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10 bonnes raisons d'écouter le nouvel album de Despo Rutti
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10 bonnes raisons d'écouter le nouvel album de Despo Rutti
10 bonnes raisons d'écouter le nouvel album de Despo Rutti ©Radio France

10 bonnes raisons d'écouter le nouvel album de Despo Rutti

Pour ceux qui seraient passés à côté.

Officiellement disponible depuis une quinzaine de jours, le dernier projet de Despo Rutti est resté plutôt confidentiel, d’une part pour des raisons pratiques, le disque n’étant pas distribué de manière classique, et d’autre part pour des raisons liées à la personnalité et aux positionnements du rappeur ces dernières années, qui ont probablement effrayé -ou plus simplement, laissé de marbre- les médias spécialisés. Pourtant, Docteur Sophie Said , à l’image de Majster  il y a dix-huit mois, est un disque aux qualités tellement évidentes que l’on ne peut que regretter l’absence quasi-totale de couverture médiatique. Voici donc dix bonnes raisons d’y poser une oreille.

1. Docteur Sophie Saïd est l’un des disques les plus introspectifs jamais écrits

On a toujours connu un Despo particulièrement torturé et honnête avec lui-même, dont les textes ont toujours été empreints d’une très forte propension à l’introspection. Si un cap avait déjà été franchi avec Majster, et des titres comme Risperdal, traitant de ses différentes hospitalisations psychiatriques, ou Dans les Yeux, auto-analysant ses propres pratiques sexuelles, on passe ici une vitesse supérieure en termes d’intériorisation. Que ce soit au sujet de l’éducation -et surtout des coups- qu’il a reçu (Les Plus Belles Roses Poussent Dans La Merde), de son rôle de père d’une fille qu’il a vu pour la première fois via facebook quand elle avait 3 ans (‘Ani Mitzta’er) ou encore de ses périodes sombres, comme ce moment où, complètement égaré, il a poignardé sa compagne (Solénoglyphe). En clair, Despo a un vécu terriblement difficile et torturé, et il en livre l’intégralité sans le moindre filtre. Soyez prévenu avant l’écoute, car certains passages vont se révéler éprouvants si vous êtes un auditeur trop empathique.

2. Le côté mystico-religieux complotiste de Majster a disparu

C’est l’aspect de Majster qui a le plus rebuté la majorité des auditeurs : gorgé de thèses religieuses (“y'a pas d'autres livres saints que la Torah, les autres, tous vous mentent”), de considérations mystiques (“tu veux parler avec le Créateur, mange des raisins blancs”), de théories complotistes (“Les pays où les bédouins sont majoritaires commencent par I.B.L.I.S”) ou de théories sémantiques pour le moins étonnantes (“prends Maroc, lis le à l'envers ça donne Coram, papa, pas de Médine, ni de la Mecque, le Coran vient de là bas”). Malgré l’intérêt de toutes ces affirmations dans la compréhension globale de la personnalité de Despo, de son rapport à la spiritualité, et des hauts et bas de son psyché pendant l’écriture de cet album, il est assez logique qu’elles aient pu laisser de côté une partie du public, que ce dernier soit simplement intéressé par ces questions, ou qu’il soit au contraire heurté par certains propos du rappeur (au hasard, “les arabes contrôlent le monde”).

3. Un bon compromis entre le Despo de Convictions Suicidaires et celui de Majster

Beaucoup regrettent l’époque où Despo bouleversait les certitudes du rap français avec Les Sirènes du Charbon puis Convictions Suicidaires. Mais l’homme n’est plus le même, et par conséquent, le rappeur ne peut plus être le même. D’autres préfèrent le Despo de Majster, qui a clairement gagné en musicalité et s’est complètement libéré de tout un tas de contraintes artistiques et personnelles qui l’empêchaient peut-être de donner la pleine mesure de sa personnalité sur disque. Bonne nouvelle pour tout le monde : le Despo de Docteur Sophie Saïd se situe à la jonction entre les deux -au point qu’on se demande même parfois si certains textes ont été écrits aujourd’hui où en 2010. Plus cohérent et serein que sur Majster, plus désinvolte que sur Convictions Suicidaires, il semble avoir atteint son évolution définitive.

4. Ses anciennes punchlines reviennent faire coucou

En lien direct avec le point précédent, la réutilisation par Despo de ses anciennes punchlines (“t’as battu un million de spermatozoïdes à la course, t’as le droit d’être prétentieuse” adressé à sa fille) fait parfaitement le lien entre les deux grandes périodes de sa carrière. Parfaitement placées en fonction du contexte, elles mènent l’oeuvre de l’artiste à se répondre à elle-même, à distance de nombreuses années.

5. Trois prods utilisent des samples de DBZ

Ok il s’agit de samples hyper cramés et déjà utilisés par d’autres, mais ça fait toujours plaisir. Surtout que :

6. L'une des pistes est une interview d'Emmanuel Petit sur un sample de Dragon Ball Z

Voila.

7. Despo met le projecteur sur les zones d'ombre du game

C'était déjà l'une des particularités du rappeur époque Convictions Suicidaires : sa propension à pointer le doigt sur les travers du milieu rap et de l'industrie du disque. A l'époque, il citait l'avance qu'il devait à Emmanuel de Buretel, ou encore le changement de perception des autres rappeurs après son passage « à la table de Booba » ; aujourd'hui, il interpelle Benjamin Chulvanij au sujet des commissions ridicules que touchent les artistes, il égratigne Kaaris et Niro, coupables selon lui de l'avoir laissé mariner trop longtemps avant de venir enregistrer des featurings ; et il donne tous les détails de sa relation conflictuelle avec Fababy. Même si on n'est face qu'à sa version des faits, il est suffisamment rare de tomber sur un rappeur totalement transparent sur ce type de sujet, et les coulisses du rap-game paraissent souvent très opaques pour le public.

8. Despo remet l'indépendance au coeur de sa démarche.

Conséquence directe du point précédent, Despo fait régulièrement référence à son émancipation vis à vis des grandes maisons de disques et des petits labels, considérant -ce sont ses mots- que les artistes sont traités par leurs producteurs comme des « putes ». Entièrement autoproduit, distribué de main en main ou par correspondance, Docteur Sophie Saïd représente, tout comme ses trois précédents projets, le summum de l'indépendance française. A l'heure où l'indépendance s'impose comme l'un des modèles économiques dominants (Jul, PNL, Le Gouffre, Hugo TSR, et même peut-être Sch), la démarche de Despo se retrouve donc renforcée et plus pertinente que jamais.

9. Après avoir écouté Solénoglyphe, vous relativiserez sur vos problèmes de couple

Son passé d'enfant battu, ses internements psychiatriques, sa paternité chaotique, le manque de soutien de ses proches pendant les périodes difficiles ... Tout le long de cet album, Despo pointe du doigt toutes les causes de sa descente aux enfers. Le paroxysme est atteint avec le titre Solénoglyphe, une longue diatribe envers son ex-compagne, accusée ici d'un nombre incalculable de maux -en gros, il considère qu'elle était envoyée par ses ennemis pour lui faire du mal, qu'elle était plus ou moins en lien direct avec Satan, et qu'elle l'avait plus ou moins ensorcelé.

10. L'un des titres est une chanson d'amour à sa psychiatre

Retour introspectif sur ses années de psychanalyse, ce morceau qui vient conclure le disque, exprime toute la gratitude qu'éprouve Despo envers le Docteur Sophie Said -qui donne donc son nom à l'album. Faut-il vraiment en dire plus pour vous convaincre ?

Voici le lien  pour pécho l'album.

Despo Cover
Despo Cover ©Radio France

Crédit photo : capture clip Rédemption