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Zesau : le guide pour explorer sa discographie
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Zesau dans le clip "Sur ma liste" - (réal : Noviceland, prod : Ambition Music)
Zesau dans le clip "Sur ma liste" - (réal : Noviceland, prod : Ambition Music)

Zesau : le guide pour explorer sa discographie

Pilier du rap français, Zesau a marqué les esprits ces derniers jours grâce à sa performance sur son featuring avec Freeze Corleone et Stavo. Pour les plus jeunes, on fait le point sur son parcours.

Il y a quelques semaines, la fan-base grandissante de Freeze Corleone s’est émue après l’annonce d’un featuring à venir entre leur rappeur favori et Stavo (13 Block) et Zesau. Plutôt jeune et parfois hermétique à la découverte de profils jamais rencontrés auparavant, la communauté 667 s’est jetée sur le nom de Zesau comme s’il s’agissait de celui d’un débutant n’ayant pas suffisamment prouvé pour être autorisé à collaborer avec des valeurs sûres comme Freeze et Stavo. 

On ne peut évidemment pas en vouloir à de très jeunes auditeurs de ne pas avoir une culture rap parfaite. Quand Zesau a commencé à rapper, au milieu des années 90, ils n’étaient pour certains même pas nés, on peut même supposer que leurs parents ne s’étaient pas encore rencontrés. Rien de scandaleux, donc, jusqu’ici. En revanche, il est vrai qu’avant de crier à l’affront devant la présence de son nom sur un featuring avec Freeze Corleone et Stavo, mieux vaut prendre quelques minutes pour relire le CV du garçon ou réécouter quelques-uns de ses couplets. 

Fort heureusement, le teasing autour de ce titre tant attendu s’est terminé ce 8 août : le son puis le clip ont été dévoilés, laissant à chacun la possibilité de juger avec tous les éléments en main. Extrait de la compilation Carré dans le Cercle, et non pas du fameux album tant attendu de Freeze Corleone intitulé La Menace Fantôme, il représente en tous points ce que doit être une collaboration réussie. 

L’alchimie entre les rappeurs s’installe dès les premiers instants du morceau, on ne ressent aucun décalage générationnel, et surtout, chacun joue sur ses qualités pour livrer une performance impeccable. Freeze Corleone est fidèle à lui-même et contente sans trop de mal sa fan-base, mélangeant le même type d’ingrédients qu’à son habitude (name-droppings, références pharmaceutiques, répétitions volontaires) ; Stavo mise également sur ce qu’il sait faire de mieux, avec un couplet brutal, une ambiance sombre, des références à l’économie parallèle, et quelques phases philosophico-mystiques (“t'avances pas à reculons si tu fais que de regarder derrière”). 

Concernant Zesau, l’essentiel de sa prestation peut être résumé ainsi : 

Le rappeur du Val-de-Marne montre en moins d’une minute l’étendue de sa palette technique : il démarre en assumant avec Stavo le refrain du morceau, enchaine sur un début de couplet presque nonchalant, et termine avec une prestation nerveuse, de plus en plus pressante au fil des mesures. Irréprochable techniquement malgré la densité de son couplet et l'enchaînement de rimes multisyllabiques difficiles à débiter d’une seule traite (j'rappe comme un brigand, le flow arrogant, tu racontes un roman, le sale va s'voir aux gants). Loin d’être une surprise pour ceux qui ont suivi le parcours de Zesau depuis une vingtaine d’années, la prestation du rappeur a surpris les plus jeunes et a poussé certains à revenir sur leurs jugements hâtifs. Une excellente chose pour eux, puisqu’ils ont désormais toute une discographie à découvrir s’ils souhaitent pousser leur exploration de l’univers de Zesau. Voici donc quelques clés pour se plonger dans la carrière de l’un des piliers du rap français. 

L’aventure Dicidens  

Lorsque Jul a publié l’album La Machine en juin, beaucoup de jeunes auditeurs ont découvert Nessbeal, auteur d’une prestation excellente sur le titre Rentrez pas dans ma tête. Quel rapport avec Zesau ? C’est simple : Nessbeal et Zesau ont formé, avec un troisième membre nommé Korias (parfois orthographié Koryaz), le groupe Dicidens, principalement actif entre la fin des années 90 et le début des années 2000. Moins connu que d’autres grands groupes de la même époque, Dicidens a marqué les esprits des auditeurs avec un album considéré comme un véritable classique, HLM Rezidants. Bouclé en 2000 mais sorti quatre ans plus tard pour des questions de distribution bien plus difficiles à régler il y a vingt ans qu’aujourd’hui, ce 16 titres est un concentré du rap de rue des années 2000, et reste aujourd’hui l’un des indispensables de tout auditeur qui voudrait avoir une vision complète sur le rap français. 

HLM Rezidants contient notamment le titre De Larmes et de Sang en featuring avec Lunatic (Booba et Ali, s’il faut le préciser pour les très très jeunes), sorti quatre ans plus tôt sous format maxi, et qui constitue l’une des collaborations mythiques de cette époque. Malgré une distribution tardive et un brin chaotique, l’album HLM Rezidants trouve son public (environ 15.000 exemplaires vendus en indépendant) et convainc surtout sur le plan critique. 

Zesau, l’outshineur   

Pendant la deuxième moitié des années 2000, Zesau fait partie de toute cette génération de représentants du rap de rue indépendant. Entre crise de l’industrie du disque et fracture entre mainstream et underground, la conjoncture est difficile pour les rappeurs avec ce type de profil. Zesau maintient tout de même une grosse productivité, enchaînant les collaborations sur des mixtapes, compilations et autres (Rohff, Dry, Sefyu, Seth Gueko, 400 Hyènes, TLF, Aketo, Rim’K, Alkpote, Abis, etc). Malgré le calibre des rappeurs auxquels il se frotte, Zesau est d’une constance assez folle et ne se laisse jamais déclasser -un peu comme aujourd’hui, quand on le retrouve en featuring avec Stavo et Freeze Corleone. 

L’idéal pour qui souhaite se plonger dans cette partie de la carrière de Zesau est de lancer l’écoute du projet Bad Musik, publié en 2008 et pensé comme un récapitulatif de ses premières années de carrière solo. 

2011-2012 : Zesau l’hyperproductif

A une période où beaucoup de rappeurs se découragent face à la difficulté de vendre des disques ou de s’assurer des sources de revenus viables sur le long terme, Zesau apparaît comme l’un des rares indépendants à appuyer sur l’accélérateur, avec trois projets en moins de deux ans. On a d’abord droit à la mixtape Drive By Muziik, qui sort uniquement en téléchargement légal, quelque chose d’assez novateur dans le rap français en 2011, et une manière de contourner l’obstacle du piratage. Intéressante si l’on souhaite explorer toute la discographie du rappeur, elle n’est cependant pas totalement indispensable pour qui s’y plonge aujourd’hui, et sert surtout à préparer le terrain pour le projet suivant : Frères d’Armes, un double-album véritablement ambitieux. 

Entre gros featurings (Rim’K, Nessbeal, Despo Rutti, Le Rat Luciano) et titres solos entrés dans la mémoire des auditeurs (Nos vies s’résument à ça, Rap Crue, Ca vient de la rue, etc), Frères d’Armes reste une pièce-maîtresse de la discographie de Zesau, et une excellente porte d’entrée pour qui souhaite découvrir son univers. Une douzaine d’années après son premier EP avec Dicidens, son style est resté ancré à la rue, aussi sombre et cru que possible. Surtout, c’est sa technique qui fait la différence. Zesau est de cette école à l’opposé du mumble-rap du milieu des années 2000, et toute sa formation de rappeur s’est faite autour de l’idée d’articuler autant que possible -son flow est donc toujours parfaitement intelligible, que l'interprétation soit nerveuse ou plus posée.

Cette période d’hyperproductivité se conclut avec Dirty Zoo, nouveau projet sur lequel on peut surtout apprécier la volonté de Zesau d’évoluer avec sa musique : l’impasse est faite sur les sonorités des années 90/2000, les beats sont résolument modernes, et les techniques encore décriées par une frange des auditeurs (autotune notamment) sont mises en avant. Pour appuyer l’idée, Zesau s’ouvre à la génération montante, on retrouve déjà sur la tracklist Sadek, Niro ou Kozi. 

2015 : Deuxmillezoo  

Annoncé dès la fin d’année 2012, l’album Deuxmillezoo (20Z0) est vu comme une petite arlésienne pendant la période 2013-2014, sa sortie étant constamment repoussée. Finalement disponible en fin d’année 2015, ce projet est peut-être le plus personnel dans la discographie de Zesau, avec seulement 4 featurings sur les 18 titres. Si les phrases introspectives sont éparpillées entre les histoires de rue et les moments de pur égotrip, Zesau prend tout de même le temps de se livrer partiellement (j’me suis fait sans père, dis-leur c’est moi la force du daron, petit à petit j’ai fait mes galons, envoyé en l’air mes galères). Dernier projet en date du rappeur, Deuxmillezoo est idéal pour conclure l’écoute de la discographie du rappeur, puisqu’il permet de saisir un peu mieux sa personnalité après avoir pu apprécier sa technique et son avant-gardisme sur les projets précédents. 

Depuis 2015, Zesau s’est fait moins productif, malgré une signature chez Ambition Music, le label fondé par Niro -les rares apparitions du premier ces dernières années se sont d’ailleurs faites sur les albums du second. De nouveau actif en solo depuis le début d’année 2020, Zesau a marqué un joli coup ces derniers jours avec sa grosse performance sur Anarchie, avec deux rappeurs en pleine hype. Espérons que ça aura permis aux jeunes auditeurs de découvrir un pilier du rap français, et aux plus âgés de donner quelques clefs de compréhension à la nouvelle génération.