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Wit. ou la fabuleuse évolution d’un prodige du rap français
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Wit - capture clip "Viper"
Wit - capture clip "Viper"

Wit. ou la fabuleuse évolution d’un prodige du rap français

Ecriture, mélodies, instrumentales : Wit. est un brillant touche à tout de la scène francophone.

Si le rap français avait un trésor précieux, nul doute que Wit. en serait l’un des plus chatoyants joyaux. Avec une écriture fine, des refrains aux toplines hypnotisantes, des placements millimétrés et un talent certain pour la production, l’artiste originaire de Montpellier est un artiste complet. Aussi touchant par ses mots que réjouissant par les mélodies qu’il distille dans ses morceaux, l’artiste qui évolue depuis de longues années aux côtés de Laylow est devenu en quelques projets l’un des rappeurs les plus intéressants du rap français, et ce, à travers une musique captivante et un parcours artistique tout à fait original. A l’occasion du récent retour de « No Future » sur les plateformes de stream, focus sur un artiste à l’identité musicale aussi impactante que la puissance de ses lignes.

Forger son talent

Lorsque « No Future », le dernier projet en date de Wit. sortit au début de l’été 2020, beaucoup d’auditeurs semblaient à la fois décontenancés et surpris par cette flopée de nouveaux morceaux. Surpris soit par la couleur plus ternie et plus pessimiste que revêtait sa musique, soit par la découverte d’un artiste à l’univers aussi atypique. Et c’est vrai qu’avec des instrumentales aux airs de fin du monde, des refrains portés par une voix mi-angélique mi-démoniaque et des textes ponctués d’images obscures, le rappeur a de quoi surprendre. Pourtant, avec un nombre d’écoutes gravitant autour de 500 000 streams spotify par morceaux et son titre « Loco » atteignant presque les 2 millions d'écoutes, le projet a connu et connaît encore un succès certain. Mais ce succès ne vient pas de nulle part : si Wit. a réussi à créer un objet musical aussi unique, convaincre son public et au passage attirer une flopée de nouveaux auditeurs, c’est parce qu’il possède un atout considérable : sa fougue.

Dès le début de sa carrière, cette énergie est impressionnante. Aussi survolté qu’appliqué dans la manière de poser son couplet, c’est à 16 ans seulement qu’il fait sa première apparition au côté d’un duo toulousain, formé par Sir’klo et un certain Laylow, dans le morceau « Attrape-moi si tu peux ». Avec un flow rapide, une voix cristalline et une prod à la Busta Rimes, le morceau sorti en 2012 n’a certes pas très bien vieilli, mais s’encre aujourd’hui comme un marqueur de la détermination de Wit, décidé à interpeller par ses lignes percutantes quiconque posera une oreille sur sa musique.

C’est donc auprès de Laylow et son entourage proche qu’il se lance dans la création en fondant Digital Mundo, une grande famille pluridisciplinaire qui regroupe des artistes, réalisateurs, managers et bien plus encore. Avec un nom de collectif aussi équivoque, leur objectif est clair : créer une nouvelle esthétique digitale, qu’elle soit visuelle ou musicale. Et ce « Digital » deviendra un mantra pour chacun des membres du groupe qui consiste à pousser ses capacités au maximum pour proposer une nouvelle forme d’art, celle de l’ère digitale, celle de demain.

Alors pour réellement entamer sa carrière, il abandonne son ancien nom, K!D, et devient Wit., un rappeur qui se détache du kickage pur et dur pour se tourner vers des sonorités aériennes et auto-tunées, aiguillé par son compère Laylow. C’est donc en 2015 que son premier projet Digital Night voit le jour, en collaboration, naturellement, avec Laylow. Sur des mélodies distordues aux percussions puissantes et aux basses saturées, les deux artistes se livrent à un exercice d’innovation impressionnant : ils n’hésitent pas à tordre leur voix, tapisser les aigus autant que les basses et à travers cette musique unique dans le rap français de l’époque, proposer de nouvelles sonorités.

Comme propulsé par cet élan créatif, Wit. entamera alors sa carrière solo avec une certaine productivité : en 2016, il sort 2 projets : HSF et Hannaba, qui confirment au fil des morceaux le talent que l’artiste est en train de se forger et son attrait certain pour les productions aux sonorités électroniques et aux influences variées. L’année suivante, il présentera aussi deux nouveaux projets, Dawa et Onyx, qui témoignent par leurs morceaux entraînants et travaillés de l’assurance et de la maîtrise croissante de l’artiste. Wit. continue de forger peu à peu sa musique et poursuit, avec cette même fougue, sa quête vers le sommet de son art. Et ce, jusqu’à arriver à un point décisif de sa carrière.

Briser ses chaînes

Au début de 2019, Wit. est au top de sa forme. Après avoir partagé en fin d’année le magnifique clip de Dahlia, il présente le 18 décembre son nouveau projet : NEO. Avec une esthétique travaillé, une ambiance vaporeuse et une vraie cohérence entre les morceaux, ce nouvel opus est une étape importante pour le parcours musical de Wit. Avec un mixage plus complexe, des prods aux rythmiques lancinantes et des mélodies aussi électroniques qu’aériennes, Wit. semble sur cet album faire évoluer sa musique vers une forme plus libre : il n’hésite pas à chanter, et à proposer sur de nombreux morceaux des refrains aux mélodies tout à fait captivantes. Sans pour autant délaisser les couplets tranchants et la découpe des instrumentales, exercice qu’il affectionne tout particulièrement, la musique de Wit. s’empare désormais d’un fin sens de la mélodie, qui donne naissance à une musique hydrique à l’identité unique.

Avec NEO, Wit. devient alors un artiste complet : en rappant, chantant et produisant plus de la moitié des morceaux du projet, il a sur construire un objet musical qui lui ressemble et qui propose, en 2019, une musique jusque là jamais entendue dans le rap francophone.

Pourtant, même s’il a toujours avec ce même objectif de proposer une musique nouvelle et avant-gardiste, il ne s’efforce pas non plus d’être à tout prix celui qui sera en avance sur son temps : avec une spontanéité sincère et un rapport à la musique tout à fait naturel, c’est son mélange d’influences et d’inspirations diverses qui va rendre sa musique novatrice.

Alors quand il présente quelques mois plus tard son EP Sirius, il est désormais difficile de douter de lui. En plus de développer encore plus son sens de la mélodie cité plus tôt, Wit. est aussi devenu l’une des plumes les plus aiguisées de la scène francophone. Avec une écriture juste et imagée, il dépeint ses désillusions avec une authenticité déconcertante, et chante ses peines et ses espoirs taris au travers de lignes aussi touchantes que percutantes. Doublé d’une assurance et d’une interprétation marquante, le refrain du morceau éponyme de l’EP s’impose comme une belle illustration du nouvel aspect de la musique de Wit. : plus mélodieuse, plus entraînante, plus personnelle.

A force de forger sa musique et de développer de nouvelles aptitudes, Wit. est devenu un artiste complet, assez pour être totalement libre dans sa musique. Avec une assurance certaine, que ce soit dans son écriture, son interprétation et sa manière de produire, Wit. a finalement acquis une maîtrise complète de sa musique. Et cette maîtrise peut désormais lui servir à créer de la manière la plus libre possible, n’ayant comme seules limites que celles de son imagination. Il peut désormais créer un univers de toutes pièces, et c’est justement l’étape qui s’apprête à passer.

Supporté par des trailers mystérieux, des clips a l’identité sombre, une cover et une identité graphique aux traits pessimistes voire carrément morbide, Wit. a réussi avec No Future, son dernier projet en date, a créer un univers semi-apocalyptique au travers de 10 titres intimement liés. Comme un perpétuel affrontement entre espoirs et désillusions, l’artiste rappelle au fil de ses lignes que notre civilisation est friable, et que ses failles sont de plus en plus visibles. Au travers d’un caricature noircie du monde qui l’entoure, Wit. joue avec des images sombres, des sonorités graves, distordues et des phrases impactantes pour dépeindre avec justesse les lacunes de notre système.

Et si cette atmosphère s’installe aussi facilement au fil des morceaux, c’est parce que la musique de Wit. est extrêmement bien travaillée : l’écriture, les productions et le mixage n’ont cessé de s’améliorer, à tel point que son talent lui permet aujourd’hui la construction d’un univers unique de toutes pièces.

Morceaux après morceaux, projets après projets, Wit. s’est donc au fil de ses propositions imposé comme un des outsiders les plus intéressants du rap français. Que ce soit par sa musique ou sa manière de proposer un univers musical unique, Wit. est aujourd’hui devenu un artiste complet, assez créatif et talentueux pour doubler son écriture puissante d’une interprétation mélodieuse et chargée d’émotions, qui contrebalance bien souvent avec la froideur de ses rimes. Il a pu le prouver notamment au sein de sa carrière solo, mais aussi avec ses nombreuses collaborations : chaque couplet de Wit., qu’il soit aux côtés de Laylow, Zuukou Mayzie 667 ou Captain Roshi est un évènement. Alors à force d’expérimenter des sonorités différentes, de se faufiler entre des basses rondes et grésillantes et de chanter ses peines avec un lot de mélodies tout à fait inédites, Wit. semble finalement avoir atteint l’objectif que Digital Mundo s’était fixé : redéfinir le rap français pour le rendre plus digital, plus expérimental, et ainsi, en redessiner les frontières tout en lui apportant des sonorités nouvelles. Fort de son talent certain, Wit. a désormais toutes les clés en main pour continuer à proposer une musique avant-gardiste et sincère, et est aujourd’hui devenu l’un des principaux architecte non pas du rap de demain, mais de l’art d’après.