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Mobb Deep : "The Infamous", le classique qui a changé le rap US et même français
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Mobb Deep - Battery Studio à New-York (Johnny Nunez)
Mobb Deep - Battery Studio à New-York (Johnny Nunez)

Mobb Deep : "The Infamous", le classique qui a changé le rap US et même français

Il y a 25 ans sortait l’album "The Infamous" du groupe légendaire Mobb Deep. Retour sur un classique et l’influence qu’il a exercé par delà les frontières.

Le 25 avril 1995 est une date qui a changé à jamais l’histoire du rap. C’est ce jour là qu’est sorti le second album de Mobb Deep. Si Havoc et le regretté Prodigy sont des piliers du rap de New York, du rap américain et du rap tout court, The Infamous est leur pièce maîtresse. A l’occasion de’ ce vingt-cinquième anniversaire, penchons nous de plus près sur les raisons qui font de cet album un incontournable au point qu’encore aujourd’hui, certains ne jurent que par lui.

Une renaissance

Il s’agit du deuxième album de Mobb Deep. Le duo avait déjà sorti Juvenile Hell en 1993, mais malgré ses qualités, la majorité s’accorde à dire que ce n’est pas là qu’on a vraiment pris la mesure du groupe. Havoc et Prodigy ont eux-même reconnu que leur style n’était pas encore affirmé et que le fait que ce premier projet n’ait pas eu un fort impact, que ce soit commercialement ou au niveau de la reconnaissance critique, les a amenés à repenser leur approche et s’améliorer pour s’attaquer à leur disque suivant. Chose promise, chose due : The Infamous est une œuvre d’art qui remplit, sans forcer, tous les critères du classique instantané.

La fondation d’un style

L’album marque un tournant. Même pour la période où il est sorti, la démarche est assez radicale et osée : techniquement The Infamous est un album studio officiel mais ne contient pas de single au sens où on l’entendait à l’époque. Aucune ouverture pop ou mainstream n’est tentée, aucun morceau n’est spécialement calibré pour les clubs ou les radios, c’est de la noirceur et du hardcore du début à la fin. Que ce soit en terme de lyrics, de beats et plus globalement d’ambiance en général, on est dans du rap qui pue la rue new yorkaise à des kilomètres et qui le revendique haut et fort. Il est d’ailleurs intéressant de noter que lors de la conception, dans un premier temps Prodigy et Havoc étaient partis enregistrer tous seuls dans leur coin, isolés à Long Island. Mais au bout d’un moment, Havoc sentait que l’atmosphère ne collait pas à ce qu’ils voulaient créer : « les maisons étaient trop jolies, il n’y avait personne qui traînait au coin de la rue, c’était pas la bonne vibe », se rappelle-t-il. Ils sont repartis au QG, à Queensbridge et selon le rappeur, le fait d’être sur place et d’être peu à peu entourés de leur groupe de potes qui passaient régulièrement pour écouter l’avancée des morceaux et donner leur avis a contribué à les aider à construire cette ambiance identifiable entre mille.

La consécration d’un producteur

The Infamous est produit presque intégralement par Havoc. Et pour le coup, alors qu’il est seulement âgé de vingt ans, le rappeur-beatmaker livre un ensemble d’instrus proches de la perfection. Le côté épuré des beats et l’aspect résolument sombre et oppressant font autant partie de l’identité du cd que de celle du groupe, sur la durée. Le rappeur a souvent été interrogé là-dessus et s’il lui est assez difficile d’expliquer par a + b comment il a fait exactement pour trouver son inspiration, il est parfaitement conscient du côté unique de son travail à l’époque. Au point d’ailleurs qu’il a confessé que lorsqu’il produit pour d’autres artistes, il n’est pas rare qu’on le renvoie à ça en lui demandant simplement « fais moi un Shook Ones », etc.

L’influence

La sortie de l’album est une déflagration, un coup de tonnerre dans le rap game américain. Déjà, le projet donne une nouvelle identité sonore au rap de la Grosse Pomme. On est assez éloigné du style du Wu-Tang ou des têtes d’affiche de Roc-A-Fella, c’est le moins que l’on puisse dire. Pourtant, dans les années qui suivent, l’impact est indéniable puisque beaucoup s’accordent à dire que dans leur construction, les albums Only Built 4 Cuban Linx de Raekwon ou encore Reasonable Doubt de Jay-Z, sans être des copies (on parle quand même de cadors du rap avec une identité forte) n’auraient pas été exactement les mêmes sans l’existence et l’influence de The Infamous. Clairement, le disque impose de nouveaux standards et bouleverse les codes. Mobb Deep engendrent évidemment de nombreux « enfants » en terme de style, que ce soit à New York ou ailleurs. Concrètement l’archétype du rappeur sombre et tourmenté qui rappe dans une ruelle sombre, s’ils ne l’ont certes pas inventé, avec The Infamous, ils l’ont établi comme une quasi-norme respectée par beaucoup.

En France

Pour le coup, l’équation est simple : Mobb Deep influence New York, New York influence le reste des États-Unis, et les États-Unis influencent le monde. La France étant clairement le second pays du rap, il est logique que les artistes de chez nous se soient totalement imprégnés du style Mobb Deep sur la durée. Au point d’ailleurs de parfois en abuser ; concrètement quand on a affaire à un puriste du rap, on s’aperçoit souvent que sa définition de ce que doit être cette musique correspond presque exactement au registre pratiqué par Havoc et Prodigy sur The Infamous, à savoir sombre et sans concession. Pour les plus jeunes, il faut bien comprendre que l’influence du groupe à partir de cet album est quasi sans limite dans le temps même si la toute dernière génération a de plus en plus d’autres références, mais si on parle du côté kickeur, l’aura de The Infamous touche aussi bien Time Bomb que Shone du Ghetto Fabulous Gang, en passant par la plupart des MC’s du XVIIIe arrondissement de Paris, sans parler de l’école du 91 (particulièrement à Evry avec des artistes comme Ol Kainry par exemple), jusqu’à des profils comme certains membres de L’Entourage aujourd’hui.

Modèle à suivre

En terme de rap pur, l’album installe Prodigy comme le rappeur préféré de pas mal de monde, surtout dans le monde du rap lui-même. Cela ne veut pas dire que son compère Havoc fait tache à côté de lui, loin de là, mais il est vrai qu’il est un poil plus discret et moins marquant au micro, tout en restant ultra complémentaire et efficace. Du côté de Prodigy, c’est la régalade : on a un profil de rappeur torturé, intransigeant, sans compromis, avec un sens de la formule complètement fou et une brutalité au micro assez imparable. Le comble étant que le bonhomme ne crie jamais au micro et ne rappe pas non plus de manière excitée. Au contraire, il est incroyablement calme, pose lentement, de la manière la plus détendue possible ce qui renforce le côté démonstration technique pour les connaisseurs (tout le monde ne peut pas assumer un flow comme ça) et le côté glaçant. Concrètement des gens comme Le Rat Luciano, Joe Lucazz, Booba période Mauvais Oeil-Temps mort ou encore le groupe La Rumeur ont tous eu en eux quelque chose de Prodigy, consciemment ou non.

Omniprésent

L’influence ne s’arrête pas qu’à l’aspect musical. Même en termes esthétiques, les clips tirés de The Infamous installent des références qui seront reprises rapidement par tout le monde. Pourtant elles n’ont rien de fondamentalement inédit : rapper dans le ghetto autour d’un baril enflammé, ce ne sont pas nos deux rappeurs qui ont été les premiers à le faire, mais ils l’ont fait si bien que jusqu’en France, plusieurs générations de rappeurs . Pour le coup le côté freestyle du ghetto ou clip façon rap de rue, avec pas mal d’obscurité et de têtes capuchées avec les incontournables sourcils froncés, la plupart y ont adhéré via l’explosion de cet album.

Passage obligé

Si vous avez connu la glorieuse époque où l’exercice du freestyle radio était obligatoire pour absolument tout le rap français, vous savez que les instrus des morceaux les plus connus de The Infamous ont été pratiquées par quasi 100 % des rappeurs nés avant les années 2000. C’est bien simple, il n’y avait pratiquement aucune session freestyle où le beat de Shook Ones Pt II était absent. C’était un peu le b.a.-ba du MC qui veut briller et montrer de quoi il est capable au micro. Tout appelle à la performance. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si encore aujourd’hui tous ceux qui pratiquent un rap au format classique continuent de se frotter à cette instru en particulier. Même outre-atlantique, quand le film 8 Mile sort, le climax du long-métrage, à savoir le battle de fin qui oppose Rabbit (Eminem) à Papa Doc se fait sur Shook Ones.

En cadeau bonus, voici la vidéo Mouv' : "quand le rap français parle de Prodigy et Mobb Deep."

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