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Pourquoi 2005 est une des années les plus importantes du rap US ?
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50 Cent (Theo Wargo)
50 Cent (Theo Wargo) ©Getty

Pourquoi 2005 est une des années les plus importantes du rap US ?

Young Jeezy, Kanye West, G-Unit, Lil Wayne, Swisha House : il y a 15 ans, le rap US vivait sans doute l’une de ses années les plus importantes en termes de phénomènes et de sorties discographiques qui vont profondément marquer cette musique pour les années suivantes.

L’histoire est ainsi faite que certaines années laissent, dans certains domaines, des souvenirs et des marques plus ou moins importants que d’autres. Il y a peu, on s’interrogeait sur l’année 2000, mal-aimée de l’histoire du rap français. Inversement, il y a une année du rap américain qui semble, elle, avoir concentré en 365 jours un certain nombre de phénomènes et d’événements discographiques qui ont eu des incidences majeures sur le cours de l’histoire du rap américain, et même du rap mondial : 2005. Retour sur cinq mouvements de fond les plus remarquables de cette année centrale et pivot de la décennie 2000.

Le raz-de-marée texan

Le rap américain a été, avant la démocratisation d’Internet, un patchwork de scènes locales. Avec le succès commercial croissant d’artistes venant, notamment, d’Atlanta (OutKast, Ludacris, Lil Jon) et la Nouvelle-Orléans (No Limit, Cash Money), la fin des années 1990 et le début des années 2000 a été une période d’ascension pour le Dirty South, ce rap issu du Sud des États-Unis, de la Virginie au Texas. C’est justement dans ce dernier État, le plus grand des États-Unis contigus, que se déroule l’un des phénomènes les plus importants du rap US en 2005. Le Texas a alors déjà produit de grands phénomènes rap dans les années 90 (le label Rap-A-Lot, les groupes Geto Boys et UGK). 

Mais depuis plusieurs années, un underground bouillonne à Houston, plus grande ville du Texas, autour de deux DJs. L’un est le pionnier DJ Screw, inventeur de la technique du chopped & screwed et fondateur de la Screwed Up Click (S.U.C.), implanté dans le Sud de la ville ; l’autre est Michael "DJ 5000" Watts, qui monte à la fin des années 1990 le label Swisha House, sorte de réponse des quartiers Nord à la clique de DJ Screw. Les deux DJs vont créer de véritables viviers de rappeurs qui deviennent des hérauts locaux d’un style de vie : les caisses customisées conduites lentement et en zig-zag, la consommation de sirop codéiné (le “lean”), le danger constant des larges rues du Texas et, évidemment, l’héritage musical légué par DJ Screw avec des refrains en chopped and screwed. Il a suffi d’un morceau pour que cette culture explose aux yeux du grand public rap : Still Tippin’, son refrain sous codéine, son envolée de violons hypnotique. D’abord sorti dans une première version plus funky en 2003, le titre est réarrangé fin 2004 par le producteur Salih Williams, et finit par exploser en 2005.

Ce titre va permettre à plusieurs artistes qui ont évolué dans le giron de Swisha House de sortir leurs premiers albums en major et d’accéder alors à un tout autre niveau de reconnaissance. Le fanfaron et chouchou des strip clubs Mike Jones, rappeur correct mais surtout malin, fait la promotion de son Who Is Mike Jones ? avec un sens du gimmick hors pair, entre son “I’m Mike Jones. Who ? Mike Jones”, le “I said” avant de répéter des bouts de couplets et surtout le dévoilement de son numéro de portable à chacune de ces apparitions. Numéro dont tous les amateurs de rap US de l’époque se souviennent probablement : 281-330-8004. Slim Thug, hustler à la carrure imposante et la voix caverneuse, réussit sur Already Platinum à combiner un son texan typique (3 Kings, Diamonds) avec des productions des Neptunes imparables (I Ain't Heard of That, Like a Boss). Paul Wall, rappeur blanc et player nonchalant, propose avec The Peoples Champ sans doute l’album le plus équilibré du lot et celui dans lequel la culture du “slab” (“slow, loud and bangin”) est la mieux célébrée. Chamillionaire, rimeur habile et mélodieux, ancien partenaire de Paul Wall avant une fâcheuse embrouille, sort avec The Sound of Revenge un album qui se détache du son texan pour embrasser une esthétique sudiste plus globale, remarquable notamment sur le single Ridin’. 

C’est aussi en 2005 que sort Trill, redoutable premier album solo de Bun B. Membre de UGK avec Pimp C, alors incarcéré, Bun B devient une figure centrale du rap texan, à la fois vétéran respecté, porte drapeau et surtout gardien de toute l’histoire de son groupe, clamant des “Free Pimp C” à chacune de ses apparitions. La libération le 30 décembre 2005 de Pimp C vient parachever avec un moment de joie collective une année 2005 pendant laquelle le rap made in TX enracine pour longtemps ses spécificités. Le succès des cousins du Tennessee de la Three 6 Mafia avec leur album Most Know Unknown et leur participation au film Hustle & Flow (pour lequel ils gagneront l’Oscar de la chanson originale en 2006) est aussi à souligner, et parachève l’idée défendue par Chamillionaire dans un des titres de son album : on assiste alors à véritable “southern takeover”, un coup d’État sudiste.

L’avènement de Lil Wayne

En janvier 2005, un nouvel élève s’inscrit à la fac de Houston pour suivre un cursus en psychologie. Il s’appelle D’Wayne Carter. Dans le monde du rap, tout le monde le connaît sous le nom de Lil Wayne, et il a déjà fait un bout de chemin : sa première apparition discographique date d’il y a dix ans, sur l’album True Story, alors qu’il rappait sous le nom de Baby D dans le duo The B.G.’z avec celui qui deviendra B.G.. Tous les deux, aux côtés de Juvenile et Turk, ont formé à la fin des années 1990 les Hot Boys, un quatuor qui a porté haut les couleurs, le vert dollar et le blanc diamant, du label néo-orléanais Cash Money. 

Pour résumer une histoire pleine de rebondissements : des tubes à la pelle puis des départs successifs de plusieurs artistes majeurs mécontents de la gestion du label, dont son architecte muscal, Mannie Fresh, après la sortie en 2004 de Tha Carter, quatrième album de Lil Wayne, celui qui lui a permis de s’affirmer véritablement comme un soliste après la période Hot Boys. Une apparition sur un énorme tube plus tard (Soldier des Destiny Child), cette mue va s’accélérer fin 2005 avec la sortie de deux nouveaux disques en l’espace de sept jours.

D’abord l’album Tha Carter II, peut-être son meilleur, en tout cas celui sur lequel il se sublime et montre qu’il n’est plus seulement un rappeur néo-orléanais, ou sudiste, mais un rappeur tout court, qui traîne son accent louisianais en rappant comme un MC new-yorkais. Rimes coup de poing sur Best Rapper Alive et Tha Mobb, aventures vers des teintes jamaïcaines ou blues, Weezy lève le menton tout au long du disque, aussi flamboyant que ses collègues de Harlem - il est à ce moment proche des Diplomats - tout en gardant la décontraction menaçante de sa Louisiane natale. Et alors que Weezy réussit à décrocher la deuxième place du Billboard la semaine de sa sortie, il s’installe définitivement comme un rappeur à prendre au sérieux grâce à son écriture et son magnétisme sept jours plus tard sur The Dedication. Mixtape décorée du sceau Gangsta Grillz de DJ Drama et Don Cannon, véritables orfèvres des albums non-officiels de cette époque, Lil Wayne y prolonge sa démonstration de rap sur des faces B diverses, allant de David Banner à The Roots en passant par 2Pac, Cam’ron et T.I.. 

Fin 2005, Lil Wayne a finalement abandonné la fac, bien trop occupé à gérer sa carrière musicale. Peu importe : avec Tha Carter II et The Dedication, D’Wayne Carter devient premier de la seul promo qui compte, celle du rap. Et va être très vite copié par de nombreux autres élèves les années suivantes, inspirés par son rap à la fois surréaliste mais bien ancré dans les réalités des quartiers pauvres américains. Si Lil Wayne devient le “Best Rapper Alive” qu’il affirmé être sur Tha Carter II, c’est sur cette année 2005.

Young Jeezy et la cristallisation de la trap

En 2003, le rappeur d’Atlanta T.I. sortait son deuxième album. Son titre, Trap Muzik, faisait référence aux trap houses, ces maisons des quartiers paupérisés d’Atlanta servant de base d’opérations pour des dealers de drogue. T.I. a introduit à une audience plus grande le principe de ce genre de rap : le récit du charbon quotidien de ces bicraveurs, de leurs espoirs d'ascension sociales aux dangers constants auxquels ils doivent faire face en passant par leurs moments de flambe grâce aux liasses amoncelées par le biais de leurs petites entreprises illégales. Mais il a fallu attendre deux ans ans plus tard, en 2005, pour qu’un autre rappeur cristallise et codifie un peu plus cette musique trap et en faire plus que la bande son d’un mode vie, un véritable mouvement. 

Et ce rappeur, cette année-là, est Young Jeezy. Après deux premiers albums sortis en indépendant entre 2001 et 2003 (Thuggin' Under the Influence (T.U.I.), sous le nom de Lil’ J, et Come Shop Wit Me), Young Jeezy commence à intéresser certains cadres de l’industrie du rap. Et pas n’importe lesquels : Sean Combs alias Diddy, patron de Bad Boy Records, et L.A. Reid, alors président d’Island Def Jam Music Group. Le premier lui propose de rejoindre un groupe de rappeurs monté de toutes pièces, les Boyz n da Hood, l’autre de signer en artiste solo sur le mythique label Def Jam. Avant de respecter les termes des contrats qui le lient à ces deux mastodontes du rap game, Young Jeezy sort avec Drama et Don Cannon (encore eux) sa première mixtape d’une longue série estampillée Gangsta Grillz : Trap or Die. Elle va porter une direction musicale plus affirmée que ses précédents albums, avec de nombreux morceaux s’appuyant sur des instrumentaux du producteur Shawty Redd et ses mélodies semblant sortir de vieux films d’horreur, entre violons stridents, orgues infernaux et nappes de thérémine (Get Ya Mind Right, Trap or Die). Une sorte de mise à jour de la musique de la Three 6 Mafia de Memphis, le côté lofi en moins, la brillance du crunk en plus. Parfait pour la voix glaciale de Young Jeezy, racontant ses histoires d’argent facile et illégale d’un ton détaché et frondeur : “Last time I checked I was the man on these streets. They call me residue, I leave blow on these beats”.

La mixtape, sortie début 2005, va donner le la à la suite de l’année de Young Jeezy. Sur l’album éponyme de Boyz n da Hood, plutôt inégal malgré des titres efficaces (le single Dem Boyz, Gangstas avec un Eazy-E ressuscité et une production d’Erick Sermon, le guerrier Look), Jeezy est celui, avec Jody Breeze, qui se démarque immédiatement grâce à sa voix éraillée et son magnétisme. Une aura qui brille de mille feux sur son premier album en major : Let’s Get It: Thug Motivation 101. À l’image de son titre, clin d’oeil au premier semestre d’une matière qu’on suivrait à la fac, Young Jeezy donne des leçons de motivation, pour transformer les cafards de sa cuisine en plaque de marbre d’une simple pression sur l’interrupteur électrique, comme il le décrit en ouverture de son disque. L’importance des ad-libs de Jeezy qui ponctuent ses textes et sa diction lente et limpide, comme des points d’exclamation vocaux, est alors inédite à cette échelle. Les instrumentaux poussent encore plus loin l’aspect épique (Trap Star, Let’s Get It / Sky’s The Limit) ou horrifique (Gangsta Music, Air Forces) entendu sur la mixtape qui l’a précédé. C’est surtout l’authenticité sur laquelle il mise qui fait le sel de cette trap music.Je n’ai jamais exagéré la moindre rime, le moindre centime” dit-il dans un morceau, avant de dire dans un autre : “Je suis un vrai n***o, je n’aime pas les rappeurs”.

Un besoin de réalisme jusqu’à la pochette, pour laquelle Jeezy insiste qu’il y ait de véritables billets dans les caisses au milieu desquelles il pose. Le phénomène Jeezy est alors si important que, fin 2005, des collèges et des lycées veulent interdire à leurs élèves de porter ses T-shirts “Snowman”, bonhomme de neige devenu avatar de Young Jeezy - la neige en question n’étant pas celle qui tombe du ciel en hiver, mais la cocaïne qu’il a revendu en sachet. Un événement qui inspirera l’une de ses mixtapes suivantes, début 2006 : Can't Ban the Snowman (“vous ne pouvez pas interdire le Snowman”). Si les années suivantes, des artistes comme Gucci Mane et Waka Flocka Flame vont porter l’esthétique de la trap encore plus loin, dans des formes plus radicales, l’essentiel de ses codes esthétiques ont pris forme en 2005 avec Young Jeezy.

La guerre à New York

2005 correspond à la fin d’une ère du rap de New York : celle qu’on pourrait appeler son âge de platine, où les têtes d’affiche locales détenaient un savoir-faire dans la confection d’une musique à l’ADN toujours new-yorkais, mais qui avait notamment su depuis 1998 s’adapter aux nouvelles sonorités synthétique à la mode et ne plus se reposer que sur le sampling. C’est la période pendant laquelle Jay-Z, DMX, Ja Rule, Cam’ron puis 50 Cent deviennent les chefs de file, chacun avec leurs équipes (Roc-A-Fella, Ruff Ryders, Murder Inc., Diplomats, G-Unit), créant une micro géopolitique où les amitiés d’hier deviennent les rivalités d’alors. 

Dans ce Game of Thrones de petites alliances, de coups bas et de gros son, en 2005, c’est 50 Cent et son G-Unit qui domine les débats. Roc-A-Fella ? Depuis le départ de Jay-Z à la retraite en 2003, l’empire qu’il a fondé avec Dame Dash et Kareem Burke s’effrite, les artistes ayant dû faire un choix entre rester sur le R.O.C. (Memphis Bleek et les Young Gunz sortent chacun un album sur le label en 2005) ou partir sur le nouveau label de Dame Dash, modestement intitulé Dame Dash Music Group. Beanie Sigel, sans doute le meilleur rappeur qu’a eu Roc-A-Fella après Jay-Z, part ainsi chez DDMG pour sortir son excellent et souvent introspectif The B. Coming, avant de passer un an en prison pour possession illégale d’arme à feu. Ruff Ryders ? Le label n’est plus que l’ombre de lui-même entre les épreuves juridiques et financières de son leader DMX, les problèmes contractuelles de sa star Eve, la difficulté de trouver du sang neuf (les nouvelles signatures regroupées sur la compilation Redemption Vol. 4 ne perceront jamais) et l’autonomie de plus en plus grande acquise par les membre de The Lox en formant D-Block. Murder Inc. ? Depuis la perquisition par le FBI des bureaux du label début 2003, la maison mère de Ja Rule et Ashanti traverse une période de crise, aggravée par les attaques répétées du G-Unit depuis le retour en grâce de son leader, 50 Cent, entre 2002 et 2003.

Après son premier album mastodonte Get Rich Or Die Tryin’, 50 Cent est devenu un souverain implacable, s’en prenant au moindre rappeur montrant un signe d’opposition. Ainsi, il s’attaque, entre autres, à Jadakiss et Fat Joe sur Piggy Bank, extrait de son The Massacre. Un deuxième album studio officiel sur lequel il maintient sa “position of power”, mais non sans tomber dans un début d’autocaricature, livrant un album moins subtile que son précédent disque malgré des titres forts (Ski Mask Away, A Baltimore Love Thing). Qu’importe : la formule G-Unit s’impose, gangsta rap édulcoré par des mélodies accrocheuses et des refrains imparables, magnifié sur la bande originale Get Rich or Die Tryin’, film inspiré de l’histoire de 50 Cent qui sort fin 2005, et qui déborde sur le premier album de Tony Yayo (Thought Of A Predicate Fellon) et surtout The Documentary de The Game, nouveau protégé de Dr. Dre et bientôt meilleur nouvel ennemi de 50. 

Les secousses sismiques de l’esthétique G-Unit auront un vrai impact jusqu’en France pendant de nombreuses années. Mais c’est aussi cette formule trop bien huilée qui va porter préjudice à la scène new-yorkaise, concurrencée par l’émergence sudiste. Toute une nouvelle génération d’artistes talentueux et bouillonnants depuis quelques années ne parviendra jamais à décoller et restera finalement assez confidentielle : celle des Jae Millz, Grafh, A-Team, Saigon, Tru Life. Seul rescapé de cette période : Joe Budden, qui réussira à se forger une réputation de rimeur doué à force de mixtapes de qualité et devenir, quinze ans plus tard, l’un des podcasteurs rap les plus réputés des Etats-Unis. Enfin, c’est aussi la période pendant laquelle se créera une résistance, sorte de contre-réforme menée principalement par le label Duck Down en signant la Triple Threat Campaign, une trilogie d’albums boom-bap signés Sean Price, Buckshot et Smif-N-Wessun, tous membres de la légendaire Boot Camp Click. Des sorties qui viennent redéfendre une certaine idée du rap new-yorkais, plus brut, plus crasseux, éloigné des scintillements du son G-Unit.

L’affirmation de Kanye West 

Avec ses placements d’instrumentaux sur les albums de la grande période de Roc-A-Fella (Jay-Z, Beanie Sigel, Cam’ron) entre 2000 et 2004, Kanye West avait prouvé ses talents de producteur. Avec son premier album The College Dropout en 2004, le chicagoan avait démontré qu’il y avait un artiste ambitieux derrière ce rappeur malin mais parfois maladroit. 2005 est sans aucun doute l’année où Kanye West devient Kanye West : l’artiste complet, à la fois interprète, producteur, mais aussi réalisateur et patron de label, après le lancement de GOOD Music en octobre 2004. À la toute fin de décembre 2004, Kanye West prouve déjà ces nouveaux talents avec John Legend, chanteur qu’il accompagne depuis 2001, et pour qui il co-réalise son premier album Get Lifted, véritable révélation pour Legend et gros succès commercial (double platine aux US). 

Kanye West réitère quelques mois plus tard cette expérience de réalisateur en supervisant Be, sixième album de Common, à l’époque couronné par le magazine de référence de l’époque, XXL, de sa plus haute note, un “XXL”. Un succès critique généralisé et mérité pour un album concis (onze titres), sur lequel Common rappe à hauteur de son âge christique sur l’élévation spirituelle et sociale, les relations hommes/femmes, les tensions communautaires et sociales. Kanye West, complété par Jay Dee sur deux titres, livre parmis les productions les plus fines de son répertoire, tout en sensibilité soul/jazz.

Quelques mois plus tard, Kanye va définitivement prouver ses ambitions de devenir un musicien avec une vision précise sur son deuxième album, Late Registration. Un album sur lesquels il mêle les bases de son son chaud et poussiéreux, renforcé par l’utilisation accrue de breakbeats, avec une orchestration presque cinématographique signée Jon Brion. Invitant la crème des rappeurs des quatre coins des US (Cam’ron, The Game, Paul Wall, Common), révélant à un public plus large Lupe Fiasco sur Touch the Sky, proposant à Jay-Z de poser un de ses meilleurs couplets post-fausse retraite sur le remix de Diamonds From Sierra Leone (“I’m not a businessman, I’m a business, man”), invitant son alors toujours rival Nas sur le même disque, et surtout gagnant en assurance en tant qu’interprète, Kanye West pave un peu plus la route vers sa légende avec cet album. Son coup de gueule contre George Bush en plein téléthon en faveur des victimes de l’ouragan Katrina vient couronner une année pendant laquelle Kanye West devient la pop star qu’il rêve d’être : exigeante avec sa musique, imprévisible en public.