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Roman Sanchez : un passé de dealer, un avenir en médecine
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Romain Sanchez en couverture de son livre "un parcours stupéfiant"
Romain Sanchez en couverture de son livre "un parcours stupéfiant"

Roman Sanchez : un passé de dealer, un avenir en médecine

Une semaine après les manifestations du personnel hospitalier et en plein mouvement de grève aux urgences, Mouv’ vous raconte l’histoire de Roman Sanchez. Celle d’un ancien dealer de drogue bientôt médecin généraliste.

Sept ans. Voilà qui aurait pu correspondre au nombre d’années de détention de Roman Sanchez (RS). Mais l’homme de 31 ans, ancien dealer de Claye-Souilly (Seine-et-Marne), a tiré un trait sur cette vie de galère. Cela fait maintenant sept ans qu’il s’est lancé dans la grande aventure de la médecine. Loin du four, c’est actuellement dans les couloirs du centre hospitalier de Sedan (Ardennes) que Roman Sanchez est formé. "J’essaye de ne pas trop penser à ce qu’il se passe en ce moment", confie l’interne (rattaché à la fac de Reims), en référence aux grèves dans le milieu hospitalier. En effet, depuis début novembre, l’homme est en stage aux urgences de Sedan pour six mois, en plein cœur de la grogne. Parmi les revendications des urgentistes de tout le pays, on réclame notamment une augmentation des salaires, une hausse des effectifs et une réouverture des lits fermés. "Encore à Sedan il y a moins de patients que quand j’étais au CHU du Kremlin-Bicêtre ou là c’était vraiment de la folie. Mais globalement, on manque cruellement de moyens. Depuis que j’ai commencé le stage mon directeur répète tous les jours que ça va péter__", explique-t-il. Et d’ajouter, "les infirmiers sont mis à rude épreuve. Moi je me dis surtout que je vais tout faire pour réaliser mon rêve de devenir médecin. Si je ne gagne pas beaucoup d’argent, ce n’est pas grave tant que ça me plaît. Même si parfois je regrette de ne pas avoir fait une école de commerce, sauver la vie des gens ça reste cool." 

Un parcours stupéfiant 

Ce ne sont pas les difficultés que connaît l’hôpital public qui auront raison de sa motivation. Roman Sanchez revient de loin. De très loin même… Si on lui avait dit un jour qu’il en arriverait à ce stade, il n’y aurait probablement pas cru. Il faut dire qu’à 12 ans, Roman consommait déjà du cannabis dans la cour du collège avec ses copains. À cet âge, sa vie est rythmée par la fumette et les sorties entre potes. Jusqu’au jour où lui et ses comparses cassent le mur d’une école de Claye-Souilly. 

La mairie nous réclamait 1 500 €. Je me suis mis à dealer pour rembourser mes parents, ce que je n’ai jamais fait.

À 16 ans, celui que l’on surnomme Chanel pour "chatte éternelle" tant il excelle au jeu du chat et la souris avec la police, vit désormais du trafic de drogue. Il passe de petite main du trafic, à grossiste. Il revend désormais de la drogue en gros (minimum 400 grammes) à des détaillants qui se chargeront de la revendre aux consommateurs. Roman grimpe dans la hiérarchie lorsqu’il décide un beau jour d’arrêter les magouilles. "À 17 ans et 9 mois je décide d’arrêter mes conneries. À 18 ans et un mois je suis balancé avant d’être condamné un mois plus tard à trois mois de prison avec sursis__", détaille-t-il. 

Le jeune homme semble calmé. Il décide donc de travailler. Sans trop mettre un terme à la drogue et aux soirées, il entame un BEP cuisine au sein du prestigieux Plaza Athénée, situé avenue Montaigne dans le 8ème arrondissement de Paris. "Un jour je me coupe légèrement les doigts avec la machine à jambon et je décide de tout arrêter. J’aimais bien cuisiner mais je me forçais à y aller tous les jours", avoue-t-il. Cette dernière expérience aura au moins eu le mérite de lui redonner goût aux études. Dans la foulée Roman Sanchez s’inscrit au lycée Saint-Sulpice à Paris pour reprendre une filière scientifique qu’il avait abandonnée en classe de première. Il obtient son bac S sans trop aller en cours. Ça c’est pour le côté pile. Mais derrière ce succès se cache un homme qui sort et se drogue beaucoup. Alcool, cocaïne, MDMA ou encore LSD. "Un soir, au volant, en pleine hallucination sous LSD, je me suis dit que je devais changer de vie."

"J’ai chialé avant mon stage de pré-rentrée"

Roman Sanchez obtient son bac S, ce qui ne l’empêche pas d’être encore un peu perdu. Il enchaîne les petits boulots de livreur, et rêve un temps de devenir pilote d’avion ou soldat dans l’armée. Des projets qui n’aboutiront pas, car contre toute attente RS se lance alors dans des études de médecine. "Les délais d’inscription étaient dépassés à Paris, alors j’ai pris la route de Marseille avec un pote quelques semaines avant la rentrée. Quand il est parti, je me suis mis à chialer avant le début de mon stage de pré-rentrée", confie Roman Sanchez, qui comprend à ce moment-là que ça va être compliqué. D’autant plus compliqué qu’il décide d’arrêter de fumer le cannabis la même année. "Les nuits furent courtes. Je travaillais 12 heures par jour sans flancher." Au final Roman termine 306ème sur 312 places disponibles. Le voilà parti pour encore huit années d’études. "Je serais incapable de refaire tout cela aujourd’hui." Ce n’est qu’en troisième année que Chanel prend la mesure du chemin parcouru. "Sur Internet je suis tombé sur des médecins devenus dealers, mais jamais l’inverse__." Lui vient alors l’idée de raconter son histoire dans un livre. Celui-ci mettra plusieurs années avant que Michel Lafont accepte de l’éditer. Mais comme d’habitude, Roman Sanchez s’est battu pour atteindre son objectif.

Il est devenu malgré lui un des symboles du "tout est possible." Si en tant que médecin il espère sauver des vies parfois abîmées par les produits que lui-même vendait ou consommait, il souhaite également faire passer un message fort aux jeunes et à leurs parents. En effet, depuis que son histoire a été racontée par Le Parisien en 2017, Roman enchaîne les conférences pour sensibiliser autour des dangers de la drogue. "Il y a tellement de demandes, que j’ai dû refuser une dizaine de conférences." Chanel mène une vie à 100 à l’heure qu’il rêve un jour de réussir. "Moi personnellement je ne sais pas encore si j’ai envie de devenir addictologue car je voudrais bien sortir du milieu de la drogue. On verra à la fin de mon cursus, mais si je reste en médecine générale, j’aimerais bien ouvrir un cabinet en campagne. Mais pour moi, la plus belle des réussites sera quand un futur avocat viendra me dire qu’il s’en est sorti grâce à mon histoire."