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Dr. Dre : comment il a changé le son du rap avec "2001", il y a 20 ans
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Dr. Dre dans son studio le 12 février 2001 (Photo : Ken Hively)
Dr. Dre dans son studio le 12 février 2001 (Photo : Ken Hively) ©Getty

Dr. Dre : comment il a changé le son du rap avec "2001", il y a 20 ans

Sorti le 16 novembre 1999, "2001" a été un deuxième album pivot pour Dr. Dre, une machine à tubes et une réinvention du son du gangsta rap californien, à l’influence durable.

Dans son film Training Day, sorti en 2001, Antoine Fuqua racontait la première journée d’un bleu de la brigade des stups de la police de Los Angeles aux côtés d’un vieux loup devenu flic ripou, Alonzo Harris, incarné par Denzel Washington. Pour présenter leur terrain de chasse à son nouveau partenaire, le détective le fait grimper dans sa Chevrolet Monte Carlo, élève la hauteur de sa voiture en jouant avec son système hydraulique, et allume sur son poste audio. Des enceintes du lowrider sortent des notes menaçantes et des batteries puissantes : celles de Still D.R.E.. Un banger west coast devenu iconique, autant que l’album dont il est issu : 2001, souvent appelé “Chronic 2001”. Un deuxième album de Dr. Dre devenu un véritable classique du rap américain, et grâce auquel le chef d’orchestre du son G-funk a réaffirmé son statut de grand producteur du rap à la fin des années 90 après des années de doute.

Un départ et des faux départs

Dr. Dre prend l’une des décisions les plus importantes de sa vie en 1996 en quittant Death Row. Sur ce label créé par Suge Knight et D.O.C., Dre y avait bouleversé le rap californien et mondial grâce à deux albums : son album chorale The Chronic, en 1992, et Doggystyle, premier disque de Snoop Doggy Dogg, l’année suivante. Le G-funk qu’il y a perfectionné et popularisé a porté Death Row aux sommets du rap et des classements de ventes d’albums. Mais ce genre musical a aussi accompagné, côté Ouest, la rivalité ouverte entre Los Angeles et New York, dans une escalade à laquelle Dre a refusé de prendre part. Las des excès de violence dont il est témoin au sein de Death Row et des escroqueries de son boss Suge Knight, Dre claque la porte du label début 1996. Mais pas d’Interscope, la maison mère : son ami et mentor Jimmy Iovine lui propose d’ouvrir son propre label, que Dr. Dre appelle Aftermath, “la conséquence”, en VOSTFR. Pour prouver qu’il peut être le capitaine de son propre navire, Dr. Dre cherche d’abord à réitérer ses deux exploits de l’époque Death Row : imprimer un son et lancer de nouveaux talents.

Pour le premier défi, Dre enregistre une compilation, au titre calqué sur le nom de son label. The Aftermath est un album bien produit, mais totalement ancré dans son époque, sans proposer de pas en avant. Avec de jeunes producteurs comme Bud’da et Stu-B-Doo, qui composent avec d’autres The Soul Kitchen, le Docteur y produit un groove et une instrumentation dans lesquels le G-funk est encore le mètre-étalon, nourrissant un album à moitié composé par des titres r’n’b chaleureux et chatoyants mais peu révolutionnaires. Pourtant, deux titres raps de ce disque feront date : Been There Done That, avis de départ de Dre du gangsta rap, et East Coast / West Coast Killas, du super-groupe éphémère composé de B-Real, KRS One, Nas et Ice Cube. Malgré tout, l’album ne lui permet de décrocher qu’un “petit” disque de platine. En cette fin des années 90, à l’ère du CD tout puissant, un tel score revient à faire disque d’or à l’ère actuelle du streaming : pas à la portée de tous, mais pas un exploit à la hauteur d’un artiste du calibre de Dre non plus. Dre tente de rebondir l’année suivante avec un projet ambitieux sur le papier : une réunion au sommet entre lui et les Trackmasters, rois du rap new-yorkais clinquant de l’époque, pour livrer des productions à The Firm, un groupe composé de Nas, Foxy Brown, AZ et Nature. Fini le rap de crapules des artères en angle droit de L.A. : Dre produit ici une oeuvre de mafioso rap, tout en instrumentation plus élégante et cinématographique - mais un peu tiède par moments. Malgré un score commercial correct (encore un disque de platine), l’album ne satisfait pas la critique. C’est un second semi-échec pour Dre.

En parallèle, Andre Young cherche un nouveau talent. Ils seront nombreux à signer un contrat avec Aftermath : la rappeuse de Philadelphie Eve, qui partira finalement chez les bikers des Ruff Ryders ; la chanteuse Dawn Robinson, échappée du groupe En Vogue, qui trouvera finalement sa place dans le groupe Lucy Pearl aux côtés d’un autre Californien, Raphael Saadiq, et de l’ex-A Tribe Called Quest Ali Shaheed Muhammad ; Last Emperor, MC de la scène backpack de l’époque, qui finira finalement par signer chez le label moteur de cette mouvance, Rawkus ; King Tee, vétéran du rap de L.A. et mentor du groupe Tha Liks, et dont l’album restera dans les tiroirs du Docteur. Ces faux départs sèment le doute dans l’esprit de Dre. En 2017, il dira dans un article pour Clique et les Inrocks : “Cette période de ma vie, musicalement parlant, était complètement détraquée. Je n’étais pas dans le coup et j’essayais de trouver ma voie. C’est quelque chose qui arrive chez les artistes. Ce fut l’un de mes plus grands moments de doute, alors qu’en façade on faisait tous comme si tout allait. Tout ne va pas toujours comme on le voudrait, mais j’essayais de trouver ma voie et heureusement, Eminem est arrivé à point nommé. L’irrévérence et le sens de la rime affûté du rappeur peroxydé de Detroit vont en effet réveiller la créativité de Dre. Si Eminem a depuis coutume de dire que Dr. Dre a sauvé sa vie, Marshall Mathers a aussi extirpé son comparse de son marasme en le poussant ironiquement vers ses vieilles habitudes musicales. A la fin de Guilty Conscience, morceau phare produit par Dr. Dre et single de The Slim Shady LP d’Eminem, Dre essaie d'être l’ange sur l'épaule gauche d’un mec paumé nommé Grady, face à un Eminem totalement néfaste de l’autre côté de la nuque, notamment lorsque le personnage découvre sa femme au lit avec un autre homme. Dans un retournement scénaristique cyniquement drôle, Dre baisse finalement les bras et abandonne sa posture morale : “il n’a pas besoin de prendre le même chemin que moi, je suis déjà passé par là (“been there done that”)… putain, qu’est-ce que je raconte ? Bute les tous deux, Grady. Où est ton flingue ?”. Le coup de feu qui suit marque la fin tragique du morceau, mais aussi le top départ de la renaissance de Dre.

Manifeste californien et gangsta

Consciemment ou non, Dre va alors revenir à une essence plus gangsta rap dans sa musique tout en augmentant ses ambitions soniques pour son album suivant. D’abord censé s’appeler The Chronic 2000, il doit abandonner le nom à cause de Suge Knight et de Death Row. Bien décidés à emmerder leur ancien producteur phare, ils refusent de céder le nom “The Chronic” à Dre, et sortent de leur côté une compilation du nom de The Chronic 2000, en mai 1999. Dre choisit alors un titre qui soulignera, a posteriori, son bond en avant vers le troisième millénaire : ce sera 2001. Un futurisme symbolisé par une pochette rappelant les codes esthétique du film Matrix, sorti durant le printemps 1999, avec ce lettrage digital vert sur fond noir, minimaliste.

Pour l’enregistrement de ce nouvel album, Dre s’entoure de plumes de talent pour lui écrire et peaufiner ses textes : Eminem, évidemment, mais aussi Jay-Z sur Still D.R.E. et The Watche_r, l’éternel D.O.C. sur l’inquiétant _Big Ego’s et le macho Housewife, ou encore Royce Da 5’9”, alors jeune prodige de Detroit, qui livre avec The Message la conclusion touchante de l’album, dédié à Tyree, l’un des frères décédés de Dre. Il y a fort à parier que Hittman, nouvelle signature de Dre apparaissant sur dix titres, aie lui aussi signé quelques textes du docteur. Globalement, pour eux-mêmes ou pour leur hôte de marque, tous les rappeurs adressent des majeurs en l’air textuels à la bienséance, avec des morceaux pornographiques et parfois franchement misogynes (Fuck You, Xxplosive, Let’s Get High, Housewife), larvés de menaces en cas d’hostilité (Bitch Niggaz) ou carrément crapuleux (Murder Ink). Alors qu’il voulait se donner une image respectable après son départ de Death Row, Dre raconte au New York Times à la sortie de l’album que c’est sa femme qui lui a recommandé de revenir vers cette musique moins polie. “Après mon mariage, j’en ai eu marre d’utiliser un langage cru dans ma musique. Mais ça avait affecté la qualité de mes morceaux. Ma femme m'a dit : “qu'est ce qui t'arrive ? Je veux entendre tes trucs hardcores !””. Pas de doute : derrière chaque homme important, il y a une grande femme.

Plus que tout, 2001 célèbre la grande aire urbaine de Los Angeles et sa culture des marginaux, du lifestyle à l’héritage musical légué par une décennie de rap californien. Ainsi, chaque début de couplet de Some L.A. Niggaz commence par un clin d’oeil à un classique du répertoire West Coast (The Pharcyde, NWA, Volume 10, Ice-T). Et dans cette dynamique, 2001 est surtout un manifeste sur la place de Dre sur l’échiquier du rap. Sur The Watcher, il prend de la distance avec l’effervescence des carrières qui vont et viennent, les postures de durs face aux vrais responsabilités, et réussit en une rime à concrétiser ce qu’il a voulu affirmer sur Been There, Done That (“We started this gangsta shit ! And this the motherfuckin' thanks I get ?”). Sur Still D.R.E., il tient à rassurer ses détracteurs : “je représente pour les gangstas autour du monde, je traine toujours aux coins de rue dans des belles caisses, je prends toujours mon temps pour perfectionner mes beats”. Et puis il y a surtout Forgot About Dre. Sur ce morceau en featuring avec Eminem, il tient à rappeler ses accomplissements et tapent du point sur la table : Dre est le maestro du gangsta rap. Son flow et celui de son protégé rebondissent sur un instru lent, tout en bounce, qui saisit l’air du temps et les nouvelles sonorités sudistes. Placé au coeur de l’album, Forgot About Dre marque sa différence en termes de rythme, mais est pourtant essentiel dans l’intention porté par l’album. Plus que par les mots, Dre prouve sur cet album qu’il est le plus grand producteur du rap par son travail sur la musique.

Réinvention musicale et sonore

Dès l’ouverture de l’album, la reprise de la “deep note” de la société THX annonce d’emblée la couleur : Dr. Dre propose une expérience sonore sur 2001. Pour assurer la réussite de son futur deuxième album, Dre s’entoure de nouveaux charbonneurs des studios. La plupart des producteurs du Soul Kitchen ne travaillent alors plus avec Dre, sauf Mel-Man, beatmaker et rappeur déjà présent sur The Aftermath, et crédité sur la quasi-totalité des morceaux de l’album. En plus de Mel-Man, Dre s’entoure, comme il l’a toujours fait, d’instrumentistes. Aux côtés de fidèles comme le claviériste Camara Kambon, de nouvelles têtes ont rejoint son studio : le bassiste Mike Elizondo, déjà présent sur l’album d’Eminem ; le guitariste Sean Cruise, dont on entend les gimmicks perçants sur The Next Episode et Bang Bang ; et surtout Scott Storch, un pianiste formé aux côtés du groupe acoustique The Roots. Il joue le piano fronceur et entêtant de Still D.R.E., les cordes hypnotiques de The Watcher ou encore la reprise du piano terrifiant de la B.O. du film d’horreur Halloween sur Murder Ink. Dans une interview pour MTV en 1999, Dr. Dre explique : “Mon son a changé à cause de tous les problèmes liés aux samples. Je sample beaucoup moins sur mes morceaux, ma musique vient aujourd’hui de mon coeur et de mon cerveau. Après, si j’entends un morceau que je sens que je peux sampler, je vais l’utiliser”.

Ainsi, sur l’album, on ne retrouve au naturel qu’un seul véritable échantillon : celui de Parce que tu crois de Charles Aznavour, dont les cordes et les cuivres enjoués deviennent ici particulièrement frontaux su What’s The Difference. Pour le reste, ce sont soit des mélodies originales rejouées, empruntées au funk et à la soul (Xxplosive, Let’s Get High). Les arrangements de titres comme The Watcher, Big Ego’s et Murder Ink rappellent ceux des musiques de film. Particulièrement inspiré par le travail du maestro de Compton, le français Sayd des Mureaux dira en 2014 à l’Abcdr du Son : “Dre est vraiment parti sur ce son où tout est joué, avec un groove très laid-back, mais avec un côté plus punchy, new yorkais”. Dr. Dre use sur ce deuxième opus de batteries plus brutes, au grain plus “sale”. Un son qu’il doit sans doute à l’approche plus agressive de Mel-Man, une griffe sonore qui le rapproche davantage de l’esthétique du rap new-yorkais du milieu de la décennie 1990. La seule contribution extérieure est d’ailleurs celle d’un vétéran du Bronx : Lord Finesse, rappeur et producteur membre du collectif DITC (pour “Diggin In The Crates”, “creuser dans les bacs de disques”). Avec sa boucle de harpe mélancolique et sa rythmique percutante sur The Message, le “creuseur de bacs” est aisément au diapason du grain travaillé par le tandem Dre/Mel-Man.

Un détail est particulièrement remarquable sur les instrus de cet album : la gestion des silences. Le son G-funk de Dre était globalement jusqu’alors un magnifique enrobé continu de sonorités festives ou fiévreuses, des basses aux sirènes en passant par les batteries. Sur 2001, des titres comme The Watcher, Xxplosive et Some L.A. Niggaz laissent leurs mélodies respirer, leurs batteries frapper le tympan avant de courts moments de pause - notamment parce que Dre y abandonne, comme d’autres compositeurs de cette époque, les hi-hats continus pour des jeux plus espacés, donnant un groove moins linéaire, plus cassant, à ses instrumentaux. Pour autant, 2001 ne renverse pas totalement pas la table : des titres comme Housewife, Bitch Niggaz et Let’s Get High sont des héritiers directs du son chaleureux et funk développé depuis The Chronic, pour continuer à fournir à ses auditeurs “du bon son pour vous faire kiffer”, comme Dre le rappe dans Still D.R.E.. Il dira d’ailleurs au New York Times, en 1999 : “Je ne fais pas des morceaux pour les clubs ou la radio. Je fais du son pour que les gens roulent avec dans leur caisse. Je suis sûr que c’est là que la plupart des gens écoutent ma musique : dans leur voiture”. Le rendu sonore de l’album est ainsi toujours fidèle à celui de Dre depuis The Chronic : puissant, pouvant transformer n’importe quel sono médiocre en système audio 5.1, notamment grâce au travail de l’ingénieur du son Richard “Segal” Hurredia. Ce son large, haute définition, puissant, ainsi que les nouvelles directions prises par Dre sur l’ensemble de ce second album offrent un nouveau pas en avant pour le rap californien, et va avoir une résonance durable pendant la décennie qui va suivre.

Un héritage durable

Sextuple disque de platine aux Etats-Unis, quintuple au Canada, quadruple au Royaume-Uni, des disques d’or par poignée partout ailleurs, dont en France : 2001_de Dr. Dre est un carton dans les mois qui suivent sa s_o_rtie. Un succès qui va permettre d’engendrer une tournée de 45 dates aux États-Unis et au Canada pendant l’été 2000. Ce _Up In Smoke Tour restera dans la postérité grâce à une version DVD qui aura, elle aussi, un beau succès commercial et deviendra iconique. Mais au-delà de ce véritable succès populaire, 2001_a posé une nouvelle matrice sonore pour le rap sud-californien et pour les artistes s’en inspirant. À sa suite, des albums sur lesquels Dre apportera de près ou de loin sa contribution suivront le même sillon creusé par ce deuxième album du Docteur : Tha Last Mealde Snoop Dogg, The Marshall Mathers LP d’Eminem, Restlessd’Xzibit, Genesiset The Big Bang de Busta Rhymes, Get Rich Or Die Tryin’ et The Massacre de 50 Cent ou encore The Documentary de The Game reprendront et développeront des idées nées du travail de Dr. Dre sur son deuxième album. Mais 2001 va aussi créer des laissés-pour-compte : ni Hittman, ni Ms. Roq, ni Six-Two ne réussiront à développer une carrière florissante sous les bonnes grâces du Docteur. Tout just Knoc-turn'al connaîtra un modeste succès grâce à son apparition sur _Bad Intentions, tiré de la B.O. du navet The Wash. Interviewé en 2014, Hittman ne sera pas tendre, mais sans doute juste, avec le producteur : “Si Dre est concentré sur son album, toute ton énergie doit être dirigée à l’aider à accomplir sa vision. Une fois qu’il ne montre plus d’enthousiasme à ce que tu fais, tout disparaît”.

L’héritage de Dr. Dre avec 2001 est à chercher ailleurs. De la Californie à New York, les mélodies synthétiques, léchées et mélodieuses de Dre vont être dupliquées, avec plus ou moins de brio. Impossible de ne pas évoquer le parcours de Scott Storch, qui deviendra un hitmaker à succès en solo, en produisant des tubes pour Fat Joe, Ja Rule, 50 Cent et Beyoncé. Eminem développera lui aussi, avec son comparse Luis Resto, un son en continuité avec celui de 2001 de Dre, mais en plus distordu et étriqué. Même Kanye West, dont les premières productions sont pourtant basées sur le sampling lo-fi, déclarera avoir été inspiré par le travail de Dre, principalement par le morceau Xxplosive et le groove sec de sa batterie. “C’est de “Xxplosive” que j’ai entièrement tiré mon son”, racontera West à Rolling Stone en 2008. Si tu écoutes ce morceau, c’est un beat soul, mais fait avec des grosses batteries. Ecoute “This Can’t Be Life” sur l’album Dynasty de Jay-Z :  Xxplosive est une inspiration directe”.

L’album aura un écho jusque dans nos contrées : des producteurs comme Sayd des Mureaux (Rohff, Diam’s), Yvan Jacquemet (Sniper, Double Pact), Sulee B. Wax (Ärsenik, Rohff), Jack S (Seth Gueko, Alpha 5.20), Skread (OrelSan, Lino) vont se nourrir du travail musical et sonore que Dr. Dre et ses musiciens ont déroulé sur 2001. Les teintes musicales déclinées par Dre après son deuxième album vont durablement marqués le rap de crapules de Los Angeles sur toute la décennie qui va suivre. Il faudra attendre l’arrivée d’une nouvelle sur le chevauchement des années 2000 et 2010 pour que le rap angelino se défasse doucement de cet héritage parfois trop lourd, avec des artistes comme Black Hippy (Kendrick Lamar et ScHoolboy Q en tête), Nipsey Hussle, Overdoz. ou encore Odd Future. Mais cette année encore, l’album On God du rappeur RJmrLA débute par un clin d’œil à Big Ego’s. Quelques notes de piano qui plantent un décor hostile et dont l’ambiance est directement héritée de 2001, dernière réinvention de Dre avant qu’il se perde dans la recherche d’un renouveau avec le mort-Detox, devienne millionnaire avec les casques Beats et fasse tomber ses complexes de feuille blanche avec Compton, en 2015. Seize ans de méandres qui cristallisent ce qui fait l’essence de 2001: une recherche de perfection sonore. Et vingt ans plus tard, la qualité de cet album charnière de la carrière de Dr. Dre reste sans doute inégalé.