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Migos : Quavo, Offset et Takeoff peuvent-ils viser encore plus haut avec "Culture III" ?
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Migos -  soirée Gala au Musée Metropolitan (Patrick McMullan)
Migos - soirée Gala au Musée Metropolitan (Patrick McMullan) ©Getty

Migos : Quavo, Offset et Takeoff peuvent-ils viser encore plus haut avec "Culture III" ?

Après la tempête médiatique provoquée par la séparation de Quavo et Saweetie, il est temps de repasser aux choses sérieuses. Parlons de Culture III, le très attendu prochain album des Migos.

Aujourd’hui, les Migos sont des super-héros du rap. Qui l’aurait cru en 2013 à la sortie de leur premier véritable tube Versace ? Qu’on se le dise, après ce succès fulgurant, la hype était progressivement retombée et le trio originaire d’Atlanta n’intéressait plus grand monde. Pire encore, Offset, Quavo et Takeoff se ressemblaient tellement artistiquement que beaucoup de personnes, certains rappeurs compris, pensaient que Migos n’était en fait qu’un seul MC. Touchés dans leur orgueil, ils décident de revenir aux affaires en 2017 avec l’album Culture. Le choix du titre, aussi risqué et audacieux soit-il, n’avait rien d’anodin. Il était temps pour les trois artistes d’affirmer pleinement leur légitimité sur la culture la planète rap.

Culture 1 et 2 : Migos au sommet

Résultat, en à peine deux ans et deux albums, les Migos ont réussi leur tour de force. Désormais, ils se complètent et différencient pleinement. Leur succès est tel qu’ils se sont imposés pour beaucoup comme les Beatles du rap. Si la comparaison fera assurément hérisser le poil des puristes, force est d’admettre qu’elle n’est pas si impromptue. Comme John Lennon et ses compères pour le rock, Quavo, Offset et Takeoff ont profondément marqué le mouvement hip-hop de leur empreinte. Plus encore, à l’instar de leurs homologues britanniques, ce sont des « game changers ». Ils ont carrément modifié les codes de tout un genre et l’ont façonné à leur image.

Forts de leur attitude, leur style, et leur talent cumulés, ils sont parvenus ensemble, avec les blockbusters Culture 1 et 2, à refaire briller Atlanta sur la carte du hip-hop mondiale. En embrassent avec audace leur époque, en signant des hits efficaces, entraînant et taillés pour le streaming, sans parler de leurs gimmicks qui rentrent dans la tête pour ne plus jamais en sortir, ils ont dépassé les frontières du rap jusqu’à faire de la trap music, la nouvelle pop.

Dans leur moment de grâce, ils sont même devenus des icônes de la pop culture. Parallèlement, leur lifestyle et leur musique se sont imposés comme étant LA culture dominante. Aujourd’hui, une jeunesse toute entière bouge la tête sur les bangers de Migos et ils ont, à eux seuls, enfanté une toute nouvelle génération de rappeurs. C’est avec le poids lourd de cet héritage que le groupe s’apprête à nous livrer Culture III.

Alors qu’un an seulement sépare les deux premiers Culture, le troisième et ultime volet de la série d’albums continue de se faire désirer. Initialement prévu pour janvier 2020, histoire d’être lâché au même rythme de sortie que ses prédécesseurs, le projet se voit finalement repoussé à cause de la pandémie mondiale de Covid-19. Après plusieurs reports, les récents teasings du trio laissent finalement présager une sortie de Culture III entre fin avril et début mai.

L’attente est tout bonnement insupportable et l’impatience des fans est à son paroxysme. Après tout ce disque, en plus d’être l’un des projets rap US les plus attendus de l’année, s’annonce comme le remède idéal contre la morosité ambiante qui pèse sur nous depuis plus d’un an. En espérant bien sûr que les contraintes sanitaires soient au moins partiellement levées d’ici là. Autrement, à quoi bon livrer des hits si on ne peut pas s’ambiancer dessus dans les clubs ou sur la plage ?

Culture III : toujours plus haut ?

Susciter l’attente, c’est bien beau, mais encore faut-il être à la hauteur de celles-ci. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les ambitions du trio pour ce projet sont immenses. Pas vraiment connus pour leur humilité, les membres de Migos n’ont eu de cesse ces derniers mois de vanter les qualités de leurs récents travaux. Pour l’exemple, dans un tweet publié en juillet 2020, Quavo n’avait pas peur de qualifier Culture III comme étant déjà « le meilleur album de 2020 et 2021 ».

Pour que ces paroles ne restent pas qu’un vulgaire et mégalo discours d’intention, la triade familiale va devoir tout donner. Culture 1 et 2 étant un manifeste de leur importance dans le rap et du rayonnement de la culture trap d’Atlanta, il leur faudra avec cet ultime épisode de leur trilogie, asseoir cette suprématie définitivement et une bonne fois pour toutes.

Pour y parvenir, ils devront travailler en équipe, capitaliser sur leur complémentarité et leurs forces respectives. Si avant 2017, on pouvait se plaindre de la difficulté à différencier les trois rappeurs, chacun d’eux est parvenu depuis à trouver son identité. En bossant chacun entre temps leurs spécificités sur leurs albums solo respectifs, ils ont pris le temps d’acquérir la maturité artistique nécessaire pour la mettre pleinement au service du groupe.

Il y a bien sûr Quavo, le maître incontesté de la mélodie, Takeoff le champion de la rythmique et Offset, assurément le plus charismatique d’entre tous, avec son imagerie et ses textes au-dessus du lot. Dans la continuité de ce qu’ils ont entamé sur Culture 1 et 2, chacun devra briller pleinement, mais sans faire de l’ombre aux autres.

Aussi, à l’heure où la drill dessine clairement les tendances du paysage rapologique actuel, Migos devra se donner pour mission d’être ce groupe qui, une nouvelle fois, remettra la trap sur le devant de la scène. Il en va de leur honneur de superstars du genre, eux qui symbolisent encore aujourd’hui l’aboutissement du triomphe d’Atlanta sur la carte du rap mondial. Après avoir semé dans leur sillage une flopée de nouveaux rappeurs, leur objectif est alors double : prouver qu’ils sont toujours les meilleurs dans leur domaine tout en démontrant que le rayonnement de la culture d’ATL n’est pas juste un phénomène éphémère.

Viser toujours plus haut implique aussi forcément de se renouveler artistiquement. Parti d’une formule musicale minimaliste, mais qui reste en tête sur Culture 1, ils ont franchi un cap sur l’opus suivant en proposant quelque chose de plus abouti. Symbole d’une ville d’Atlanta au sommet de sa gloire, le rap des Migos sur Culture 2 est grandiloquent, plus travaillé et riche en samples, plus flamboyant, mais aussi moins excentrique, moins fourni en tubes et plus expérimental qu’auparavant.

Pour Culture III, on est donc en droit d’espérer que Quavo, Offset et Takeoff passent encore au niveau supérieur. Sur ce point-là, le trio est attendu de pied ferme. Par son aura, le groupe ne doit en aucun cas se reposer sur ses acquis. Bien au contraire, leur statut de superstar leur donne le pouvoir de se permettre des expérimentations toujours plus audacieuses. Les influenceurs du triple flow, héritiers de Jeezy, Future, Gucci Mane, 2 Chainz et Shawty Lo ont tout à gagner en laissant le plus possible le champ libre à leur créativité.

Sur le fond, choisiront-ils une formule tubesque faite de bangers pour nous faire bouger comme des écervelés ou opteront-ils pour quelque chose de plus réfléchi ? Les récentes prises de position des membres du groupe au sujet de la crise sanitaire ou des violences policières laissent entendre que les Migos pourraient s’essayer à des sujets plus politiques, allant au-delà de la grandeur, la démesure et du matérialisme. Et pourquoi pas après tout ?

Au niveau des featurings, si aucune tracklist n’a encore été publiée, nous savons déjà que Travis Scott, Young Thug, Pop Smoke, Bobby Shmurda, Lil Uzi Vert et NBA Youngboy devraient faire partie des guests.

Les réflexions sont mises sur la table et il ne reste vraisemblablement plus que quelques semaines avant de découvrir la substance de ce Culture III. A l’aube de cette sortie charnière, peu importe la manière, on attend de Quavo, Offset et Takeoff qu’ils clôturent en beauté la trilogie d’albums la plus influente de ces dernières années. Un challenge de taille, même pour les Migos. Mais s’ils le réussissent, ils pourront définitivement graver leur nom en lettres d’or, au Panthéon des plus grands artistes hip-hop de tous les temps.