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Megan Thee Stallion, futur mètre-étalon du rap
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Megan Thee Stallion sur scène  le 10 août  2019 à Anaheim en Californie.
Megan Thee Stallion sur scène le 10 août 2019 à Anaheim en Californie. ©Getty

Megan Thee Stallion, futur mètre-étalon du rap

La native de Houston est bien décidée à marquer le rap US au fer rouge. Focus sur le phénomène made in Texas.

Ces temps-ci, si vous suivez l’actualité musicale de près comme de loin, vous avez dû voir passer au moins une fois le nom de Megan Thee Stallion. Contrairement à ce que l’on pourrait croire de loin avec la prolifération de vidéos de twerk, ce n’est pas du tout un énième profil façon ex-stripper-qui-rêve-de-gloire. Bien au contraire, c’est une fondue de rap qui a ça dans le sang depuis le début.

Hip-Hop Therapy

Pour Megan Pete (Thee Stallion « l’étalon », c’est pour sa taille et sa carrure, tout bêtement), le rap était une évidence, on peut presque parler d’affaire de famille. Sa mère était déjà elle-même une rappeuse sous le nom de Holly-Wood, et même si la petite Megan ne lui dit pas immédiatement, elle l’observe à la dérobée dès ses 7 ans, commence à écrire de son côté et pose sur certaines de ses instrus une fois ado. Du coup, à 18 ans, elle a trouvé sa vocation et l’annonce à sa mater, qui, après l’avoir entendue débiter un couplet, reconnaît son talent mais lui demande deux choses : poursuivre malgré tout ses études et se calmer sur la vulgarité. Alors pour le second point c’est raté, en revanche Megan est restée très sérieuse quant à son cursus. C’était d’ailleurs une de ses particularités lorsqu’elle a commencé à se faire connaître : elle est à la fois la rappeuse qui monte et une étudiante sans histoire de la Texas Southern University.

Après avoir fait du bruit avec une vidéo où elle mouchait ses adversaires masculins lors d’un battle en 2013, c’est à nouveau un freestyle, côté cypher cette fois, qui la révèle à un plus grand nombre. Au milieu d’une demi-douzaine de rappeurs émergents de sa ville, elle vole la vedette et dompte sans forcer l’instru du 4pm in Calabasas de Drake (ok ce n’était pas très dur de faire mieux que le Canadien sur ce beat, mais quand même, c’est du grand art). Elle continue de bosser dans son coin, sort un premier projet Making Hot sur un label indé de Houston puis enchaîne avec le EP Tina Snow l’année suivante. Le drame c’est que sa mère ne verra jamais la suite de sa carrière musicale : atteinte d’une tumeur, Holly Thomas meurt en mars 2019, avant même la sortie de la mixtape Fever.

Brut de femme

Depuis quelques années, rap et pop se confondent, et les stars féminines sont souvent plus qu’encouragées à avoir la double casquette rappeuse/chanteuse dès le départ. Bien que Megan puisse à l’occasion se radoucir et pousser la chansonnette ici et là, sa base reste le rap pur et dur. On a affaire à une kickeuse qui a avant tout fait parler d’elle en défonçant des instrus avec une régularité qui force le respect. Ca paraît être une évidence pour tous les puristes mais pour la génération d’artistes à laquelle appartient la demoiselle, c’est assez rare pour être souligné : c’est une MC digne de ce nom, toujours prête à brûler le micro. Plutôt que d’enchaîner clip sur clip à la recherche du tube perdu, elle nous a offert pas mal de vidéos de freestyles radio qui ont tourné de plus en plus, ralliant à chaque fois de nouveaux auditeurs à sa cause. D’ailleurs Fever est un des seuls projets mainstreams récents à comporter un freestyle en bonne et due forme en guise d’outro. C’est peut-être un détail pour vous mais pour nous ça veut dire beaucoup.

Fidèle à elle-même

La rappeuse citera souvent sa propre mère en influence première dans bon nombre d’interviews. Bien sûr cela ne s’arrête pas là, elle fait aussi référence à deux incontournables : Biggie et Pimp C, et parfois aussi Juicy J.  Ainsi le nom de son EP de 2018, son alias Tina Snow est la version féminine de Tony Snow, un des aka de Pimp C. La filiation texane est clairement et fièrement revendiquée chez Megan. Concrètement on a de l’egotrip classique, des textes un peu coquins, encore une fois de loin on pourrait la croire d’une banalité affligeante. Cependant la kickeuse arrive sans peine à tirer son épingle du jeu en faisant à sa façon le pas de côté qui la distingue d’emblée. Déjà parce qu’elle utilise des références à des mangas, et pas seulement les plus populaires aux US : c’est une grande fan d’animés japonais, elle s’est ainsi déjà fait un look en hommage à Shoto Todoroki de My Hero Academia.

D’autre part elle a des punchlines salaces et arrogantes qui n’ont strictement rien à envier à ses collègues ("he said you should be nicer, well your dick shoud be bigger "), peut se montrer plus touchante dans les passages introspectifs, mais surtout, assume un point de vue décomplexé assez salutaire. L’artiste a expliqué que lorsqu’elle écoutait les classiques (Pimp C et Biggie en tête), elle se disait souvent « ce serait fou si une meuf disait ça, de manière aussi hardcore et crue », et c’est ce qu’elle s’applique à faire.

Cela se confirme en interview où à la sempiternelle question sur le statut de femme-objet qu’elle pourrait avoir aux yeux du public masculin, elle rétorquera un sympatoche «bah tu vois pour moi les hommes sont des objets aussi. Je ne me préoccupe pas de ce qu’ils pensent, si je veux être sexy c’est parce que je l’ai décidé. Vos opinions c’est juste une petite garniture. Même pas la cerise. Juste la garniture sur le gâteau ».

Quant à son regard sur le rap féminin, elle joue depuis ses débuts la carte de la solidarité, estimant que les rivalités ont tendance à être assez exagérées par la presse et fantasmées par le public. Ces derniers jours elle s’est par exemple affichée avec Nicki Minaj mais a déjà dit qu’elle répondrait présente à l’invitation de Cardi B, s’est affichée avec Lizzo, etc.

Jolie garce

Tout ça c’est très bien, mais en 2019 la musique seule ne suffit malheureusement pas toujours à se détacher du peloton pour émerger jusqu’au grand public. Ces derniers temps circulent sur les réseaux de plus en plus de mini-séquences où la rappeuse twerke dans la joie et la bonne humeur, avec plus d’agilité que pas mal de ses consœurs (c’est un peu technique, mais en gros elle arrive à twerker accroupie en bougeant ses genoux tout en rappant). D’ailleurs elle en fait même des tutos. Niveau promo virale c’est béton. Certes, des fans de la première heure peuvent regretter cet état des lieux pour une artiste qui déclarait fin 2018 « vous m’avez découverte grâce à ma musique, et je veux que ça continue comme ça ». Il est vrai que des gens qui ne la connaissent pas du tout l’identifient uniquement comme « une twerkeuse » et n’iront pas plus loin. Mais si ça a permis à d’autres de découvrir qui elle était s’intéresser au reste de son œuvre par curiosité, pourquoi pas ; les fesses sont une porte d’entrée comme une autre dans l’univers de Megan.

En étant pragmatique, on peut simplement penser que la rappeuse agit logiquement : elle est américaine, elle est donc forcée de viser un public pas très éveillé si elle veut passer à l’étape suivante et devenir une superstar, alors autant y aller à fond. Et rien n’a jamais été plus rassembleur que le cul. A partir du moment où elle a multiplié les apparitions en concerts et showcases, ce sont les spectateurs eux-même qui se sont mis à relayer en masse ses performances, du coup elle s’est réappropriée la chose. Rappelons-nous qu’elle a percé sur une vidéo devenue virale ; elle a bien retenu la leçon.

Libérez la bête

Ce qui devait arriver arriva, la tape Fever a été très bien accueillie et à présent tout le monde s’arrache Megan. Il lui a suffi d ’un contact via instagram avec Nicki Minaj pour la convaincre de poser sur son hit de saison Hot Girl Summer aux côtés de Ty Dolla $ign, morceau devenu le seul à être porté par 2 femmes à être 1er au top iTunes ; les magazines Paper et The Fader l’ont choisie pour faire leur couverture ; Juicy J ne tarit pas d’éloge sur elle ; son live chez Jimmy Kimmel a été un franc succès ; elle figure parmi la liste toujours convoitée des XXL Freshmen. La presse américaine s’est montrée plus qu’enthousiaste et voit en elle un certain renouveau mais surtout une future reine du rap US. Megan est la première rappeuse signée sur le label 300 Entertainment, ce qui est plutôt bon signe mais qui pouvait aussi inquiéter (cf le laisser-aller pour Young Thug livré à lui-même sur certaines périodes de sa carrière). Or Megan semble bel et bien maîtresse de son destin, proche de son équipe de travail et surtout, plus que jamais déterminée. Seule une mauvaise surprise pourrait l’empêcher de transformer l’essai, et pas seulement niveau musical.

Le son d’après ?

De nombreux featurings vont arriver dès la rentrée, le clip de Hot Girl Summer devrait débarquer prochainement, bref tout roule. Cela ne se limite d’ailleurs pas à la musique. En effet Stallion a confirmé ce que l’on sentait venir en observant l’évolution de ses clips : l’arrivée d’un film réalisé par Hype Williams, Fever the movie, sorte de pendant ciné à sa mixtape du même nom. Les fans ont déjà spéculé dessus et la plupart pensent qu’il s’agit d’un film ambiance arts martiaux et blaxploitation ; pour vous faire une petite idée, il y a déjà un teaser (avec Juicy J et la musique de Kill Bill). Ce n’est pas tout. Comme on l’a vu, la dame n’est pas du tout déconnectée de son époque. On retrouve ici et là des name-droppings de références pop culture très jeunes et plutôt geeks : pokémons, mangas, jeux vidéo cultes... Et cerise sur le gâteau, Megan est aussi une grande consommatrice de films d’horreur mais estime que le genre tourne un peu en rond depuis quelques années, du coup elle compte en écrire un elle-même.

Bref, si tout se passe bien, sky is the limit.