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Youssoupha, légende du rap français hors du game
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Youssoupha - (Photo : Fifou)
Youssoupha - (Photo : Fifou)

Youssoupha, légende du rap français hors du game

Quinze ans après ses débuts dans le rap, Youssoupha vit chaque retour comme un "Eternel Recommencement". A juste titre puisque nous sommes en 2021 et sa force de frappe est toujours aussi puissante.

Youssoupha est une légende du rap français. Rappeur à la plume sage et poétique, producteur avisé via son écurie Bomayé Musik et philanthrope aux multiples classiques, son art et sa parole ont su trouver un succès d’estime incontestable auprès d’une population allant au-delà de l’Hexagone et de ses terres d’Afrique. Fort de son cheveu sur la langue, le rappeur né à Kinshasa peut se vanter de porter une carrière sans réel accroc, et ce depuis plus de quinze ans maintenant. Une sacrée prouesse pour un artiste dont le principal objectif dans la musique a toujours été de briller sur la durée. 

La longévité plus que tout

Il s’en est passé du temps depuis son éclosion aux yeux du grand public avec le Street CD Éternel Recommencement en 2007. Cantonné pour beaucoup à une image historique de rappeur conscient et poétique, Youssoupha ne s’est pourtant jamais reposé sur ses acquis et a toujours cherché à prendre des risques artistiquement. Le secret de la longévité demeure dans sa capacité à se renouveler à chaque projet, tout en restant pertinent. Repartir à zéro pour mieux revenir en somme. « A chaque album, j’efface et je recommence », comme il le dit si bien dans son titre Kash. 

Il n’y a qu’à se pencher un tant soit peu sur sa discographie pour s’apercevoir que sa longue et riche carrière s’est construite au travers des cycles distincts et bien différents. Lorsqu’il débarque en 2007 avec l’album A chaque frère, Youss se veut rageurs, streets, vindicatifs et s’inscrit dans une école de rap plus à l’ancienne. Les critiques sont dithyrambiques, mais les performances commerciales ne suivent pas. 

A partir de son troisième album, Noir Désir et plus encore avec le projet suivant NGRTD, il ose regarder plus loin et s’ouvre à des sonorités plus pop, grâce à des featurings avec Indila, Corneille et Madame Monsieur notamment. Cela tout en conservant la finesse de sa plume et la puissance de son interprétation. La formule prend, Youss élargit son public et touche enfin au succès commercial, cela sans compromettre son identité. Résultat ? Noir Désir sera certifié Platine et son projet suivant, NGRTD se verra carrément nommé aux Victoires de la Musique.

Bien qu’il n’obtiendra pas le trophée du « meilleur album de musique urbaine »– celui-ci étant revenu à Nekfeu et son album Feu, Youssoupha s’en moque. Pour lui, le succès ne se mesure pas au nombre de récompenses ou de streams. A l’inverse, la longévité vaut bien plus que n’importe quel disque d’or ou de platine. « On calcule la durée, pas la vitesse », disait-il très justement dans Grand Paris en 2017. 

Quand on parle longévité dans le rap français et francophone, on pense presque tous immédiatement à Booba. Si Youssoupha n’a évidemment pas la puissance commerciale du Duc de Boulogne, il n’a rien à vraiment lui envier.

Artistiquement, après ces deux réussites successives, il est désormais libéré de tous ses complexes et a enfin une vision claire sur la direction que prendra sa carrière. Son credo ? Prendre de la hauteur, s’assumer plus que jamais, se faire plaisir micro en main et exalter son bonheur d’être en vie, loin des préoccupations futiles du rap game. L’étape la plus récente de son voyage nous emmène jusqu’à la planète la plus éloignée du système solaire. Neptune Terminus donc, puisque après tout, « Paris, c’était juste une escale ».

Youssoupha, plus en forme et surtout plus heureux que jamais

Vous le savez, il ne faut jamais croire un rappeur lorsqu’il annonce vouloir prendre sa retraite. Quand le Prims Parolier, en clôture de son cinquième album sorti en 2018, Polaroid Expérience, proclamait « le jour où j’ai arrêté le rap », il ne s’agissait en fait pas vraiment de la fin, mais du début d’un nouveau cycle. La preuve étant que Youssoupha n’a jamais été aussi pertinent et productif qu’aujourd’hui. Au point qu’il se voit désormais au-delà de la planète Terre, dans l’espace, hors des limites du rap français.

Malgré tout, cela ne l’empêche pas de rester en liaison permanente avec ses homologues. De La Fouine à SCH en passant par Dinos, Lefa et Josman, Youssoupha ne manque pas de reconnaître les talents de ses pairs. Plus encore, il les remercie. En effet, il a besoin que les autres soient bons et le poussent dans ses retranchements pour qu’il atteigne son meilleur niveau. Voilà la raison pour laquelle il a multiplié les featurings et les morceaux collectifs ces derniers temps. C’est ce genre de confrontations saines qui le pousse à se surpasser et donner le meilleur de lui-même. A 41 ans, Youssoupha reste un compétiteur acharné dans une quête perpétuelle de performance.

Ses objectifs de gloire, de richesse et de reconnaissance publique désormais atteints, ses rêves et ses ambitions sont ailleurs. Conscient de ses failles, il cherche désormais à être heureux à tout prix plutôt que d’être parfait. Pour y parvenir, le Lyriciste Bantou a fait le choix de revenir à l’essentiel, en ressassant ses liens familiaux et en renouant plus que jamais avec ses racines africaines. Un retour aux sources déjà amorcé avec son précédent opus, Polaroïd Experience.

Parti de France et installé depuis quelques années à Abidjan, il a trouvé sa formule et sa musique n’a jamais été aussi afro-centrée. Celui qui en 2009 scandait « T'avais jamais entendu de rap français », s’assume aujourd’hui pleinement en tant que rappeur africain, inspiré surtout par son quotidien en Cote d’Ivoire et ses racines à Kinshasa. 

Bien qu’il vive désormais en Afrique avec sa famille, cela ne l’empêche pas de toujours accorder une place réelle à la France dans sa musique. Avec toujours autant de justesse, il continue de dénoncer la situation des immigrés dans l’Hexagone, qu’il estime injuste et frustrante. Toujours proche du comité pour Adama Traoré par exemple, il ne rate pas une occasion de pointer du doigt les violences policières et ses conséquences tragiques. C’est justement parce que les valeurs de la France ne lui correspondent plus qu’il a choisi de la quitter. Un départ qui ne l’empêche pas d’éprouver un réel attachement pour son pays, comme il le confesse dans Gospel.. « Que la France prie pour moi, plus je la quitte et plus je l'aime ».

Pas d’inquiétude cependant, Youss reste un enfant du rap français et l’aime toujours autant qu’avant. En témoigne le brillant clip de Solaar Pleure, dans lequel il rend hommage à neuf albums historiques et emblématiques du rap français, de NTM à PNL, en passant par Ideal J, Alpha Wann, Niska ou encore Orelsan.

Fier de ce qu’il a construit et heureux d’avoir posé ses valises dans le « Petit Manhattan » Youssoupha n’a jamais semblé aussi épanoui qu’aujourd’hui. En tant qu’artiste et être humain accompli, le rappeur essaye désormais de transmettre sa réussite personnelle à ses enfants par les prismes de la sincérité et de l’amour. A sa fille, mais surtout à son fils Malik qui a la part belle sur Neptune Terminus, au point de figurer sur la pochette du projet. Il lui dédit notamment le morceau Mon Roi, dans lequel il lui prodigue le meilleur des conseils : « N’essaie pas d’être parfait, essaye d’être heureux ».

Après son escale dans l’espace, le rappeur promet d’aller encore plus loin, vers l’infini et au-delà. Sur Terre également, il lui reste pleins de belles choses à accomplir. Puisqu’on en parle, son prochain challenge est de taille : la reformation de La Ligue, le trio de lyricistes mythiques qu’il forme avec Kery James et Médine. Quand on voit ce qui arrive, que dire de plus à part, vive le rap français ?