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Le coronavirus, "petite grippe" : qui a vraiment dit ça ?
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Le Covid-19, une grippette ?
Le Covid-19, une grippette ? ©Getty

Le coronavirus, "petite grippe" : qui a vraiment dit ça ?

Depuis quelques jours, beaucoup d’internautes se disent choqués par la dangerosité du virus alors qu’on leur aurait dit que "le covid-19 n’était qu’une grippette", une petite grippe. Qu’en est-il vraiment ?

Le premier ministre lui-même, Edouard Philippe, a justifié la mesure tardive de confinement sur France 2 en disant qu’en janvier "des médecins disaient qu’il s’agissait d’une petite grippe." Mais qui a dédramatisé en parlant de "grippette" ? A bien y regarder, depuis le début de la crise en janvier, aucun ministre, aucun médecin, ni aucun spécialiste épidémiologiste n’a utilisé ni cette expression, ni "petite grippe." La Ministre de la Santé, Agnès Buzyn avait parlé le 24 janvier "d’un risque d’introduction faible en France mais pas exclu."

Finalement, cette idée que le coronavirus ne serait qu’une "petite grippe", on la trouve surtout dans les commentaires d’internautes, notamment sur Twitter et Facebook :

Et puis, on retrouve cette expression "grippette" utilisée par le spécialiste santé, Michel Cymès, pour dire que le coronavirus n’est pas une petite grippe, mais que "ça reste une maladie virale comme on en a tous les ans." C’était sur le plateau de Quotidien le 10 mars :

Une analyse qui se voulait rassurante par rapport à la sur-médiatisation autour du Covid-19, mais qui est restée dans les mémoires des spectateurs comme étant un aveu d’inconscience. Le genre de message contre lequel d’autres spécialistes ont voulu mettre en garde. Par exemple, Jérôme Salomon, le directeur général de santé, qui a précisé le 10 mars : 

Attention, le coronavirus n’est pas une grippette, il peut donner des formes graves sur des personnes pas si âgées que ça.

Finalement, d’où vient ce sentiment que les spécialistes auraient dédramatisé la dangerosité du virus ? En regardant le liste des signes avant-coureurs de la maladie, on constate que ce sont les mêmes que pour une grippe, des symptômes très banals et pas forcément inquiétants : fièvre, toux, difficulté respiratoire. La différence avec la grippe (et elle est capitale) c’est qu’il n’a a pas de vaccin. 

Autre élément qui a pu rassurer : le fait que, chez certaines personnes, le virus ne va se traduire que par un rhume, voire aucun symptôme. Sauf que si ces mêmes personnes transmettent le Covid-19 à une autre plus fragile, celle-ci peut se retrouver en service de réanimation avec respirateur artificiel en quelques heures seulement. 

Enfin, il y a l’effet psychologique : si on donne le taux de mortalité des personnes contaminées selon les pays où le virus a frappé, entre 0,2% (Allemagne) et 8% (Italie), nous avons tous tendance à retenir le mot "mortalité ", qui fait évidemment peur, alors que si l’on donne le taux de guérison, environ 98%, nous avons tendance à retenir "guérison", d’autant plus rassurant que le pourcentage est élevé… mais qui n’enlève pas le fait que, pour guérir, beaucoup de malades se seront retrouvés entre la vie et la mort à l’hôpital pendant plusieurs jours.

En résumé, tout est vrai : le taux de mortalité, le taux de guérison, les symptômes, etc. Il faut trouver le juste milieu entre psychose et dédramatisation à outrance. En revanche, une chose est sûre : personne ne peut dire qu’il n’a pas entendu parler des gestes qui protègent, se laver les mains, éternuer dans son coude, arrêter de faire la bise. Y compris sur l’antenne de Mouv’, dès janvier et presque tous les jours. 

Bref, la clé de cette polémique est peut être à la fois dans la façon dont les spécialistes et les médias choisissent de présenter les choses, et à la fois dans ce que notre cerveau qui écoute toutes ces analyses choisit de retenir, consciemment ou non.