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Violences policières : un producteur tabassé et victime d'insultes racistes dans son studio
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Michel, victime de violences policières samedi 21 novembre 2020 à Paris ; (Captures de l'enquête de Loopsider)
Michel, victime de violences policières samedi 21 novembre 2020 à Paris ; (Captures de l'enquête de Loopsider)

Violences policières : un producteur tabassé et victime d'insultes racistes dans son studio

Les images révélées et décryptées par Loopsider sont d'une rare violence, et témoignent de l'étendue du problème.

Une enquête minutieuse du média Loopsider vient de révéler une sordide affaire de violence policière. Samedi 21 novembre, alors que le producteur Michel Zecler, connu notamment pour avoir produit la tournée l'âge d'or du rap français, se rendait à son studio de musique du XVIIème arrondissement de Paris, il a été tabassé et insulté par des policiers. Les caméras de vidéosurveillance de son studio ont enregistré les coups de poings, de genoux et de matraques. Ces images, décryptées par le journaliste David Perrotin, sont d'une violence insoutenable. 

Les agents de police reprochaient à Michel de ne pas porter de masque. Mais alors que le producteur pousse la porte de son studio, les 3 agents de police descendent de leur véhicule et entrent dans le studio en même temps que Michel. "A ce moment là, j'ai peur" explique la victime dans le reportage publié par Loopsider, "Je ne sais même pas si ce sont des vrais policiers !"

Une violence aveugle et gratuite

Très vite, Michel est roué de coups et d'insultes racistes, "J'ai beaucoup entendu le "Sale nègre"" se souvient-il avec émotion. La torture prend fin lorsque 9 artistes qui enregistraient un son au sous-sol entendent les appels à l'aide de leur producteur et décident de monter. Les policiers sortent du studio et frappent sur la porte en ordonnant à Michel de sortir, "J'ai pas envie de sortir avec les policiers qui sont venus m'agresser" explique t-il. Les forces de l'ordre envoient alors une grenade lacrymogène dans le studio et appellent des renforts. 

Asphyxiés par le gaz de leur propre grenade, les policiers sortent manu millitari le producteur de son studio et descendent, armés, chercher les jeunes rappeurs qui s'étaient réfugiés au sous sol. "A ce moment là, je prend des coups de tous les côtés" raconte Michel. Choqué, un jeune homme de 22 ans, présent au sous sol du studio raconte : " Ils nous ont fait une haie d'honneur__, on est sortis au milieu de tous, et ils nous on tous tapés".

GAV, ITT et IGPN

Au poste, Michel sera accusé d'"outrage et rébellion" ainsi que d'avoir tenté de s'emparer des armes des policiers. Après 48h de garde à vue, il fera constater ses blessures par des médecins et obtiendra 6 jours d'ITT. Les 9 jeunes seront relâchés après un simple contrôle d'identité "et alors qu'un mineur faisait partie du groupe, ses parents ne seront même pas contactés" précise David Perrotin. A la fin de son enquête vidéo, il indique qu'après avoir reçu les images des violences, le parquet de Paris a classé sans suite les poursuites contre Michel. Un tweet du ministre de l'intérieur Gérald Darmanin indique que l'IGPN est saisie dans cette affaire. 

Contacté par Mouv, David Perrotin s'est confié sur l'élaboration de cette enquête. "Je savais que je travaillais sur quelque chose d'assez fort et assez inouï, c'est vrai que j'ai fait beaucoup de sujets sur les violences policières, mais elle arrive à un moment où l'opinion publique se dit : ça suffit !". Mais malheureusement, "il n'y a rien d'inédit dans le fait qu'un homme ait été tabassé de manière illégitime ... ça, hélas, on le voit tous les jours" regrette t-il.

Pour mener à bien cette enquête, il s'est appuyé sur de nombreux documents remis par l'avocat de Michel mais aussi par des voisins qui ont spontanément filmé la scène avant de donner les images à des proches de la victime."J'ai par exemple rencontré un premier voisin qui m'a tout raconté, puis l'avocate et les jeunes ont collectés quelques vidéos et c'est comme ça qu'on a pu récupérer toutes les images." se souvient David Perrotin "c'est un travail collectif" précise t-il.

"La force de cette enquête c'est qu'on documente les violences du début à la fin__. Sans les videosurveillances, les policiers auraient très bien pu dire : "il était violent ; il a tenté de prendre notre arme" ce qu'il ont fait dans un premier temps." assure le journaliste. "La réalité c'est que sans ces images, il est probable que la victime soit encore en prison" conclu t-il.

Tout notre soutien à Michel et les personnes victimes de bavures policières.