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"Chronic 2001" : savez-vous tout sur l’immortel classique de Dr. Dre ?
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Dr. Dre - (photo : Ken Hively)
Dr. Dre - (photo : Ken Hively) ©Getty

"Chronic 2001" : savez-vous tout sur l’immortel classique de Dr. Dre ?

22 ans plus tard, on est prêts à parier qu’il y a encore des choses que vous ne savez pas sur Chronic 2001, l’immortel classique de Dr. Dre.

Tout le monde a son album totem. Posez la question à n’importe quel fan de rap des années 90 /2000 et il y a fort à parier qu’il vous répondra Chronic 2001 de Dr. Dre. On ne peut évidemment que les comprendre tant ce disque, grâce à ses productions west coast / g-funk et ses textes mêlant violence, promiscuité, drogue, sexe, crime et guerre de gang, a incontestablement marqué l’histoire du rap et changé sa face à tout jamais.

Avec sa pochette ornée d’un fond noir et d’une emblématique feuille de weed, ce disque pilier de la culture hip-hop et du gangsta rap fête aujourd’hui ses 22 ans. Sorti le 16 novembre 1999, le deuxième album studio de Dr. Dre est monumental, non seulement par la maîtrise de sa production, mais aussi parce qu’il a réhabilité Andre Young à son rang de légende de la West Coast.

Désireux de reconquérir son trône à une époque où beaucoup disaient sa carrière solo terminée, la faute aux débuts mitigés de son label Aftermath, le Doc s’est alors entouré de plus proches associés de l’époque. Avec l’aide de Snoop Dogg, Xzibit, Nate Dogg, Hittman, Kurupt, mais également de sa nouvelle coqueluche Eminem qu’il venait tout juste de signer, il nous a concocté un véritable blockbuster dont les morceaux intemporels continuent encore aujourd’hui de faire bouger nos têtes. Pour le plaisir d’y revenir et histoire de célébrer l’héritage de cet album comme il se doit, voici donc une série d’anecdotes fascinantes autour du sextuple disque de platine Chronic 2001.

Chronic 2001 : un titre controversé

Chronic 2001 : un titre controversé

Vous l’avez probablement noté, depuis le début de cet article, on évoque l’album sous le nom de Chronic 2001, mais techniquement, c’est une erreur. Il suffit de regarder sa pochette et sa fiche sur les plateformes de streaming pour le remarquer. Dr. Dre a effectivement été contraint de changer le nom de son projet au dernier moment sous la pression de son ancien associé, également PDG et fondateur de Death Row, Suge Knight.

Alors que l’album devait bel et bien initialement s’appeler Chronic 2000, Priority Records, le nouveau label distributeur de Death Row et Suge Knight ont fait savoir à Dre qu’ils souhaitaient utiliser ce nom pour leur prochaine compilation et donc qu’il devait y renoncer. Quand Dre a découvert que son ancien collaborateur cherchait à lui mettre des bâtons dans les roues, il a intenté une action en justice. Après le procès, son avocat de l’époque, Howard King, a déclaré que les deux parties avaient convenu que « tout deux pourraient utiliser ce titre, dans la mesure où le public allait lui-même choisir quel projet il préférerait". C’est ainsi qu’après la sortie de Chronic 2000, Dre décida d’appeler son album Chronic 2001.

La machine promo enfin lancée, Interscope finança une campagne marketing massive pour promouvoir Chronic 2001, mais malheureusement pour Dre, Priority et Suge Knight décidèrent de bafouer l'accord original en menaçant de poursuivre le producteur de Compton s’il utilisait la marque « The Chronic » à quelque façon que ce soit. A quelques semaines de la sortie, Dre n’a pas eu le choix. Bien décidé à ne pas s’embourber dans de nouvelles affaires qui pourraient porter préjudice à ses ventes, il décida finalement de plier et raccourcir le titre de son album en « 2001 ».

Cette histoire nous rappelle que même si Suge Knight, le fondateur historique de Death Row croupit aujourd’hui en prison, il fut pendant très longtemps un magnat du hip-hop intraitable et sans pitié. Sa position de force et son influence dans le game étaient telles qu’elles ont suffi à faire changer d’avis l’un des acteurs les plus respectés du hip-hop. Et vous, n’en déplaise à Suge Knight, vous êtes de ceux qui disent Chronic 2001 ou 2001 ?

Suge Knight et Dr. Dre
Suge Knight et Dr. Dre

"Still DRE", une leçon d’humilité

Comment parler de 2001 de Dr. Dre sans évoquer l’histoire légendaire de son single phare ? A la simple évocation de « Still Dre », je vous entends déjà murmurer son instrumentale culte tout en bougeant la tête et les mains au rythme des low riders du clip.

Dans ce morceau, Andre Young revendique et réhabilite son statut de légende du hip-hop west coast face à ceux qui le disaient fini après sa période creuse. Mais ce message teinté d’egotrip cache une réalité bien plus humble que ça. En effet, même s’il ne le précise pas explicitement dans son titre, Dre n’a pratiquement pas participé à la création du morceau. Il sait d’ailleurs que celui-ci n’aurait pas eu le même impact sans l’aide précieuse de plusieurs collaborateurs.

D’abord, contrairement à une idée reçue encore trop rependue, ce n’est pas Dre qui a produit le morceau, mais bien Scott Storch. Un producteur venu de Philadelphie encore inconnu à l’époque, mais dont les talents au piano ont rapidement subjugué les fines oreilles du Doc. De plus, pour l’écriture du morceau, Dr. Dre a, comme il en a l’habitude, fait appel à des ghostwriters. Pour « Still Dre », il a d’abord pensé à The D.O.C, le MC des NWA à qui il doit la quasi-intégralité des textes de The Chronic, son premier album sorti en 1992. Seulement voilà, ce dernier, face à l’ampleur de la tâche s’est retrouvé en proie à un cruel manque d’inspiration. Il s’est finalement désisté pour laisser sa place à Jay-Z.

En effet, en plus d’avoir une carrière solo légendaire, Hova est connu pour avoir été la plume de nombreux artistes. Doué d’une capacité d’analyse hors du commun, il était bel et bien capable de proposer aux artistes pour qui il travaillait, des textes écrits sur-mesure en un temps record. C’est ainsi que le rappeur de Brooklyn s’est immédiatement glissé dans la peau du boss de la west coast et a écrit son texte en une trentaine de minutes à peine. Le mari de Beyoncé s’est même permis d’écrire la partie de Snoop Dogg, sans que ce dernier ne trouve quelque chose à redire sur le texte final.

Résultat, la magie de toute une équipe a opéré et « Still Dre », en plus d’être certifié 4x platine reste encore à ce jour le plus gros succès commercial de Dr. Dre.

On s’imagine toujours que les rappeurs gangstas sont des gros prétentieux égocentriques et incapables de mettre de côté leur fierté. Bon ok, c’est un peu vrai, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, ils savent aussi parfois faire preuve d’humilité. Accepter de faire produire le morceau décisif de sa carrière par un inconnu tout en admettant qu’un autre rappeur, de la east coast qui plus est, nous surpasse lyricalement, si ça ce n’est pas être humble, on se demande ce que c’est.

La folie Up In Smoke Tour

Avec la sortie de l’album 2001, la west coast est revenue sur le devant de la scène et menée par Dr. Dre a prouvé qu’elle était inarrêtable. C’est cet élan insolent de la scène gansta rap de LA qui a donné lieu à l’une des tournées live les plus mémorables de tous les temps : le Up In Smoke Tour.

Retour en 2000 lorsque Eminem, Dr. Dre, Snoop Dogg et Ice Cube décident de monter sur scène ensemble pour marquer l’Histoire.

Malheureusement pour nous petits Français, la tournée s’est déroulée exclusivement en Amérique du Nord. Étalée sur 44 dates du 15 juin au 20 août 2000, elle reste un moment inoubliable pour tous ceux qui y ont assisté. Pour la simple et bonne raison qu’elle a été déployée pour promouvoir dans le même temps les albums 2001 de Dr. Dre, mais aussi The Marshall Mathers LP d'Eminem, The Last Meal de Snoop Dogg et War & Peace, Vol. 2 de Ice Cube. Évidemment, en plus de ces quatre têtes d’affiche, on trouvait aussi de nombreux invités à l’image de Proof, Nate Dogg, Kurupt, D12, MC Ren, Warren G ou encore Xzibit.

Durant ces shows exceptionnels, tous les excès étaient permis : alcool, drogues et toutes autres substances illicites. En témoignent les images d’archives du DVD sorti le 2 décembre 2000, même les filles faisaient tomber leurs vêtements dans le public, histoire de coller le plus possible à l’image sulfureuse de « bad bitch » véhiculée par le gangsta rap. Incontestablement, le Up in Smoke Tour, à l’image de l’album 2001 est l’un des plus grands moments live de l’histoire du rap.

Il y a quelques années, des rumeurs au sujet d’une tournée Up In Smoke Tour 2 en Europe avec Dr. Dre, Eminem, Snoop Dogg et Kendrick Lamar ont fleuri sur Internet sans que jamais rien ne soit concrétisé. C’est dommage, mais ne pleurez pas puisqu’en souvenir de cette époque bénie, Dre nous a justement donné rendez-vous en mars prochain pour un événement de taille. C’est lui qui avec Eminem, Snoop Dogg, Kendrick Lamar et Mary J. Blige assurera le show à la mi-temps du prochain SuperBowl. Snoop en parle d’ailleurs déjà comme l’un « des plus grands SuperBowl de l’Histoire ». Un moment d’anthologie teinté de nostalgie en perspective.

Snoop Dogg, Mary J. Blige, Dr. Dre, Eminem et Kendrick Lamar - Superbowl,  Pepsi Halftime Show
Snoop Dogg, Mary J. Blige, Dr. Dre, Eminem et Kendrick Lamar - Superbowl, Pepsi Halftime Show

Ces morceaux de 2001 que vous ne connaissez pas

Contrairement à aujourd’hui où les rééditions de nos albums préférés pullulent dans l’industrie, le phénomène était quasiment inexistant à l’époque. Outre quelques faces B qui sortaient de temps à autre, quand on achetait un disque, il fallait s’en contenter sans espérer pouvoir un jour prolonger l’expérience. Malgré tout, cela n’exclut pas que d’autres morceaux que ceux retenus dans l’album ont été enregistrés pendant les sessions studios. Surtout quand on s’appelle Dr. Dre d’ailleurs.

Connu pour être un perfectionniste maladif, le Doc n’a jamais caché enregistrer des dizaines et des dizaines de sons pour au final ne garder que les meilleurs. Bien que seulement 23 titres aient été conservés sur le disque final, il est évident que les tiroirs de ses studios ont pendant longtemps été garnis de titres d’époque. Cela étant, comme de nombreux artistes depuis l’arrivée d’If2knpbgPNLknternet, il n’a pas échappé aux fuites.

Évidemment, il est impossible d’estimer le nombre exact de morceaux qu’a façonné Dr. Dre durant les deux ans de sessions d’enregistrement pour 2001, mais Pour le plus grand plaisir des diggers, la chaîne Youtube DeathRowVault a rassemblé en un seul et même endroit toutes les pépites rares et perdues des artistes du label Death Row. Une véritable mine d’or pour les amateurs de son west coast et dans laquelle on retrouve forcement quelques perles oubliées enregistrées pendant la conception de Chronic 2001.

En vrac, les morceaux « Hey You », « Hard Niggaz », « This Hoes », « Airwave Terrorists » avec Hittman, « The Throne is Mine » avec Royce Da 5’9’’ et « The Way I Be Pimpin », la version originale de « Xplosive » avec Royce également. Absent du projet final, l’acolyte d’Eminem dans Bad Meets Evil est crédité en tant que ghostwritter pour le morceau « The Message ».

Tous ces titres aussi rares et inédits soient-ils n’ont pas été retenus dans la version finale de l’album. Par conséquent, ils sont pour la plupart non-mixés et inachevés. Mais c’est toujours ça de pris n’est-ce pas ?

Bien entendu, ces histoires sélectionnées et racontées par nos soins sont loin d’être les seules qui gravitent autour de cet album d’anthologie. On aurait également pu vous parler des nombreux samples utilisés sur Chronic 2001, revenir sur les coulisses de ce projet comme l’ont déjà fait plusieurs documentaires, ou encore rendre hommage aux grands oubliés de ce blockbuster musical, mais il fallait faire un choix. Et quand bien même vous connaissiez déjà toutes ces histoires, prenez-les comme une piqûre de rappel et une occasion supplémentaire de vous replonger dans cet immortel classique du gangsta rap. Et comme le disent si bien Dre et Snoop, p_rofitez-en, jusqu'au prochain épisode._