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"Life After Death de Biggie" : retour sur 25 ans de légende
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The Notorious Big - photo concert Chicago en 1995 (Raymond Boyd)
The Notorious Big - photo concert Chicago en 1995 (Raymond Boyd) ©Getty

"Life After Death de Biggie" : retour sur 25 ans de légende

Life After Death, le double et deuxième album de Biggie fête ses 25 ans. Focus sur l'histoire d'un album légendaire qui continue encore aujourd'hui de traverser les générations.

Dans l'histoire du rap, il existe des albums si marquants qu'ils résistent encore et toujours à l’épreuve du temps. Plus encore, certains parviennent même à dépasser la mort de leurs créateurs. C'est le cas de Life After Death, le deuxième album de The Notorious B.I.G. Dévoilé le 25 mars 1997, ce monument du rap américain célèbre aujourd'hui ses 25 ans de vie. Un quart de siècle durant lequel la planète rap a vibré et continue de vibrer au son de ses innombrables classiques.

Hypnotise, Mo' Money, Mo' Problems, Kick In The Door, What's Beef ?, I Got A Story To Tell, Notorious Thugz ou encore Sky's The Limit et Ten Crack Commendment... Tous ces titres parmi tant d'autres ont incontestablement marqué plusieurs générations d'auditeurs, et tout autant de rappeurs. De Evidence à Jay-Z en passant par Rohff, Ice Cube ou encore Joey Bada$$, nombreux sont les MC à avoir samplé, mentionné ou réutilisé les morceaux de cet album à travers les âges.

Pour cette raison, on pourrait passer des heures à rabâcher pourquoi Life After Death reste encore en 2022 l'un des meilleurs albums de rap de tous les temps. On pourrait aussi répéter pourquoi Biggie demeure l'un des rappeurs les plus emblématiques que le monde n'ai jamais connu, ou encore étudier les raisons pour lesquelles ses skills au micro, son énergie, son charisme et ses qualités d'interprétations sont encore au-dessous de tout, mais tout ça, c'est une déjà évidence. Non plutôt que de s'attarder sur ce que tout le monde sait déjà, penchons-nous sur l'histoire légendaire de cet album et sur les mythes  qui gravitent autour.

Biggie face à son destin

Car ce qui rend cet album légendaire au-delà du cadre musical, c'est d'abord son contexte d'existence. Enregistré entre 1995 et 1997, Life After Death va en effet s'avérer tristement prémonitoire. Dévoilé le 25 mars 1997, ce disque sortira seize jours après le tragique assassinat de Christopher Wallace le 9 mars 1996 à Los Angeles. Pour l'une des premières fois de l'histoire du hip-hop, la réalité a dépassé la fiction et celui qui rappait fièrement la vie après la mort s'est fait fatalement tirer dessus. Par conséquent, l’œuvre qu'il a enregistrée de son vivant est sortie à titre posthume.

Mais ce n'est pas tout : comme un signe avant-coureur de la fin tragique qui s’apprêtait à frapper Big Poppa, la conception de Life After Death n'a pas été de tout repos. Enregistrées sur 18 mois entre Los Angeles, New York, et Maraval, une ville dans le nord de Trinitad & Tobago, les sessions studio ont été interrompues après l'arrestation du rappeur pour possession de marijuana et d'armes à feu. L'Histoire aurait pu s'arrêter là, mais ce bon vieux Notorious B.I.G a été victime d'accident de voiture qui lui a brisé la jambe gauche, l'obligeant ainsi à rester assis pendant la majorité de la gestation de son album. Fort heureusement, son handicap temporaire ne l'a pas empêché de donner le meilleur de lui-même.

Plus qu'un simple disque, l'opus initialement baptisé Live Until Killed...'Till Death Do Us Part est un double album de vingt-six titres. Un format massif qui n'est pas sans rappeler la stratégie employée par son rival de la West Coast, Tupac Shakur, deux ans plus tôt avec l'album All Eyez On Me. N'allez pas penser qu'il s'agissait au mieux d'un hommage, au pire d'une simple coïncidence. A l'époque, la guerre faisait rage entre la côte est des États-Unis, portée par Puff Daddy et ses sbires de Bad Boy Records, et la côte ouest, sous la juridiction musicale de Suge Knight et ses soldats de Death Row Records. Cette lutte hostile entre ces deux camps ennemis était au cœur de l'album.

Règlements de comptes

« A la guerre comme à la guerre ». Ce mantra bien connu aurait pu aisément orner la pochette à la fois classieuse et sombre de Life After Death tant le conflit East Coast / West Coast sert de fil rouge à tout l'album. En effet, les attaques envers ses rivaux, tantôt directes, tantôt plus implicites pleuvent sur les vingt-quatre titres de l'opus et ne s'arrêtent jamais.

Le premier homme à abattre pour Biggie, c'est bien sûr son concurrent direct et ennemi juré, 2Pac. Le natif de Brooklyn l'attaque frontalement sur plusieurs titres dont "Long Kiss Goodnight", "Laugh Now, Cry Later", « Going Back To Cali » ou encore l'outro You're Nobody (Till Somebody Kills You). Bien entendu, Makaveli de son vivant ne s'était lui non plus pas privé de taper violemment sur son ennemi, notamment au travers de l'emblématique diss track, « Hit Em Up ».

Mais Tupac Shakur n'est pas le seul représentant de la côte ouest à en prendre pour son grade. Suge Knight, boss de Death Row à l'époque a lui aussi fait l'objet d'attaques virulentes, notamment au travers le morceau "Kick in the Door". Bien que Diddy, le boss de Biggie l'ait toujours nié, en assurant que ce titre n’était en réalité qu'une « démonstration de MCing », les paroles parlent d'elles-mêmes et sa version paraît aujourd'hui difficile à avaler.

Biggie, de son vivant était actif sur le front West Coast, mais pas seulement. Il se battait également pour s'imposer (si ce n'était pas déjà fait) comme le seul et unique roi de New-York. Il faut dire qu'à l'époque, entre Jay-Z, Nas, le Wu-Tang, les prétendants au trône de la capitale historique du hip-hop étaient nombreux. C'est peu dire que les attaques fusaient entre les uns et les autres.

En 1994, Smalls semblait déjà prêt à mourir. Sans doute est-ce pour cela qu'il a délibérément choisi de régler ses comptes, tout en participant activement à l'escalade verbale qui mènera le conflit east cost / west coast à son point de non-retour. Après la mort de Tupac le 13 septembre 1996 et à la fin de la conception de Life After Death, avait-il  conscience que son heure viendrait moins de six mois plus tard ? Quoi qu'il en soit, c'est que la haine viscérale qu'il éprouvait à l'égard de ses rivaux  de l'ouest lui a donné la force de nous sortir un classique véritablement intemporel.

L'héritage d'un classique

Tupac ou Biggie ? Peu importe que vous préfériez l'un ou l'autre. A vrai dire, les deux ont atteint le statut de légendes immortelles du rap et 25 ans plus tard, Life After Death demeure encore l'un des disques les plus acclamées de l'Histoire du rap. Concernant ses chiffres déjà, signe de l'engouement qui existait autour de Christopher Wallace dans les années 90, l'opus s'est écoulé à 660 000 exemplaires en première semaine. A une époque où on le rappelle, le streaming et le format digital n'existaient pas.

Pour ce qui est des ventes globales, les derniers chiffres datés de 2018 parlent d'un total de 11 millions de copies écoulées, rien qu'aux États-Unis, soit l’équivalent d'une certification 11x platine. Dans les charts, c'est aussi l'album à avoir réalisé le plus grand bond de l'Histoire du Billboard. Il est passé du rang 176 à la place de numéro un en seulement une semaine et est ensuite resté quatre semaines consécutives au sommet du top album.

Dans la mémoire collective, Life After Death s'est incontestablement hissé parmi les plus grands albums de l'Histoire de la musique, dans le rap d'abord puis tout genres confondus. A titre d'exemple, en 2003, le magazine Rolling Stone, une référence quand il s'agit d’honorer le patrimoine musical mondial l'a classé à la 476e place des 500 meilleurs albums de tous les temps. A cela s'ajoutent toutes les distinctions d'albums de l'année et de la décennie 90 décernées par de nombreux magazines spécialisés de l'époque.

Paradoxalement, en dépit d'un succès critique et commercial dont il a bénéficié, l'album n'a jamais remporté de Grammy Awards. Il a tout de même été nominé dans trois catégories en 1997: celle du meilleur album de rap, de la meilleure performance de rap solo pour « Hypnotize » et enfin, la meilleure performance de rap par un duo ou un groupe pour « Mo Money Mo Problems » .

Les mauvaises langues diront alors que si l'album s'est si bien vendu, c'est juste parce que Biggie est mort. Hérésie ! Quand bien même la tragique disparition du MC de Brooklyn a très certainement boosté ses ventes sous un effet de fascination morbide, Life After Death n'en demeure pas moins un vrai game changer qui mérite amplement son succès.

En effet, ce double-album a redéfini les codes du gangsta rap en faisant opérer au genre un virage plus grand public. Le contenu explicite, les références à la violence, à la culture des gangs et au trafic de drogue restent au centre du propos, mais le style de production global change pour se tourner vers quelque chose de plus commercial.

L'exemple le plus probant de ce phénomène reste incontestablement "Mo Money Mo Problems" et ses vibes funk clairement taillées pour les radios. Cette transition du gangsta rap vers la pop, Biggie est l'un des premiers rappeurs à l'avoir initié, tout en parvenant à conserver le côté violent, crade et granuleux du genre. Il ne s'en cachait pas, le move était calculé pour engranger un max de cash, mais force est d'admettre que son sens de la formule relève purement et simplement du génie.

L'album a beau frôler la perfection par bien des aspects, il n'aura malheureusement pas empêché l'irrémédiable de se produire pour Biggie... Sur une note plus positive, sa mort tragique cumulée à celle de Tupac aura permis aux tensions entre l'ouest et l'est de progressivement s'apaiser, jusqu'à mettre définitivement fin au conflit le plus marquant de l'Histoire du hip-hop américain. De là-haut, les deux artistes ont rappelé à tout le rap game que l'essence du hip-hop ce n'était pas la guerre, ni le sang, mais bien une unique devise : « Peace, love, unity & having fun ».