MENU
Accueil
Rap US : dix albums qu'il ne fallait surtout pas rater cet été
Écouter le direct
Rapsody, Rick Ross et Young Thug
Rapsody, Rick Ross et Young Thug ©Getty

Rap US : dix albums qu'il ne fallait surtout pas rater cet été

Vous êtes totalement passés à côté des sorties rap US de cet été ? Vous voulez être au point pour cette rentrée ? On fait un récapitulatif de ce qu’il ne fallait pas rater du cru estival 2019.

Il faut bien se l’admettre : le printemps 2019 du rap américain a été assez ennuyant. Seules des personnalités exubérantes comme Megan Thee Stallion ou DaBaby l’ont rendu un poil excitant, un peu grâce à leur musique, surtout grâce à leur bagout. Rendez-vous compte : le seul vrai tube rap de ces derniers mois est Old Town Road, un coup de poker d’un jeune d’à peine 20 ans, qui a fait un mix entre rap et country à la limite du cliché, avant d’être rejoint sur son remix officiel par le père de Miley Cyrus. On en est là.

En revanche, la saison estivale a été riche en albums et mixtapes de qualité. Et ce dans tous les genres confondus, du rap de mafieux de Rick Ross à la musique insolente de Baby Keem, en passant par le boom bap classique de Rapsody et Little Brother ou le coup de nostalgie de Drake. On fait le point sur dix albums qu’il ne fallait pas rater cet été, sortis entre juillet et août, et qu’il est bon de découvrir ou redécouvrir en se remémorant les, déjà, lointains souvenirs de vacances.

Rick Ross - Port of Miami 2

Le petit événement de cette saison estivale a été la sortie, longtemps attendue, du dixième album de Rick Ross. Annoncé depuis plusieurs années, Port of Miami 2 sort treize ans après le premier album du nom, qui a installé Rick Ross sur la carte du rap, grâce à l’inévitable Hustlin. Mais ce Port of Miami 2 n’est une suite numéraire que dans le nom. L’album reprend et affine surtout la formule développée par Rozay tout au long de cette décennie : de la musique de baron du crime qui profite de ses gains et de sa position sur la case “e” d’un échiquier. Mieux encore : la part trap et sombre de sa musique est encore plus réduite que sur les albums précédents (Act a Fool, Born to Kill avec Jeezy, le funeste Nobody’s Favorite avec Gunplay) pour proposer, sur douze autre morceaux, son côté le plus luxueux, avec des instrumentaux amples, gonflés en samples de soul soyeux. L’album offre du Rick Ross millésimé, plus posé et réfléchi que dans le passé, mais laisse aussi le sentiment d’un rappeur peut-être trop confortablement installé dans son peignoir en satin et son canapé en cuir.

À écouter : pour se souvenir des sorties en yacht en pleine mer ou des après-midi sur des plages paradisiaques. Même si c’était en pédalo ou avec une piscine gonflable, ça marche quand même.

Dreamville - Revenge of the Dreamers III

Teasé en début d’année grâce à une campagne virale finement menée, le troisième volet des compilations du label de J. Cole et ses collègues est de loin le plus ambitieux, réunissant une cinquantaine d’artistes, entre rappeurs, chanteurs et producteurs. Nés d’une session d’enregistrement collective en janvier, chaque titre est particulièrement bien construit pour une compilation de ce genre. LamboTruck voit Reason et Cozz s’imaginer braquer leur patron de label respectif (Top Dawg et… J. Cole), 1993 est une grosse session freestyle où les rappeurs s’interrompent constamment, Ladies Ladies Ladies est la suite tout en hommage de J.I.D. et T.I. au Girls, Girls, Girls de Jay-Z. Surtout, de nombreux morceaux sonnent comme une évolution du son boueux et moite développé par la Dungeon Family il y a vingt ans, donnant à cet album une saveur à part dans le spectre du rap US actuel.

À écouter : pour te rappeler des après-midi à la plage en groupe de vingt, à se vanner sans discontinuer.

Young Thug - So Much Fun

Si on devait tirer une métaphore pour la décrire, la discographie de Young Thug ressemblerait à une succession de vagues, avec ses sommets et ses creux. Depuis JEFFERY en 2016, Thugga a connu une lente mais certaine perte d’inspiration avec Beautiful Thugger Girls, Slime Language et On the Rvn. Tout ce qui faisait la force du rappeur d’Atlanta avait disparu : sa musique n’était plus imprévisible, hypnotique, et, naturellement, amusante. Avec So Much Fun, Young Thug annonce la couleur : finit les tentatives bancales de faire des incursions pop. Il revient à ce swag rap qui transpire le lifestyle décousu mais en haute couture, accompagné de ses meilleurs acolytes (Lil Duke) et disciples (Lil Baby, Gunna). A ce titre, le titre Surf est probablement le plus réussi de l’album, appuyé par une production toute en légèreté de Pi’erre Bourne. Sans être les pas en avant qu’ont constitué en leur temps Barter 6 et JEFFERY, So Much Fun est un album qui synthétise la décennie de Young Thug, entre intonations jamaïcaines et trap subaquatiques. 

À écouter : pour se rappeler de tes journées à affronter des rouleaux sur ta planche de de surf. Vaut aussi si ce n’était qu’une initiation d’une heure qui a fini la tête dans le sable.

Rapsody - Eve

Le précédent album de Rapsody, Laila’s Wisdom, était un clin d’oeil à sa grand mère, et était nourri des expériences des femmes de sa famille et de son entourage. Pour Eve, son troisième disque officiel, elle passe du micro au macro. Chaque titre est inspiré par des icônes féminines noires, qui renvoient aux thèmes de ses chansons : la chanteuse Nina Simone sur le racisme et le sexisme que subissent les femmes noires depuis des siècles, la femme d’affaires Oprah Winfrey sur leur besoin de sécurité financière, l’écrivaine et poétesse Maya Angelou sur leur lutte dans la défense de leurs droits… Si l’album est construit avec rigueur, il n’en est pas pour autant monotone, avec des nouvelles teintes musicales pour Rapsody. Elle s’éloigne par moment du boom bap traditionnel de son label Jamla pour des instants forts en basse (Oprah) ou aux rythmiques plus lentes et rebondies (Myrlie). Partout, Rapsody démontre de nouveau qu’elle est une rappeuse redoutable, du flow géométrique à l’écriture sans ratures.

À écouter : pour te remémorer ces moments pendant tes vacances où tu t’es sentie forte, indépendante, libre - même si tu es un homme.

RJmrLA - On God

Les plus avertis reconnaîtront dans le premier morceau de l’album On God de RJmrLA une reprise de la mélodie de Big Ego’s de Dr. Dre, sorti il y a vingt ans. Pourtant, le premier album officiel du rappeur de Los Angeles n’a rien de celui d’un passéiste. Il y parfait ce qu’il a développé toutes ces dernières années : sa personnalité de petite crapule des grandes parallèles de L.A., sur un son ratchet si californien, ici moins sec que chez DJ Mustard, RJ rappe sa vie sans filtre, jusqu’à éviter tout Auto-Tune quand il chante de sa voix haut perchée. Un choix qui peut déstabiliser au départ, mais lui permet finalement d’imposer son style d’interprétation rempli d’émotions diverses. Avec On God, RJ a sorti l’album que YG n’a plus été capable de produire depuis Still Brazy.

À écouter : pour te replonger dans les trajets en voiture sous un soleil de plomb, les vitres baissées et le coude à l’air.

Baby Keem - DIE FOR MY BITCH

D’abord identifié sous le nom de Hykeem Carter, notamment pour ses productions dans l’album Redemption de Jay Rock, Baby Keem a sorti son premier album cet été. DIE FOR MY BITCH prolonge et fait progresser la musique que le jeune rappeur/producteur avait présenté sur ses EPs un peu bordéliques de l’an dernier. Entre temps, Keem a été pris sous l’aile de Cardo, l’un des meilleurs producteurs américains de cette décennie, et ça se sent sur ce DIE FOR MY BITCH. L’album est rempli d’une fougue juvénile communicative et mieux canalisée, transmise par sa voix adolescente bien assurée, un peu comme si Playboi Carti se mettait enfin à articuler et prononcer ses vrais premiers mots. L’album passe surtout un cap en termes de productions. Baby Keem y est soutenu par d’autres producteurs chevronnés (Bēkon, DJ Dahi, Cardo, Keanu Beats, Sounwave, CuBeatz…) et ensemble, ils proposent une version plus aboutie du son Soundcloud rap, entre bassent qui grésillent et synthés cartoonesque ou distordus (écoutez l’énergie du morceau MOSH PIT). 

À écouter : pour te rappeler de tous les délires un peu débiles que t’as tapé avec tes potes, et qui t’ont valu de te faire embrouiller par ton mec ou ta meuf.

Drake - Care Package

Après la sortie sur les plateformes de streaming de So Far Gone, la mixtape qui a véritablement lancé Drake et défini sa trajectoire ces dix dernières années, il faut croire que le Canadien est atteint d’une crise de nostalgie aiguë. Il a sorti début août Care Package, une compilation réunissant des titres diffusés pour promouvoir ses différents albums de Thank Me Later à Views, mais finalement non retenus sur ces disques. Placés ensemble dans un même album, ils permettent d’avoir une vision globale de l’évolution de Drake avant qu’il ne devienne la star pop mondiale post Hotline Bling et One Dance. Un artiste qui reprenait avec une vraie sensibilité sur I Get Lonely le Fanmail de TLC, s’entrainait au refrain incontournable de I’m On One sur Trust Issues avec une émotion plus appuyée. Le son de ces dix-sept titres est un condensé du style OVO, entre nappes de synthés vertigineuses et samples de r’n’b filtrés, loin des appels du pied actuel de Drake au son pop global. Alors que Nas a donné une suite mitigée à son Lost Tapes, et si c'était Care Package le vrai Lost Tapes de notre époque ?

A écouter : pour te souvenir de tes conquêtes de vacances et ton hésitation toujours tenace à les recontacter depuis.

YBN Cordae - The Lost Boy

Depuis la mixtape de sa clique YBN l’an dernier, YBN Cordae est un des rookies les plus attendus du rap américain. Ses acrobaties verbales sur Kung-Fu et sa manière d’engager le débat entre les générations dans le rap dans Old Niggas ont présenté un rappeur déjà polyvalent du haut de son début de vingtaine. Cordae, l’aîné de son groupe YBN, présente un album mature dans son contenu, au son chaud et organique, rappelant celui développé par le Kanye West de l’époque The College Dropout - on retrouve d’ailleurs sur le titre We Gon Make It avec Meek Mill un clin à This Can’t Be Life, morceau de Jay-Z produit par Yeezy. Sur quinze titres, malgré son relatif jeune âge, Cordae parvient à démontrer une réelle maturité et un recul sur ses relations familiales et sa subite ascension. Dans la réalisation et l’exécution, l’album répond aux attentes que Cordae a réussi à susciter ces derniers mois. Mais à part Broke As Fuck, il lui manque peut-être un petit grain de folie que laissait entrevoir des morceaux de la mixtape collective des YBN, l’an dernier.

À écouter : pour se souvenir des fois où t’as été le plus sage de la bande et t’as calmé tes potes qui voulait faire une dinguerie. Marche aussi pour les fois où t’as menti sur ton âge pour jouer au grand devant un mec ou une fille plus vieux ou vieille que toi pour essayer de le/la serrer.

Maxo Kream - Brandon Banks

Moins connu du grand public que Travis Scott, Maxo Kream est pourtant l’autre grand rappeur actuel de Houston. Les deux se retrouvent d’ailleurs The Relays, l’un des titres de Brandon Banks, deuxième album officiel de Maxo Kream. Tous deux représentent une face opposée du rap de H-Town de cette décennie. Là où Travis s’est illustré avec une musique spectaculaire, psychédélique et impressionniste, Maxo Kream est lui beaucoup plus réaliste et terre-à-terre. Sur Brandon Banks, il met en perspective son histoire criminelle (il a été arrêté en 2016 pour crime organisé) avec son histoire personnelle, notamment sa relation avec son père d’origine nigérianne, lui aussi connu par la justice, et dont le surnom a inspiré le titre de cet album. De son ton monocorde, Maxo Kream détaille ses récits de rue (8 Figures, pépite de cet album) et ses interrogations familiales, sur une bande son dense et poisseuse.

A écouter : pour se souvenir des disputes de famille qui auraient pu gâcher tes vacances, tous entassés dans la même location. Mais aussi des moments de réconciliations.

Little Brother - May The Lord Watch

La dernière fois qu’ils ont rappé ensemble, c’était en 2010. Big Pooh et Phonte du groupe Little Brother ont depuis eu des parcours différents. Le premier est presque retombé dans l’anonymat en reprenant une vie civile normale. Le second a persévéré dans le rap, en faisant vieillir sa musique avec lui et en proposant des albums solo en phase avec son public. Finalement, les deux se retrouvent pour May The Lord Watch, un cinquième album qui revient à l’essence du son du groupe. Un boom bap chaleureux et entraînant, travaillé par des as en la matière (Khrysis, Nottz, Focus…, Black Milk), qui soutient des textes dans lesquels les deux rappeurs mettent en parallèle leurs trajectoires et leur légère crise de la quarantaine.

A écouter : pour te souvenir de ces moments passés avec un pote que t’avais perdu de vue et avec qui vous avez raconté vos vieux souvenirs pendant des heures.