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Qui est Lamine Ba, au centre d'une altercation filmée avec un policier à Sevran ?
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Lamine Ba aux côtés de Rim'K sur le tournage de la série Validé
Lamine Ba aux côtés de Rim'K sur le tournage de la série Validé

Qui est Lamine Ba, au centre d'une altercation filmée avec un policier à Sevran ?

Le 11 septembre, la vidéo d’une bagarre de rue entre Lamine Ba, employé municipal, et un agent de police a alimenté les débats sur les réseaux sociaux. Trois semaines après, Mouv’ est retourné à Sevran dans le 93 pour faire un point sur l'affaire et tenter de comprendre qui est Lamine Ba.

« Ce qui s’est passé entre Lamine, le médiateur, et ce policier début septembre, ça arrive très souvent ici… », murmure Malik, un ami de Lamine Ba, à la tête du label de rap ANW Music. Accoudé à une table dans un kebab de la gare, le Sevranais de 32 ans sirote un café. Il explique avoir grandi dans le même quartier que l’employé municipal, aux Beaudottes. « Lamine, c’est le mec humble que tu vois dans une salle de sport et qui te donne un sourire, il ne se la raconte pas. » 

Le médiateur de rue est décrit comme doux, calme et attentionné. « Il n’aime pas que tu rabaisses quelqu’un devant ses yeux, si t’insultes un mendiant par exemple, il s’y opposera. » Malik regarde au loin. Les souvenirs avec lui sont nombreux. « Il m’a aidé et m’a conseillé dans la musique notamment. »

Son avocate, Maître Diane de Condé, décrit quant à elle un homme spirituel qui est ni dans le jugement, ni l’animosité ou même la rancœur. Le Sevranais travaille avec la mairie depuis 2007.

Calme et doux, donc. Un épisode violent s’est cependant produit le 11 septembre dernier dans l’avenue Youri-Gagarine, peu après 18 heures, à quelques pas de la gare RER de Sevran. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux et a notamment été relayée par les chaines d'info en continu et les principaux médias du pays : 

Dessus, on y voit un policier tenter d’attraper un homme noir portant un bouc par les jambes avant d’échanger des coups de poings. La scène est digne d’un combat de rue. Le gardien de la paix attaque alors Lamine Ba qui se défend, renvoyant les coups. La bagarre se solde par un coup de Taser asséné par un autre policier dans le postérieur de l’employé municipal qui s’écroule à terre. Puis il est immobilisé par plusieurs agents de police. Le Sevranais est ensuite transporté à l’hôpital Robert-Ballanger pour être soigné. Il se fait retirer l’ardillon, sorte d’hameçon du pistolet électrique, planté dans les chairs.

Seul hic, la vidéo est dépourvue de son. Impossible d’entendre les échanges entre les deux protagonistes et difficile de savoir ce qui a engendré cette altercation.

Les versions se contredisent et la vérité reste floue

Selon Malik, Lamine Ba n’aurait commis ni infraction, ni violence. « L’agent de police lui a lancé, « Toi je vais te péter », et Lamine lui a répondu « Wesh on va la bouger la voiture ! » L’incident serait donc parti d’une voiture mal garée, bouchant la circulation. « Ici, d’habitude les policiers s’acharnent sur les petits, pas sur des mecs de 30 piges. Ils regardent beaucoup trop Netflix, ils se croient dans Braco ! » Rancœur et déception transparaissent dans son discours. « Et puis, sur la vidéo, on voit bien qu’il prend sur lui, il ne renvoie pas les coups en démultiplié ! »

Malik insiste sur l’humilité de son camarade. Il raconte qu’au lendemain de l’incident, Lamine n’a pas glorifié l’histoire. « Il m’a dit qu’il n’était pas fier ce qui s’était passé. »

Maître Diane de Condé soutient que c’est quelqu’un de très calme et très posé, qualités essentielles à un médiateur. Son casier judiciaire serait vierge. « C’est un homme qui prend sur soi pour contribuer à l’alchimie citoyenne. » Selon elle, son client ne connaissait pas l’agent des forces de l’ordre.

Pour Erwan Guermeur, secrétaire départemental du SGP et dont les propos ont été recueillis par Le Parisien,  « Lamine Ba aurait refusé de tendre ses papiers d’identité, aurait insulté et tapé sur les menottes que sort le policier. » Selon lui, il y a donc bien outrage, d’autant plus que Lamine Ba envoie des coups de poing à l’agent du maintien de l’ordre.

L’agent de police est décrit comme quelqu’un au « tempérament calme » 

Le gardien de la paix en question a une trentaine d’années et exerce depuis quatre ans. Il a été affecté au commissariat d’Aulnay-Sous-Bois depuis deux ans. Ses collègues le décrivent comme un homme au « tempérament calme », comme rapporté par Le Parisien. 

D’abord suspendu puis réintégré, le policier a été au cœur d’un imbroglio administratif. D’un côté, Didier Lallement, le préfet de police a demandé sa mise à pied, quand le Directeur général de la police nationale a fini par la démentir le lendemain. Un article du Monde soulignait que cette mésentente mettait en lumière une lutte de pouvoir entre la police de Paris (qui détient une autorité sur la capitale et la petite couronne) et la Direction générale de la police nationale (qui gère le reste du pays). 

Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » et l’IGPN a été saisie. En tout, trois enquêtes sont en cours. « Ça va être long », reconnaît l’avocate de Lamine Ba. 

Physiquement ça va mieux, psychologiquement c’est différent

Aujourd’hui, l'employé municipal est en arrêt de travail et se remet doucement. « Physiquement, il va mieux. Psychologiquement, c’est différent… », note maître Diane de Condé, son avocate. Elle explique que lorsqu’il sort, tout le monde a tendance à l’alpaguer. « Il est très mal à l’aise face aux réactions parfois surprenantes de certaines personnes qui l’applaudissent. »

Malik raconte également que tout le monde appelle son ami. Le téléphone sonne sans arrêt. Selon ses dires, Cyril Hanouna de « Touche pas à mon poste » a voulu l’inviter sur son plateau pour l’interroger sur les faits. « Mais il refuse de communiquer avec les médias tant que l’enquête est en cours. » 

Sur les réseaux sociaux, Lamine Ba renvoie l’image d’un homme sportif qui pratique musculation et sport de combat. Concernant l’altercation entre le policier et lui, il disait sobrement à travers un post Instagram « Merci à tous pour votre soutien, on va laisser la justice faire son travail ». 

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Lamine Ba est décrit comme un caméléon par Malik. « Il est dans tout ! Le social, l’associatif, l’humain, la musique, le cinéma… » Il a fait des apparitions dans plusieurs films comme Valérian et la cité des milles planètes, Colt 45, Selon Thomas, Les Gorilles, Qui Vive ou encore dans la prochaine série de Franck Gastambide sur le monde du rap Validé. Récemment, il annonçait sa participation au prochain long-métrage de Sofian Tahibi, Rescapé. 

Le Sevranais, proche de Maes, s’est également impliqué dans la musique en co-produisant le rappeur Dabs aujourd’hui signé sur le label Elektra chez Warner. 

Les Beaudottes, un quartier où la médiation est essentielle

Pour son avocate, Maître Diane de Condé, il s’agit de mettre la lumière sur un comportement abusif. « Les policiers sont rarement condamnés dans ce genre d’affaires, c’est une réalité. Pour une fois, si seulement les choses pouvaient être rétablies. On peut déborder, le policier est un être humain. Il faut simplement de la répression. »

Le quartier des Beaudottes donne à voir un mélange extrêmement riche des communautés. Ici, ce ne sont pas moins de 72 communautés qui sont représentées. Une chaussure de chantier pleine de peinture blanche, un jean usé, des gants de boxe, une poêle… On trouve absolument de tout chez ces petits vendeurs de bric et de broc à la gare. Ici, à quelques pas des petits primeurs et commerçants où mille couleurs se mélangent, des bâtiments lézardés aux façades noircies ornent les rues. En 2013, le journal américain The Economist écrivait que Sevran était l’une des communes les plus pauvres de l’aire urbaine de Paris. 

« Ici, il y a beaucoup de pauvres, je te parle même de personnes qui n’ont pas de boîte aux lettres », pointe Malik. Les jeunes évoluent dans un climat où l’appât du gain est omniprésent et où la violence policière est coutumière. Des intermédiaires comme Lamine Ba sont essentiels pour apaiser les disputes dans la cité ou pour créer du lien entre les habitants.

« Il faut savoir que quelqu’un du quartier avait installé des caméras et des bandes sonores dans des endroits stratégiques de la cité il y a quelques mois. » En somme, les appareils auraient été placés dans les recoins à l’abri des regards où, selon le Sevranais, les jeunes se sont parfois chahuter par la police. Affirmation édifiante que nous n'avons pas pu nous faire confirmer par la mairie, contactée mais qui n'a toujours pas répondu à nos sollicitations. « Les insultes comme sale négro ou sale bougnoule sont récurrentes ici. On veut montrer aux gens que l’on n’invente pas ces histoires, ce sont des faits. » Un média dont Malik préfère taire le nom aurait eu accès à ces bandes visuelles et sonores. « D’ici quelques mois, les gens se rendront compte qu’on ne ment pas. »