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Comment 21 Savage est devenu l’un des meilleurs rappeurs de sa génération
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21 Savage - Governors Ball Music Festival en 2021 (Taylor Hill)
21 Savage - Governors Ball Music Festival en 2021 (Taylor Hill) ©Getty

Comment 21 Savage est devenu l’un des meilleurs rappeurs de sa génération

Passé de criminel sans visa à rappeur superstar, 21 Savage jouit d'un parcours parmi les plus fascinants qu'il nous ait été donné de voir dans le rap US.

Saviez-vous que 21 Savage n'était pas américain de naissance, mais anglais ? Non ? Nous non plus, du moins on l'ignorait avant 2019. Aussi incroyable que cela puisse paraître, celui que nous pensions être issu d'Atlanta est en réalité né à Londres, en territoire britannique. Entré aux États-Unis en juillet 2005, il est arrêté par les services de contrôle de l'immigration et des douanes en 2019 en raison d'un visa expiré en 2006.

Finalement reconnu comme résident légal du territoire américain après une longue bataille judiciaire, on a du mal à imaginer qu'il soit resté si longtemps clandestin. Déjà parce qu'il y a trois ans, il avait déjà percé dans le rap, mais aussi et surtout parce que bien avant de devenir une star du game, le jeune Shéyaa Bin Abraham-Joseph de son vrai nom n'était pas inconnu des services de police.

Started from the street

Enfant de la rue, 21 Savage va très vite prendre le chemin de la délinquance. A 12 ans, le gamin élevé dans le berceau de la trap est déjà renvoyé et blacklisté de toutes les écoles de son district. La raison ? En cinquième, il débarque au bahut OKLM avec un gun sous le bras et avec la ferme intention de régler son compte à un gars avec qui il s'est embrouillé. Fort heureusement, il sera dénoncé avant de passer à l'acte, viré de son établissement et envoyé dans un centre de détention pour mineur. A sa sortie, il poursuit son parcours scolaire dans une structure alternative, mais n'y restera même pas un an, la faute encore une fois à de multiples exclusions.

Éloigné pour de bon des bancs de l'école, le jeune voyou succombe finalement à la tentation de la street et devient dealer à plein temps au sein d'un groupe de gangsters local, les 21, affiliés au gang plus large des Bloods. Simple vendeur de weed à la base, il va très vite basculer dans des délits plus graves et répréhensibles. Les braquages et autres vols de voitures sont son quotidien jusqu'à ce qu'il se fasse arrêter au volant d'un véhicule de contrebande.

En 2011, il perd son  bras droit Larry lors d'un règlement de comptes entre Les Crips et les Bloods. Deux ans plus tard, c'est son meilleur ami Johnny qui tombe sous les balles lors d'une tentative de vol orchestrée le 22 octobre 2013, au jour de son 21e anniversaire. Ce jour-là, le futur 21 Savage se prendra lui-même six balles, dont une dans la tête et échappera de peu à la mort.

Bien conscient d'avoir frôlé sa propre fin et profondément et affecté par cette nouvelle et énième perte d'un proche, le jeune thug d'ATL voit cet électrochoc comme un signe béni du destin. Pendant sa convalescence, le miraculé remet son train de vie nocif en question et commence à réfléchir à de meilleures perspectives d'avenir. Marqué à vie par la rue et désireux d'expier définitivement ses péchés, celui dont les multiples tatouages sont les cicatrices indélébiles de son passé tourmenté trouvera son salut dans le rap. Il commencera son ascension en tant que « héros underground d'Atlanta ».

Le rap pour salut

Sa carrière débute officiellement le 12 novembre 2014 avec la sortie de son tout premier titre Picky, issu de sa première mixtape The Slaughter Tape, dévoilée quelques mois plus tard. Au travers un univers sombre et ce flow nonchalant qui lui est propre, 21 Savage dépeint alors son passif de gangster et la violence que celui-ci implique. Inspiré par l'OG d'Atlanta Gucci Mane, il va carrément lui dédier son EP suivant Free Guwop. Mais c'est assurément avec sa seconde mixtape intitulée The Slaughter King que les choses vont s'accélérer pour lui.

Tête de gondole de la nouvelle vague trap du rap américain de l'époque, 21 Savage va obtenir un coup de projecteur énorme en figurant sur l'incontournable Freshmen Class 2016 du magazine XXL. Une liste de nouveaux talents à suivre qu'il partage cette année avec d'autres étoiles montantes de l'époque, comme Desiigner, Dace East, Lil Yachty, G Herbo, Lil Uzi Vert, Kodak Black ou encore Anderson .Paak.

Comble de l'exposition, il sortira la même année Savage Mode, son premier projet en collaboration avec l'un des beatmakers d'Atlanta les plus chauds en devenir, Metro Boomin. Sur ce projet, on retrouve l'un de ses premiers cartons dans les charts, le titre X en association avec Future. C'est ce titre qui lui donnera pour la première fois un rayonnement international et surtout son premier single de platine. Une certification de laquelle découlera son premier contrat en major, chez Atlantic Records.

La machine est définitivement lancée et son premier album studio, Issa Album sort en 2017. C'est aussi à peu près à la même période qu'il obtient son premier single classé numéro 1, avec sa participation au hit Rockstar de Post Malone. On est allé vite, mais ce panorama éclair du début de sa carrière est tout simplement à l'image de l'ascension de 21 Savage. Désormais au top du game et des charts, il va se servir de sa nouvelle notoriété pour mener de nombreuses actions de philanthrope. Comme pour se racheter de son parcours scolaire tumultueux et expier encore davantage ses erreurs du passé.

Parmi ses derniers gestes en date, il a lancé un programme d'éducation financière en ligne gratuit pour les enfants, pour leur apprendre à gérer leur argent pendant la pandémie de Covid. Quelques années plus tôt, il avait aussi porté une campagne et fait un don de 21 000 dollars pour lutter contre l'intimidation et le harcèlement scolaire. Clairement, par le rap et les actes, le rappeur a cherché à se racheter une conduite, avec pour objectif affiché de faire le bien autour de lui et ainsi devenir une  meilleure version de lui-même.

Désormais une figure incontournable du rap game US, 21 Savage enchaînera des collaborations remarquées avec de grands noms du rap US. Son acolyte de toujours Metro Boomin bien sûr, Offset sur leur projet commun Without Warning, mais aussi Young Thug, Lil Uzi Vert, Nicki Minaj ou encore Ty Dolla $ign. Tout ça ne sera au final qu'un apéritif puisque le 21 décembre 2019 est sorti son deuxième album I Am > I Was, prononcé I Am Greater than I Was.

I Was < I Am < I'll be

21 Savage l'affirme, depuis qu'il fait du rap, il est meilleur qu'il n'a jamais été, humainement d'abord, mais aussi artistiquement. Plus qu'un discours d'intention, il le prouve avec cet album brillant sur tous les points. Habillé d'une teinte sombre et toujours propice au récit d'une violence exacerbée, I Am > I Was fait bien la distinction entre la vie passée du rappeur et sa marche spirituelle vers la rédemption.

En dépit d'un casting prestigieux et de collaborations marquantes (quoique non créditées) avec Travis Scott, Post Malone, Childish Gambino, Offset, Gunna, Lil Baby ou encore Schoolboy Q, 21 Savage reste le chef de file et d’orchestre de son œuvre et nous propose un projet plus intime et personnel que jamais. Non seulement il recevra des critiques élogieuses de la part de la presse spécialisée, mais il accomplira également des performances commerciales encore jamais atteintes par le rappeur.

A sa sortie, l'album s'est hissé à la première place du Billboard avec 131,000 exemplaires écoulés en première semaine. Un démarrage tonitruant pour un projet qui se verra certifié platine un peu plus d'un an après sa sortie. Au niveau des récompenses notables, I Am > I Was sera logiquement nommé dans la catégorie album rap de l'année des Grammy Awards de 2020. Il ne sera pas consacré comme tel, mais son single phare A Lot en collaboration avec J. Cole empochera le trophée de la meilleure chanson rap. C'est déjà ça.

Depuis, la pandémie de Covid a frappé, mais 21 Savage ne s'est pas pour autant reposé sur ses lauriers. Après les sorties successives de Savage Mode II, la suite de sa mixtape en collaboration avec Metro Boomin (dont treize titres se sont retrouvés simultanément dans le classement du Billboard Hot 100), de multiples nouvelles collaborations et de la bande originale du film d'horreur Spiral qu'il a lui-même produit, le rappeur d'Atlanta devrait d'ailleurs prochainement revenir avec un nouvel album solo. C'est en tout cas ce qu'il a laissé entendre récemment.

"Pas d'album en un an et demi… C'est l'heure", écrivait le rappeur fin janvier sur Twitter. Une manière de dire que la sauvagerie sera bientôt de retour ? Un secret de Polichinelle visiblement puisque vous n'êtes pas sans savoir que 21 Savage a déjà bien commencé l'année avec la sortie d'un double titre clippé intitulé No Debate / Big Smoke. Un morceau de plus de six minutes entre mélancolie et trap sombre, qui en dit long sur la forme olympique du bonhomme en ce moment.

https://www.youtube.com/watch?v=YFNmiJv1AXU

Contrairement à ce que son tempérament désinvolte et je-m’en-foutiste peut laisser entendre, 21 Savage n'a jamais cessé de s'améliorer. En fixant la barre toujours plus haut au fil de ses projets, il a tout donné pour laver les péchés de son ancienne vie de gangster et continue aujourd'hui de tout faire pour rendre fiers ceux qui la rue lui a enlevés. Avec sa musique comme support éternel de mémoire, l'artiste nous promet un retour meilleur et encore plus ambitieux pour 2022. Son prochain objectif annoncé ? Partager le micro avec le parrain du rap new-yorkais, the one and only : Jay-Z.