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Kira Sensei : rencontre avec cette prof de Français, très suivie sur Twitter
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Le personnage de Yoruichi, aussi utilisée comme photo de profil de Kira-Sensei sur Twitter.
Le personnage de Yoruichi, aussi utilisée comme photo de profil de Kira-Sensei sur Twitter.

Kira Sensei : rencontre avec cette prof de Français, très suivie sur Twitter

Nombreux sont les profs sur Twitter à exprimer leur quotidien. Parmi les plus originaux, il y a MargotLabricot, métalleuse tatouée qui streame, MehdiRTX qui a une chaine YouTube suivie par ses élèves qui jouent parfois à Fortnite avec lui, mais aussi Kira Sensei, profil auquel Mouv’ s’est intéressé.

Entre "Sco pa tu manaa", "Bomboclaat", et anecdotes de classe type trafics de quatre-couleurs ou batailles de tchips, la jeune enseignante affiche un ton qui détonne avec les autres comptes de profs.

"Kira" du nom de ce personnage du manga Death Note, et "Sensei" qui veut dire professeur en japonais. C’est pour vous dire les références plutôt actuelles de cette jeune prof de Français très active sur Twitter. Mais de qui s’agit-il exactement ? Qui se cache derrière cette photo de profil de "Yoruichi", un personnage de Bleach ?

"J’enseigne le français dans le secondaire dans un établissement en réseau éducation prioritaire (REP) de la région parisienne. J’ai un master de Littérature Comparée et un autre de Langue Française Appliquée. Je n’en dirai pas plus sur mon identité pour une raison qui m’échappe encore : j’ai quelques détracteurs sur Twitter". Voilà pourquoi il y a quelques semaines elle mettait du temps à nous répondre. "Vous m’aviez proposé cet article au moment où on avait essayé de hacker mon compte et de trouver des informations sur moi, à croire que les Sco pa tu manaa dérangent."

Ce sont pourtant les Sco pa tu manaa qui ont fait le succès de Kira Sensei, dont le compte est aujourd’hui suivi par plus de 47 000 personnes. 

Le seul truc contre lequel je me “bats” c’est l’idée reçue selon laquelle on ne peut pas être issu d’un quartier et être prof

Ce qui était bon enfant et devait le rester a vite tourné au vinaigre. Si bien qu’aujourd’hui, en témoigne notamment la tentative de piratage de son profil, la jeune femme dérange. "Je n’étais pas anonyme aux prémices de cette “aventure” puisque mon compte n’avait pour but que d’être léger. Je n’y exprime ni mes opinions politiques, ni mes convictions religieuses. Le seul truc contre lequel je me “bats” c’est l’idée reçue selon laquelle on ne peut pas être issu d’un quartier et être prof. Mais ma personnalité a semblé déranger de parfaits inconnus."

Peut-être les plus susceptibles aux réponses parfois piquantes de la prof de Français qui corrige les fautes d’orthographe qu’elle voit passer sur Twitter. A ceux-là, elle souhaite préciser, "aucune faute d’orthographe ne me “pique” les yeux. Je ne suis pas dans le jugement ce serait trop facile pour moi. Et puis je suis assez consciente des parcours parfois compliqués de chacun pour savoir que rabaisser les gens ou ne pas les prendre au sérieux juste parce qu’ils ont oublié un “S” c’est malhonnête. Sauf en ce qui concerne la fachosphère. Quand on prétend être le fervent défenseur de la culture française il me semble pertinent de bien la représenter".

Déjà grillée par ses élèves 

Celle qui s’est inscrite sur Twitter pour passer le temps à la suite d’une rupture en août dernier, s’est vite retrouvée débordée par sa popularité. "En un mois près de 8000 abonnés me suivaient. Je n’ai moi-même pas compris ce qui se passait ni pourquoi j’avais autant de followers. Au début ça choquait que j’écrive “wesh” dans un tweet. On pensait que je jouais un rôle. Mais ceux qui pensaient ça, étaient justement des jeunes qui ne sont pas issus de ces quartiers. Chez nous il n’y a rien de ouf à imaginer qu’un prof ait des parents algériens et qu’il ait grandi dans une cité. Dans l’établissement où je bosse la moyenne d’âge est de 30 ans, on est quelques-uns à venir de ces quartiers et nos élèves ont l’habitude d’avoir des profs “ghetto”, ça ne les choque pas." 

Là où elle enseigne, plusieurs élèves savent déjà qui elle est depuis qu’un de ses tweets a tourné sur Snap et Insta. Elle y évoquait une anecdote qui s’était passé le jour-même dans son cours. Les élèves ont de suite fait le rapprochement. Mais pas de quoi faire peur à l’enseignante. "Le deal a été simple : si je constatais que mon autorité en pâtissait ou qu’ils faisaient les idiots exprès pour que je raconte ça sur Twitter, je supprimais mon compte devant eux. Visiblement ça les amuse d’avoir une prof “twittos” donc ils se tiennent à carreau pour l’instant. Mais ce n’était pas une menace en l’air, je supprimerai vraiment mon compte sans aucun regret. Mon métier passera toujours avant le reste". 

Quid de l’Education nationale ? "L’Education Nationale a autre chose à faire que lire mes anecdotes de classe. Croire que je fais trembler les autorités serait me surestimer... Nous avons le droit d’être sur les réseaux, d’y exprimer nos opinions. La seule limite est de ne pas faire de prosélytisme en classe."

Son seul problème sont les trolls sur Twitter. Elle explique, "je n’ai jamais été menacée, mais des personnes cherchaient à connaître mon identité. Je me suis peut-être fait une montagne de cette histoire mais je trouve étrange de rechercher le nom ou les coordonnées de quelqu’un sur Twitter. La bascule en compte privé c’était à la fois pour ça mais surtout parce que je n’arrivais plus à gérer le flot continuel d’abonnés. J’aime l’interaction entre mes followers et moi sous mes tweets, je n’ai pas envie d’être un “gros compte” et de ne plus pouvoir répondre aux mentions ou aux commentaires". 

Un comportement apprécié par ses suiveurs qui savent lui rendre quand elle a besoin d’eux. Comme cette fois où elle a offert une paire de lunettes à un livreur brutalisé et dont la vidéo avait circulé sur les réseaux.

"La mésaventure de ce monsieur a beaucoup choqué Twitter, beaucoup ont appelé à la vengeance et ont menacé ses agresseurs. J’ai proposé que nous nous occupions plutôt de ce brave homme et que nous lui montrions que les réseaux sociaux avaient aussi de bons côtés. Mes abonnés et moi avons réussi à lui faire avoir une nouvelle paire de lunettes (les siennes avaient été cassées) en interpellant des opticiens. Des petits cadeaux ainsi qu’un recueil de tous les tweets de soutien (près de 300) lui ont été envoyés." Et d’ajouter, "on se trompe quand on imagine que le Twitter Game n’est qu’embrouilles ou insultes. La bienveillance et le respect sont aussi des valeurs appréciées sur ce réseau." On ne peut pas dire qu’elle soit rancunière…