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Quand les rappeurs se lancent en politique
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Kanye West et Donald Trump à la Maison Blanche, le 11 octobre 2018 - (photo : Consolidated News Pictures)
Kanye West et Donald Trump à la Maison Blanche, le 11 octobre 2018 - (photo : Consolidated News Pictures) ©Getty

Quand les rappeurs se lancent en politique

Kanye West ne sera pas le successeur de Donald Trump, mais les rappeurs continuent de nourrir des ambitions politiques, au niveau national ou local.

Donald Trump vient de quitter la Maison Blanche pour laisser sa place à son successeur. Malgré une campagne de dernière minute, Kanye West n’avait pas les armes pour lutter face à Bernie Sanders, qui devient donc le nouveau Président des Etats-Unis. Pas de rappeur élu au poste le plus convoité du monde … en tout cas, pas cette année. 

Genre musical politisé très tôt dans son histoire, le rap a toujours entretenu des liens ambivalents avec le pouvoir et ses élus. Entre contestation, insultes, appels à voter, et indifférence totale, le rap français s’est très régulièrement penché sur la question. Du côté des politiciens, on navigue entre tentatives (toujours foireuses) de récupération, conflit pur et dur, et citations (généralement foireuses) de lyrics dans des discours. 

Malgré toutes ces difficultés et ces incompatibilités, la frontière entre ces deux mondes est parfois poreuse. Comme de nombreux artistes (Ronald Reagan, Arnold Schwarzenegger aux Etats-Unis, le chanteur Michel Martelly en Haïti, le pianiste Vytautas Landsbergis en Lituanie, etc), certains rappeurs affichent de réelles ambitions politiques. Qu’il s’agisse d’actions à portée politique ou de véritables candidatures, les rappeurs reconvertis en potentiels élus -temporairement ou définitivement- ne sont pas rares. Etonnamment, ce sont rarement les plus politisés dans leurs textes qui finissent par se lancer : il faut donc abandonner l’idée de voir Ekoué à l’Elysée ou Immortal Technique à la Maison Blanche. 

L’élection présidentielle américaine

Les Etats-Unis sont le pays dans lequel n’importe qui peut devenir n’importe quoi : la liste des présidents oscille entre profils sérieux ou emblématiques, et personnages plus lunaires voire dangereux. Dans ce contexte, il est logique que le bureau ovale fasse rêver n’importe quel artiste un peu trop ambitieux ou mégalomane. 

Kanye West

Le cas le plus emblématique. Kanye West est l’une des plus grosses têtes d’affiche du rap dans le monde, les moindres détails de sa vie sont connus y compris par un public qui n’écoute pas sa musique, et son objectif est le plus ambitieux qui puisse exister : devenir l’homme le plus puissant du monde en briguant la Maison Blanche. 

Sa campagne, un brin chaotique et perturbée par ses troubles bipolaires, a été extrêmement médiatisée. Si elle avait peu de chances d’aboutir, étant donné le retard de l’annonce de sa candidature et la non-appartenance à l’un des deux partis majeurs, elle a tout de même titillé l’imagination de tout le monde. Dans ce scénario digne de South Park, on aurait donc pu se retrouver avec Kim Kardashian en première dame et Caitlyn Jenner en vice-présidente. 

Reste à savoir si un mandat de Kanye West aurait été pire que quatre années de Donald Trump. On aurait peut-être même eu droit au premier album de rap d’un Président en exercice, ou à des freestyles en guise d’allocution. Mieux : on aurait dû appeler Charlamagne tha God pour parler politique. 

Akon

Une candidature qui semble plus sérieuse que toutes les autres : déjà impliqué dans le monde politique au Sénégal, avec des ramifications sur l’ensemble du continent africain, Akon a déjà démontré sa capacité à mettre en place des projets d’envergure. C’est par exemple le cas de la création d’Akon City, une ville futuriste située à 100 kilomètres de Dakar, dont la construction devrait, si tout se passe comme prévu, s’achever en 2023. 

La course d’Akon à la présidentielle américaine n’a été évoquée que légèrement par l’artiste : l’idée a probablement germé dans son esprit depuis quelques années, mais le voir prendre son temps avant de rendre sa candidature concrète renforce sa crédibilité. On sent qu’il ne se lancera pas uniquement pour le prestige, et qu’il se présentera uniquement si ses chances sont concrètes. On aura alors peut-être droit officiellement à un beef entre Booba et le Président des Etats-Unis. 

Waka Flocka Flame

L’idée date de 2015 et n’a jamais abouti à rien de plus concret qu’une vidéo pour le magazine Rolling Stones, mais avouez quand même que ça aurait de la gueule de se dire que l’homme le plus puissant du monde est celui qui a sorti Flockaveli. 

La politique locale

Vouloir changer le monde, c’est très bien, mais il est plus pertinent de commencer par des actions concrètes dans sa propre ville. Si un poste de conseiller municipal n’a pas la saveur d’une place au chaud dans le bureau ovale, plusieurs rappeurs ont choisi de se présenter chez eux pour essayer de faire la différence dans les rues où ils ont grandi. 

Scarface 

Membre des Geto Boys, auteur de classiques du rap sudiste, Scarface est un rappeur majeur de la scène américaine depuis plus de trente ans, avec une influence insuffisamment reconnue en France. En 2019, Brad Jordan (son nom civil) s’est présenté aux élections dans sa ville de Houston pour y briguer un siège … non pas de maire, mais de conseiller municipal. Chaque chose en son temps. Potentiellement annoncée sous le coup de l’émotion, dans la foulée du décès de son ami de toujours Bushwick Bills, cette candidature très sérieuse n’a malheureusement pas été suivie par les électeurs. 

Le programme de Scarface était pourtant intéressant, misant sur des idées positives comme promouvoir l’éducation et responsabiliser les plus jeunes. Comme pour démontrer son implication dans son projet, il a totalement abandonné son nom de scène de Scarface pour l’occasion (Scarface is dead”, lâche-t-il sans remords). Après avoir beaucoup souffert du Covid en 2020, il va mieux aujourd’hui et n’a pas abandonné son idée de réussir en politique, puisqu’il a même évoqué des objectifs bien plus ambitieux que le conseil municipal de Houston : “Je ne serai pas un rappeur de 75 ans. Je veux finir mon dernier mandat de Président à 75 ans. 

Killer Mike

En 2015, le toujours très engagé Killer Mike s’est présenté à la chambre des représentants de Géorgie. Le rappeur a malheureusement été victime de sa popularité à Atlanta : de nombreux votes en sa faveur n’ont pas pu être pris en compte pour la simple et bonne raison que les électeurs n’avaient pas inscrit son vrai nom sur les bulletins, mais bien son nom de scène. Malgré cette désillusion, Killer Mike a plutôt bien réagi, expliquant que le but de sa candidature était surtout de démontrer qu’il ne fallait pas laisser la politique aux élus déjà en place, mais bien secouer un peu l’ordre établi et ne pas hésiter à faire valoir ses idées. 

Son engagement politique est cependant resté intact, il est depuis de nombreuses années un soutien de poids au parti démocrate et en particulier à Bernie Sanders. 

Luther Campbell

Membre du 2Live Crew, Luther Campbell dit Luke Skyywalker dit Uncle Luke dit Solo Luke dit Luke, a visé un peu plus haut que le conseil municipal de sa ville : sa candidature à un mandat de maire de Dade County (Miami) sous la bannière des Démocrates n’a malheureusement récolté qu’un honorable score de 11% des voix exprimées -soit 10.000 votes glanés, tout de même. 

En France 

Aucun rappeur aux ambitions présidentielles pour le moment, malgré beaucoup de lettres au Président (Chilla, Mister You, Fabe, etc). Quelques soutiens aux politiciens, on pense à Diam’s et Ségolène Royal, à Vegedream en voyage avec Emmanuel Macron, mais surtout à cette incroyable histoire de Gradur prenant en stop un élu du Front National. 

Doc Gynéco

Une bien dure leçon apprise par Doc Gynéco : la politique, c’est bien plus dur et cruel que la rue. En 2007, l’auteur de Première Consultation affiche publiquement son soutien inconditionnel à Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle. Mauvais plan : tout le monde lui tourne le dos, le monde du rap (pas vraiment fan de Sarko) se sent trahi, les auditeurs ne comprennent pas, et surtout, le rappeur n’y gagne absolument rien. Quelques années plus tard, il avouera avoir été dupé (mieux vaut tard que jamais) et regrettera ce qu’il considère encore aujourd’hui comme sa plus grosse erreur. 

Olivier Besancenot

Si certains rappeurs ont une âme de politique, l’inverse est également vrai. Olivier Besancenot a maintes fois prouvé son amour du rap, mais surtout, il a montré qu’il n’avait pas froid aux yeux, prenant le micro pour défendre ses idées. 

Bonus : The Mayor

Dans cette série américaine produite par ABC, un rappeur en manque de buzz se présente aux élections municipales uniquement pour faire parler de lui. Evidemment, sa spontanéité et son absence de filtres, tranchant avec la retenue et les discours artificiels des véritables politiciens, vont l’amener à être élu, ce qui ouvre la voie à bon nombre de situations comiques. Un scénario pas si éloigné de ce qu’il pourrait réellement se passer aux Etats-Unis un jour, signe que le mariage entre rap et politique se situe à la frontière entre réalité et fiction.