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Twitch : une étudiante analyse les insultes durant 150h de streams
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Photo : Emmanuel / Unsplash
Photo : Emmanuel / Unsplash

Twitch : une étudiante analyse les insultes durant 150h de streams

Une étudiante en sociologie vient de publier en libre accès une étude de 90 pages sur le sexisme présent sur Twitch.

Vous n'êtes pas naïfs et vous vous doutez bien que des insultes sexistes sont présentes sur Twitch. Au delà de ce constat, il s'agit d'une étude inédite, intitulée "Recherche sur les insultes sexistes chez les acteurs dominants du Twitch français", car peu de documents et d'analyses existent sur le sexisme au sens large, il s'agit d'un sujet récent en sociologie, et plus particulièrement, le sexisme dans le domaine du jeu vidéo.

Clara B. s'est focalisée sur Twitch, une plateforme de diffusion de vidéos en direct, spécialisée dans le jeu vidéo, les utilisateurs ont la possibilité d’interagir avec le streamer via une fenêtre de chat. Clara est étudiante en sociologie et utilise assidûment Twitch, comme elle le rappelle dans son introduction :

Cette recherche n’a pas été faite dans un cadre universitaire et n’a pas bénéficié de la relecture, l’encadrement ou du conseil de professeurs habilités et n’engage donc que la personne qui l’a menée.

Attention, avis à tous les lecteurs, l'objectif n’est pas de dépeindre Twitch comme un univers entièrement sexiste. 

Twitch représente 35 millions de visiteurs uniques par mois.

Le monde du gaming n'a pas la réputation d'être un monde très ouvert aux femmes mais qu'en est-il vraiment ? Le sexisme est-il présent ? Et si oui, pour quelles raisons ? Clara a voulu rendre visible un type de sexisme particulier. L'étude est complète, la première partie pose les bases de son étude en expliquant (et ce n'est pas si simple) ce qu'est le sexisme et ce que cela implique. Puis, elle nous présente la plateforme Twitch :

Capture de l'étude "Recherche sur les insultes sexistes chez les acteurs dominants du Twitch français"
Capture de l'étude "Recherche sur les insultes sexistes chez les acteurs dominants du Twitch français"

Twitch est avant tout une communauté, avec ses propres codes, la liberté d'entreprendre y est très importante, chacun peut donner son avis, interagir et c'est en ça que la plateforme est un objet d'étude intéressant.

Clara a décidé de se pencher sur les cas de trois streamers faisant partie des plus gros acteurs français du domaine : Mistermv, Kamet0 et Zerator, qui comptaient respectivement 336 000, 348 000 et 662 000 followers sur Twitch au moment de l’enquête. 

Capture "Recherche sur les insultes sexistes sur Twitch"
Capture "Recherche sur les insultes sexistes sur Twitch"

L'étudiante a analysé 150 heures de streams en tout, elle a quantifié le nombre d’insultes des streamers et celles présentes sur le chat. Parmi celles-ci, les insultes sexistes sont comptabilisées et réparties selon leur nature ou leur objectif : hypersexualisation, menaces, incitation aux violences sexuelles… Après analyse des résultats, les streamers ne prononcent pas de propos sexistes, contrairement à leur communauté. Cela dépend de trois facteurs : La politique de modération, la personnalité du streamer et le profil socio-économique de la communauté. Cependant il existe un élément déclencheur aux insultes sexiste, un implacable détonateur qui est la présence d'une figure féminine, qui peut être incarnée par une voix ou par un personnage féminin. La culture du viol y est omniprésente, Twitch est à l'image de notre société, il s'agit d'un espace public bien que virtuel, il n'en est pas moins un endroit de passage et d'échanges où les stéréotypes perdurent.

Un rapport d’ONU Femmes montre que 73 % des femmes ont déjà été victimes de violences sur internet et 18 % ont déjà été victimes d’une forme sérieuse de violences.

En 1996 en France, il y avait cinq millions de joueurs dits assidus (soit environ 9 % de la population française). En 2018, 51 % des Français jouent régulièrement aux jeux vidéo, l’âge moyen est de 39 ans et 47 % sont des femmes.

Comme expliqué dans le rapport : La plupart de ces garçons n'ont jamais vu aucune femme programmeur, aucune femme amatrice de jeux vidéo. Du coup, ils grandissent et s'épanouissent seuls dans leur geek-royaume et considèrent que les femmes sont incapables de programmer tout simplement parce qu'ils n'en ont jamais vu aucune le faire. Alors que les hommes, eux, ont toujours été reconnus en tant que joueurs et en tant que programmeurs. 

Conclusion, cette étude est complète et intéressante, elle ouvrira la voie, on espère, à d'autres pour que Twitch devienne un objet d'analyse, d'ailleurs, Twitch Stats encourage les études comme celle de Clara :