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The Weeknd : pourquoi "Blinding Lights" fonctionne autant ?
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Cover de Blinding Lights de The Weeknd
Cover de Blinding Lights de The Weeknd

The Weeknd : pourquoi "Blinding Lights" fonctionne autant ?

Avec "Blinding Lights", deuxième single de son nouvel album "After Hours", The Weeknd décroche un nouveau single numéro 1 aux Etats-Unis, après l’avoir été aussi en France fin février. Comment ce single, pourtant sorti fin novembre dernier, a-t-il conquis le public ?

Il fallait bien que ça s’arrête un jour. Après presque un trimestre de règne, The Box de Roddy Ricch vient de perdre sa place de numéro 1 du classement Billboard des ventes de singles aux États-Unis (il est actuellement 7e en France selon le SNEP). Le coupable de ce putsch ? The Weeknd, qui décroche une première place des singles pour la cinquième fois avec Blinding Lights. Le deuxième single du nouvel album de The Weeknd, After Hours, a pourtant mis du temps à arriver à cette pole position. Entre sa sortie le 29 novembre 2019 et aujourd’hui, 17 semaines se sont écoulées, pendant lesquelles le titre a traîné la patte dans le classement, pour atteindre le top 10 seulement fin février, jusqu’à cette première place, probablement boosté par le succès d’After Hours, également numéro un aux États-Unis.

Blinding Lights est une nouveauté chez The Weeknd. Pas tellement en termes de thématique : il y chante le manque de la femme qu’il aime, seule personne qui, semble-t-il, peut le rassurer dans le tourbillon du succès et de ses démons qu’il traverse. C’est surtout musicalement que Blinding Lights apporte du neuf chez The Weeknd. On l’a connu dans des balades fiévreuses (Earn It), des tubes pop évidents (Can’t Feel My Face), et évidemment ses titres r’n’b torturés et sombres (The Hills).

Mais la direction musicale qu’a proposé le producteur suédois Max Martin pour Blinding Lights est inédit pour le chanteur canadien. “Le son très années 80 de Blinding Lights, déprimé et synthétique, est très cohérent avec l'esthétique habituelle de The Weeknd”, explique Étienne Menu, journaliste et critique musical pour le magazine en ligne Musique Journal. “Sauf que Max Martin l'emmène pour une fois vers un morceau uptempo, lui qui est plutôt familier des tempo modérés. Là, c'est un hommage à la synth-pop eighties, surtout à Take On Me de A-Ha, groupe suédois que Max Martin, étant lui-même suédois, a dû rincer quand il était plus jeune. The Weeknd s'est souvent inspiré de ce son eighties mais là c'est une déclaration officielle. Je trouve que le résultat fonctionne bien, The Weeknd sait être un interprète très doué, mais c'est pas non plus un "instant classic" comme pouvait l'être pour moi I Feel It Coming par exemple”. 

Ce côté moins immédiat de Blinding Lights explique sans doute son long parcours pour devenir numéro 1 aux États-Unis. Dans un article pour Billboard Magazine, journal officiel de l’industrie musicale américaine, le journaliste Trevor Anderson estime d’ailleurs que le morceau a subi la concurrence du premier single, Heartless, titre r’n’b plus classique, classé numéro 1 la au bout de deux semaines, avant de descendre lentement mais sûrement. “Blinding Lights est arrivé dans l’ombre de Heartless. Mais une fois que la mystique autour de Heartless s’est dissipé, les gens ont dû trouver que Blinding Lights était une chanson solide : un nouveau son pour The Weeknd, un rythme agréable sans être téléphoné, assez familier pour quand même pour ne pas effrayer ni ses fans absolus ni ceux qui ne le connaissent que pour ses chansons pop. Personne n’aurait pu dire que Blinding Lights serait un plus gros hit, mais il a gagné sur la distance”.

Inversement, Blinding Lights a été très vite adopté par le public français. Actuellement numéro deux du classement (derrière l’inévitable Lettre à une femme de Ninho), Blinding Lights est dans le top 10 du classement des singles en France depuis décembre, en se bagarrant avec les énormes tubes de rap français du moment : Ne reviens pas de Gradur et Heuss l’Enfoiré, Moulaga de Heuss l’Enfoiré et Jul, Dans l’espace de Gambi et (suspense) Heuss l’Enfoiré, Distant et Blanche de Maes, 6.3 de Naps et Ninho…

Au milieu de cette concurrence féroce et souvent très franco-française, Blinding Lights a même réussi à être numéro un du classement SNEP fin février. “Ça ne m'étonne pas du tout que le morceau cartonne en France, où "Take On Me" avait été un tube, tout comme l'ont été des dizaines de singles synth-pop de la même époque”, explique Étienne Menu. “Il y a un énorme public pour ça en France, des gens aujourd'hui quadras voire quinquas, mais aussi des plus jeunes qui ont grandi avec ce son via le revival eighties... qui dure depuis maintenant plus ou moins vingt ans [rires]. Aux States, si ça a mis un peu plus de temps à arriver au sommet du Billboard, je pense que c'est qu'il y a toujours un résidu de méfiance vis-à-vis de cette musique identifiée comme très anglo-europénne, un peu maniérée, qui dans les années 80 ne marchait pas trop dans les charts US alors qu'elle caracolait en Europe”.

Et puis, il y a surtout une science derrière ce morceau : celle du déjà suscité Max Martin. Peu connu du grand public, Max Martin est pourtant le grand gourou de la pop anglo-saxonne et mondialisée depuis plus de vingt ans. Le suédois a produit des tubes totalement incontournables : ...Baby One More Time de Britney Spears, I Want It That Way des Backstreet Boys, I Kissed a Girl de Katy Perry, DJ Got Us Fallin' in Love d’Usher… et évidemment I Can’t Feel My Face de The Weeknd. Et pourtant, il a su aussi se renouveler pour ce titre, ou plutôt recyclé certaines de ses racines musicales, selon Étienne Menu. “On reconnaît à fond la touche de Max Martin, mais étrangement c'est plutôt sa touche originelle des années 2000, puis début 2010, très européenne, très FM 80, avec un côté néo-hard rock dans l'énergie et les basses. Sur Blinding Lights, on n’est plus dans le son funky et plus américain qu'il a développé ces dernières années, notamment avec sur Can't Feel My Face mais aussi avec Justin Timberlake ou Ariana Grande. Donc d'une certaine façon Max Martin fait un retour à ses “racines””.

Des racines assez éloignées de celle de The Weeknd, qui continue à montrer avec Blinding Lights ses capacité d’adaptation autant que de personnalisation de styles musicaux bien éloignés de ceux de sa première trilogie qui l’a fait connaître il y a bientôt dix ans. Et avec d’autres potentiels futurs singles de ce quatrième album After Hours (on pense notamment à In Your Eyes), il est fort probable que The Weeknd glane une nouvelle médaille d’or pour un de ses singles les futures semaines.