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Missy Elliot : pourquoi est-elle si importante ?
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Missy Elliott au FYF Festival 2017
Missy Elliott au FYF Festival 2017 ©Getty

Missy Elliot : pourquoi est-elle si importante ?

Hommages, influence et récompenses : la carrière de la rappeuse débute il y a plus de 18 ans mais reste une pierre angulaire du rap US.

Contre toute attente, l’année 2019 a été marquée par différentes actualités autour de la rappeuse qui a aujourd’hui un statut de vétéran. Et cela ne se limite pas à la sortie surprise de son EP Iconology la semaine dernière, loin de là. Rester pertinente et respectée malgré une longévité mais aussi une période d’absence aussi longue n’est pas donné à tout le monde. Côté Missy, cela s’explique par la place unique qu’elle occupe.

Pas comme les autres

Pour Melissa Arnette Elliott tout n’était pas gagné. En effet, alors qu’elle est encore enfant, elle est victime de violences avec sa mère ; son père leur en faisait baver sévèrement et en plus, elle a été violée régulièrement par son cousin. Sans trop s’étaler sur la psychologie de comptoir, pas difficile d’imaginer à quel point la musique lui permet de s’offrir un brin d’évasion depuis cette triste époque. Notons également qu’elle a un Q.I supérieur à la moyenne, mais mal à l’aise à l’idée de sauter des classes, elle fait exprès de redoubler ensuite pour retrouver ses camarades de son niveau originel. Côté son, ses premiers pas se font en tant que membre de Fayze, un groupe de R&B qu’elle a créé avec trois copines. Pour être exact, trois copines et un pote nommé Timothy Mosley qui officie à la production. C’est évidemment lui que le public connaîtra plus tard sous le nom de Timbaland, prodige du beatmaking. Toute la joyeuse troupe, consciente du potentiel, part signer à New York sauf que l’aventure du groupe ne se passe pas exactement comme prévu : le label qui les a signés ne reconnaît pas vraiment chaque entité mais les intègre tous dans un deal où chacun doit se mettre au service de l’équipe toute entière. Cela entraîne un double effet kiss kool. D’un côté, Missy est "forcée" d’écrire pour d’autres artistes pour honorer le contrat et elle prend donc cette habitude, de l’autre, cela retarde un peu son explosion personnelle alors qu’elle se démarquait déjà, Pour finir, le collectif désormais appelé Swing Mob, bien qu’enrichi de nouvelles têtes (Ginuwine entre autres), finit fatalement par se séparer.

C’est en observant la suite de son œuvre qu’on comprend à quel point elle avait des choses à exprimer. Concrètement Missy n’est pas aussi provoc qu’une Lil Kim, même s’il lui arrive aussi d’être hardcore, comme on disait dans l’ancien temps. En revanche elle a une arme de destruction massive : son côté loufoque. Celle qui prenait un malin plaisir à faire le clown en cours ne se force jamais à être sérieuse plus que de raison ou à forcer son attitude. Dès son 1er projet on sent qu’elle est avant tout heureuse d’être là, et son amour pour la musique se renifle à des kilomètres. Mais surtout : cette femme rappe comme personne, et insuffle toujours un grain de folie dans ses albums. Cela s’accompagne souvent d’expérimentations aux côtés de Timbaland en terme d’instrus, et cela a engendré presque entièrement tournée vers une esthétique que l’on pourrait qualifier de futuriste, ou au moins de très innovante pour les plus réfractaires.

Palmarès

Si on parle simplement chiffres, Missy a été la première, et jusqu’à très récemment, la seule rappeuse à avoir six disques de platine dans ses toilettes (on n’est pas sûrs-sûrs qu’elle range dans cette pièce ses récompenses mais c’est plus marrant de rester sur cette version). Elle s’est rapidement imposée comme une valeur sûre du rap américain, connaissant un succès national puis mondial. Cela ne s’arrêtait pas à la musique. La MC a toujours mis un point d’honneur à soigner ses apparitions, et ça passait aussi par ses clips.

She’s a bitch était à la fois une réappropriation du terme, un discours affirmé mais c’était également illustré par une vidéo qui a révolutionné le petit monde des clips de rap à son échelle. Au-delà ça, Missy cédait rarement à la facilité : on parle quand même de quelqu’un qui, pour illustrer un morceau qui parle essentiellement de sexe balance une vidéo où elle est en orbite dans l’espace puis sur une planète inconnue. Elle a contribué à décomplexer pas mal de monde, et ce n’est que justice si on lui a décerné récemment le Michael Jackson Video Vanguard Award, réservé aux artiste (pas seulement musiciens d’ailleurs) jugés comme ayant eu un impact suffisamment fort sur la conception des clips.

Elle n’était pas que rappeuse

Missy ne s’est pas du tout limitée à ses propres performances au micro. En premier lieu, comme dit plus haut, elle a écrit pour pas mal d’autres artistes, et aimait autant être derrière les machines que devant un micro, même si ce n’est pas forcément ce que le grand public a retenu avec le recul. Parmi les plus grandes réussites de la dame en tant que ghostwriter et productrice, on a forcément Aaliyah One in a million. Cette fois toutes les étoiles étaient alignées : le duo qu’elle forme avec Timbo est clairement arrivé à son top niveau, Aaliyah était le talent brut qu’il leur fallait, et la combinaison des trois fut explosive. Rien qu’avec un tiers de paternité sur ce disque, Melissa a contribué à façonner l’esthétique du R&B moderne. Et il faut ajouter à ça son boulot de productrice ; on ne parlait pas encore de top-liner à l’époque, mais il faut comprendre que le rôle de missy pouvait aller de la compo pour les instrus au ghostwriting en passant par la réalisation de morceaux. Et là, son carnet est bien rempli : Janet Jackson, Ciara, Mariah Carey, Whitney Houston, Keyshia Cole, Mya, Christina Aguilera… on en passe. Outre les innombrables récompenses en tant que musicienne, elle a reçu cette année un doctorat universitaire honorifique de la part du  Berklee College of Music et été la première rappeuse intronisée au Songwriters Hall of fame, l’institution prestigieuse fondée en 1969 qui distingue les musiciens jugés les plus talentueux.

Come back(s)

Missy a ajouté un autre record, non-officiel cette fois, à son actif. C’est la seule artiste qui a pu, sans actualité sur le moment, se permettre de retourner un stade de 70 000 personnes à l’occasion de la finale du Superbowl alors qu’elle avait disparu du paysage musical depuis 10 ans. Elle-même n’y croyait pas du tout : c’est Katy Perry qui l’a appelée et a fait le forcing pour qu’elle interprète à ses côtés certains de ses classiques. Pour un come-back, ça se pose là. De la même façon, il lui a suffi de balancer sans vraiment prévenir par ci par là quelques morceaux inédits pour susciter à chaque fois un regain d’intérêt et de sympathie de la part du public, qui pourtant a bien changé depuis l’apogée de sa carrière.

C’est ce qui l’a poussée à sortir Iconology, un EP surprise, à la fin du mois d’août, avec pour seule ambition "un retour au bon vieux temps où la musique nous faisait danser". Selon une bonne partie de ceux qui l’ont appréciée il y a quelques années, la folie et son niveau de base ne sont plus vraiment au rendez-vous, mais son énergie, elle, est toujours là. On parlait plus haut de sa science des visuels en terme de clips, il va sans dire que cela se prolonge sur scène. Sans surprise, à l’occasion des MTV Awards il y a deux semaines, la rappeuse a livré un medley de ses tubes qui a impressionné comme à la belle époque.

Et sinon ça c’est la fois où Missy Elliott a été piégée par une caméra cachée. Le canular consistait à lui faire croire qu’un bijoutier idiot avait perdu par mégarde une de ses chaînes. Le reste appartient à l’histoire.