MENU
Accueil
Sims Samples, le dénicheur fou de samples du rap
Écouter le direct
Sims Samples (Benjamin Boukriche)
Sims Samples (Benjamin Boukriche)

Sims Samples, le dénicheur fou de samples du rap

Comment passer de Michel Sardou à... Youssoupha ? Sur ces réseaux, Sims Samples révèle ces connexions parfois improbables et décortique les plus grands classiques du hip hop. Le DJ a accueilli Mouv' pour expliquer sa démarche.

La mécanique est toujours la même. Debout, devant deux platines colorées, Sims Samples nous fait d’abord écouter un vieux morceau. Aujourd’hui, il choisit « Tuez-moi » de Michel Sardou, sorti en 1973. Puis, au bout de quinze secondes, Sims triture ses platines, balance un scratch, et – par magie – Michel Sardou devient « Eternel Recommencement », le premier grand titre de Youssoupha, paru en 2005. 

C’est le sampling. Depuis que le rap est rap, les producteurs ont pratiqué cette technique qui consiste à prendre un bout d’un vieux morceau, pour le modifier, le mettre à leur sauce, puis en faire une instrumentale sur laquelle on va rapper.  Et Simon, DJ de 39 ans, veut « redonner ses lettres de noblesse à cet art souvent décrié et oublié » sur ses comptes Instagram, Facebook, Twitter, où il répond au nom de Sims Samples. 

Le trentenaire nous reçoit dans son appartement aux portes de Paris, où la décoration sent le passionné de rap. Ici, une planche de skate à l’effigie de Old Dirty Bastard, membre (regretté) du Wu-Tang Clan. Là, un poster géant de Jay Z assis sur une grosse berline noire. « J’ai commencé à être DJ quand j’avais 14 ou 15 ans. On était alors en 1995, c’était l’époque des grands classiques du Wu-Tang, de Snoop Dogg, Dr Dre, Notorious B.I.G., ça allait dans tous les sens », se souvient le puriste. 

A l’époque, il vit à Lille, dans le Nord, dans un environnement où ses parents « écoutaient beaucoup de jazz, de funk, de rock anglais. Cette musique, c’est un peu la bande originale de ma vie. Et, au bout d’un moment, je commençais à retrouver la musique de mes parents dans le rap que j’écoutais. Au début, je trouvais ça marrant. Puis après, je me suis dit que cette musique rap était la digne héritière de ce que mes parents écoutaient. » 

« Rester grand public » 

C’est cet héritage qu’il s’attache à partager aujourd’hui sur internet. Pour cela, au fond de l’appartement se trouve deux platines et une petite caméra. C’est ici son lieu de tournage, où il enregistre toutes les vidéos de décomposition de samples qui finiront sur les réseaux sociaux. « A la base, j’avais un compte Instagram banal. Ma façon de communiquer avec les autres, c’était la musique, explique-t-il. Je mettais des photos de mes concerts, de mes DJ sets… Et puis ça m’a saoulé. » Simon a alors une illumination : « J’ai commencé à adapter sur Instagram ce qui marchait bien en concert. Le premier sample que j’ai décortiqué, c’était Human Nature de Michael Jackson, devenu It Ain’t Hard to Tell de Nas. Au début, je devais avoir 50 followers. » Mais le trentenaire s’accroche et continue à publier des vidéos régulièrement. Petit à petit, sa communauté grossit. « Il y a uniquement la persistance qui permet le succès, même si tu as la meilleure idée du monde », glisse-t-il avec un sourire. 

Aujourd’hui, il régale ses abonnés en dénichant des samples de vieux morceaux appréciés par les puristes. Lunatic, Kery James, Rohff, Oxmo Puccino ou Fabe côté français ; Mos Def, Wu-Tang, Common, J Dilla côté américain. Tout y passe. Mais il essaie aussi « de rester grand public ». C’est pour cela qu’il décrypte aussi les tubes du moment, comme Amnésie de Damso ou Au DD de PNL.

Pour trouver ses samples, il fouille dans les souvenirs de ses musiques d’enfance, ou bien visite des sites spécialisés tels que the-breaks.com ou du-bruit.com. 

La ligne éditoriale de ses réseaux sociaux est parfaitement pensée et réfléchie. « Parfois je publie des sons destinés aux puristes, parfois je fais une petite piqûre de rappel pour toucher un plus grand nombre. Un petit sample d’IAM ou des Fugees, par exemple. Peut-être qu’en faisant cela, je peux attirer le grand public, qui découvrira ensuite des sons moins connus. » 

Validé par Booba, Oxmo Puccino et Rim’K 

Passionné, son activité quotidienne sur les réseaux sociaux demande temps et patience. « Les gens ne le voient pas, parce que sur Instagram la vidéo dure une minute. Mais c’est très chronophage. Il faut que je cherche le sample, que je le découpe, puis la vidéo. Parfois, il m’arrive de mettre deux heures à tourner une vidéo, pour obtenir le résultat que je souhaite ! »

Mais il est récompensé de ses efforts. Près de 50.000 personnes suivent ses aventures sur les réseaux que ça soit Facebook, Instagram... mais pas Twitter. « Je me suis fait suspendre mon compte, pour des raisons de droits d’auteur. J’ai eu des problèmes avec le label de Kanye West. J’ai eu aussi un souci avec DJ Premier [DJ et producteur légendaire du rap américain] qui m’a bloqué parce que ça le saoule que j’aille fouiller dans ses sons. » 

Simon s’attire donc quelques ennuis, mais la majorité du milieu du rap soutient son travail. De grands noms comme Oxmo Puccino, Joey Starr, Kery James, Rim’K, Seth Gueko et Guizmo le suivent sur Instagram. Booba a même récemment aimé et commenté une de ses vidéos, où il décompose le sample du Son qui met la pression de Lunatic, sorti en 2000 avec son compère Ali. « Booba, ce n’est pas un mec qui vit dans le passé. Alors quand il regarde un petit coup dans le rétroviseur comme cela, je trouve ça cool qu’il valide. C’est une preuve que l’idée est bonne », apprécie le DJ. 

Sims Samples validé par Booba
Sims Samples validé par Booba ©Radio France

La recette fonctionne même si bien, que Simon commence à se bâtir une forte communauté. « T’imagines même pas le nombre de messages que je reçois chaque jour. Tous les matins, je publie une story sur Instagram, avec un quizz pour deviner un sample, et il y a au moins 300 personnes qui m’envoient des messages. J’essaie de répondre à tout le monde, il y a une vraie interaction qui se crée. »

Cette communauté fidèle attire les marques, qui commencent à voir en Simon un « influenceur ». Il collabore avec Bleu de Paname, une marque de vêtement parisienne, et l’enseigne de casquettes New Era, qui apprécient toutes deux ses vidéos. Et il est en pourparlers avec une grande marque de sportswear. Simon met une limite à ces collaborations : « Il faut que les vêtements ressemblent à ce que je porte tous les jours. Je ne porte pas de choses bariolées ou extravagantes. » 

Et puis cette notoriété sur les réseaux sociaux lui a ouvert grand les portes des salles de concert et des clubs. Sims Samples a fait récemment les premières parties de Flynt, Guizmo et Common et il sera en concert seul le 26 octobre à L’Affranchi, à Marseille. « Comme je suis actif sur internet, les gens du milieu savent que l’on peut me booker. Et quand on me le demande, ça a toujours un rapport avec ce que je fais sur les réseaux sociaux. » 

Avec ce succès, le DJ essaie de rester fidèle à ses valeurs, de « garder une démarche de puriste » tout en prenant garde « à ne pas [s]’enfermer dans une case ». Pour cela, il avance avec sa devise bien en tête, détournée d’une célèbre phase de Lunatic : « Les vrais samplent, préviens les autres ». 

Benjamin Boukriche