande tradition du 93 et de ses artistes très inscrits dans le réel et peu enclins aux aspirations hors-sol.On trap ce que l’on voit”, en d’autres termes, chercher l’inspiration en dehors d’un quotidien de commerçant de proximité aux relations conflictuelles avec les forces de l’ordre n’aurait d’autre fonction que dénaturer tout ce qui fait l’essence -et donc la force- de ce groupe.

Ikaz Boi, l’engrais naturel

La réception critique franchement positive, voire élogieuse, reçue par Triple S , dernière cuvée de la formation sevranaise, laisse supposer qu’après quelques années vécues dans l’ombre des têtes d’affiche, 13 Block tend enfin à devenir l’un de ces noms imposants, suffisamment bien implantés pour croître solidement et toucher les hautes cimes, celles qui bénéficient de la lumière la plus forte. Malgré quatre racines en place depuis 2015, la croissance du groupe, bien que régulière, avait fini par se heurter à un plafond de verre. Il aura fallu l’apparition inopinée d’un jardinier aux doigts de fées nommé Ikaz Boi pour transformer la belle plante en baliveau.  Fruit d’une heureuse occurrence, la collaboration sur long-format avec le beatmaker vendéen tient d’une opportunité prodigieusement exploitée à son maximum : un titre, puis deux, puis trois sont enregistrés avec lui … Une fois la demi-douzaine de morceaux mis dans le panier, il ne restait donc plus qu’à terminer ce projet collaboratif démarré sans même le vouloir.

Avec ses prods en guise d’engrais rapide, et son oreille pour dégrossir progressivement les contours, le beatmaker a permis à 13 Block d’opérer les ajustements nécessaires à son ascension, la jonction se faisant naturellement entre les inclinaisons très terre-à-terre inhérentes à la condition des quatre rappeurs d’une part, et la dimension tubesque de certains titres, sans laquelle toute ambition de réussite à échelle conséquente serait vaine … d’autant que le quatuor joue carte sur tables en intitulant son dernier projet Triple S. Sueur, soif, sous, des termes qui sous-entendent respectivement le dur labeur, l’ambition, et la récompense qui découle des deux précédentes variables.

“La dalle fait en sorte qu'on ne mange même plus à la baraque, songe plus à la salat en plus” : en 2014, à l’époque de la sortie de leur premier projet, personne -ou presque-, en dehors de Sevran, n’aurait su dire qui était 13 Block. Pourtant, toutes les bases étaient déjà présentes, y compris cette soif -le cas échéant, cette faim, mais l’idée est la même-, ces sacrifices constants pour rester focus et charbonner sans relâche, et cet appétence qui fait passer l’objectif visé avant toute chose, même la plus fondamentale. Le groupe a ainsi longtemps donné l’impression de se chercher, gravissant les marches une par une, cherchant à atteindre cette forme finale esquissée tout au long de Triple S.

Un équilibre magique entre collectif et individualités

Pour atteindre cet idéal,il fallait trouver le bon équilibre sur deux plans distincts : d’une part en opérant cette jonction entre trap de rue pure et dure et volonté de s’ouvrir musicalement, et d’autre part en permettant à chacun des membres du groupe de s’exalter en jouissant d’une pleine liberté sans pour autant empiéter sur l’espace de ses coéquipiers . Là où Zed a tendance à pousser, par sa science des refrains et des mélodies, vers les hautes sphères, Detess ramène le tout vers les profondeurs abyssales, la pesanteur de son timbre de voix renforçant ultérieurement la brutalité dégagée par sa silhouette imposante. L’un et l’autre tirant le groupe dans une direction, Old Pee et Zefor agissent alors comme les variables d’ajustement évitant à 13 Block de devenir soit un groupe à la recherche constante du tube, soit un groupe bas du front incapable de s’élever au dessus de la mêlée.

Fruit de l’union entre le 93 Gang et Oral Sombre , 13 Blo’ aurait en effet pu rester l’un de ces innombrables crews de trappeurs incapables de se démarquer, et surtout, de laisser ses individualités s’exprimer de la bonne manière. La grande réussite du quatuor sevranais tient précisément dans cette capacité de chacun de ses membres à exister au delà de la pure dimension collective : aucun auditeur du groupe n’aura de mal à différencier Old Pee de Zed, ou Zefor de Detess . Mieux, l’écoute attentive des différents projets du groupe laisse supposer que chacun d’entre eux a passé les cinq dernières années à identifier ses points faibles et à travailler pour les gommer, tout en misant sur ses points forts, perfectionnant son style au fur et à mesure des années. Que ce soit dû à une prise de conscience progressive du groupe, au contact avec Ikaz Boi, ou à la proximité avec Alkpote, la progression de 13 Block depuis 2014 est indubitablement constante, et chacune des caractéristiques individuelles de ses membres est de mieux en mieux exploitée. Sueur, soif, sous … si l’on souhaite aux quatre trappeurs que l’amélioration de leurs conditions de vie, par le biais de la musique, leur vaille quelques gouttes de sueur en moins, et quelques sous en plus, on ne peut qu’espérer que leur soif reste inassouvie. Soyez prévenus : guettez la prochaine claque de 13 Block.

Crédit photo : banque images /

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