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Lettre à la légende Nate Dogg, dix ans après sa mort
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Nate Dogg - session photo à Los Angeles en 2001 (Estevan Oriol)
Nate Dogg - session photo à Los Angeles en 2001 (Estevan Oriol) ©Getty

Lettre à la légende Nate Dogg, dix ans après sa mort

A Nate Dogg, "hook man" légendaire du rap US et maître du G-Funk, parti il y a dix ans, le 15 mars 2011…

La musique est un art magnifique. Sans doute même le plus beau de tous. Pour la simple et bonne raison qu’en plus d’adoucir les mœurs, elle illumine les cœurs les plus sombres et a déjà sauvé des milliers de vies. Pour toutes ces raisons universelles, et tant d’autres plus personnelles, « la musique et moi », c’est une grande histoire d’amour. Une histoire polyamoureuse tant de nombreux artistes différents sont parvenus à me toucher en plein cœur. S’il y a effectivement beaucoup de noms qui façonnent aujourd’hui mes playlists, je peux sans aucun doute affirmer que Nate Dogg compte parmi ceux m’ayant le plus marqué. Alors que le hip-hop pleure encore sa perte une décennie après, je m’en vais plutôt célébrer sa vie, son héritage et ses plus grands classiques. Nate Dogg, né Nathaniel Dwayne Hale, ces mots sont pour toi.

Comme beaucoup de gens de ma génération, ceux nés dans la première moitié des années 90, je t’ai découvert au travers ton outro devenu mythique, en clôture du classique de Dr. Dre, The Next Episode. Immédiatement, la magie de ta voix a opéré sur moi. Le jeune garçon insouciant que j’étais à l’époque n’avait encore jamais rien entendu de tel. Quel artiste pouvait se vanter de faire sonner un vocabulaire gangster aussi cru, d’une manière aussi belle et voluptueuse que toi ? Pour sûr que chanter dans le hip-hop, « personne... ne fait ça mieux que toi ».

Bien évidemment, tu n’étais pas le seul à avoir conscience de ce don que tu possédais. Bon nombre de tes homologues rappeurs de la west coast et d’ailleurs ont loué et sollicité tes talents de crooner de ton vivant. Tes potes du 2-1-3 Snoop Dogg & Warren G bien sûr, mais aussi 2Pac, Dr. Dre, Eminem, 50 Cent, The Game, Ludacris, Jadakiss et tant d’autres. Même alors que tu brilles là-haut parmi les étoiles, certains continuent encore de te faire renaître en musique. Je pense à ton bro Snoop Dogg évidemment, mais aussi à des artistes plus jeunes comme Anderson .Paak par exemple.

Nous Français, n’oublierons jamais non plus le jour où tu as marqué l’histoire chez nous, en nous faisant l’insigne honneur de poser un refrain, un bridge et un outro pour l’un des plus grands groupes de rap français des années 2000, les Psy 4 de la Rime. Et ouai les gars, 2008, 13 ans déjà... A l’ancienne !

Mais comme tu le sais, tu n’étais pas seulement le meilleur « hook-man », celui capable de sublimer mieux que quiconque n’importe quel titre avec tes refrains de velours. Tu étais aussi un immense interprète avec un répertoire solo de quatre albums mémorables. D’ailleurs, ton premier projet chez Death Row posait les bails :  G-Funk Classics, Vol. 1 & 2. Pour sûr qu’il fallait faire preuve d’une sacrée audace pour autoproclamer ses premiers titres comme étant les classiques incontestés et incontestables de tout un genre. Sur un double album qui plus est. Les années ont passé, et force est d’admettre que l’histoire t’a donné raison. Tu es l’un des prédicateurs du gangsta rap et du g-funk.

Tu avais beau être un roi fier sur son trône, malheureusement, une saloperie d’attaque cérébrale t’a rendu hémiplégique en 2007. Si ta voix n’a miraculeusement pas été endommagée, une seconde attaque te frappera dix mois plus tard. Celle-ci s’est montrée bien plus violente que la précédente et t’a carrément contraint à t’alimenter par tube, te privant fatalement de ta voix angélique, rongeant progressivement ton corps, jusqu’à carrément t’ôter la vie en ce triste jour du 15 mars 2011. Comment est-ce possible ? On dit souvent que les meilleurs partent les premiers. C’est vrai. La mort a parfois un bien étrange sens de l’humour…

Je m’en souviens comme si c’était hier… Le choc que ce fut d’apprendre ta disparition. Immédiatement, les souvenirs remontaient. Ceux de la fougue de ma jeunesse, quand on t’écoutait 'moi et mes potes" en nous imaginant vivre nous aussi les événements du clip de «  Regulate ». Si nous n’étions évidemment pas des pimps, on rêvait de porter aussi bien le chapeau que toi. Impossible bien sûr, mais qu’importe, malgré notre acné persistante, écouter du Nate Dogg nous suffisait à nous faire sentir comme les princes de « Dogg Pound Gangstaville » .  

Dix ans se sont écoulés depuis que tu es parti, mais aujourd’hui encore, "peu importe où je vais", tu m’accompagnes et « ne me laisses jamais seul ». Dans le casque, dans la voiture, au soleil, sous la pluie, il y a toujours au moins un de tes sons qui colle à n’importe lequel de mes moods. Encore plus ces jours-ci alors que les beaux jours arrivent. Et ce sera comme ça « jusqu’à ce que je m’effondre ».

Beaucoup de crooners tentent de marcher dans ton sillage depuis que tu es parti. Ils ont beau chanter en ton honneur et dans le seul et unique but d’entretenir ta mémoire, aucun ne peut prétendre atteindre ton niveau de prestance et ton charisme. N’est pas Nate Dogg qui veut après tout... Souvent imité, mais jamais égalé comme on dit. Seuls tes enfants sont aujourd’hui suffisamment légitimes pour perpétuer l’héritage familial et porter le don vocal que tu leur as transmis. Nhale, ton fils sort justement son album, « The Next Episode », le jour célébrant les dix ans de ta mort. Il n’a évidemment pas ta voix, mais il s’en approche. De là-haut, il doit savoir que tu es fier de lui.

J’aurais évidemment plus de « 21 Questions » à poser à « l’homme le plus violent de la ville », celui qui paradoxalement avait « peur de l’amour » et des femmes, ces êtres « sexy et étranges à la fois ». Mais puisque tu n’es plus là, je vais devoir me résilier et laisser ta musique parler pour toi. Toi qui as été définitivement réduit au silence, c’est à nous, habitants de la planète rap que revient la tâche noble de te venger en faisant perdurer ton brillant héritage musical. A toutes les générations, ceci est un message d’intérêt général : sachez qu’il n’est « jamais trop tard » pour écouter la légende Nate Dogg. Vos oreilles vous diront merci, c’est promis.

Repose en paix Nate.