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"Ultra" : l’ultime défi de Booba ?
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Booba - GQ France (Pari Dukovic)
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"Ultra" : l’ultime défi de Booba ?

Booba a annoncé l’arrivée d’un nouvel album, Ultra. Quels sont les enjeux qui entourent cette sortie ? Que peut-on attendre de ce projet ? Faut-il penser qu’il s’agira du dernier ?

Ultra sera-t-il le dernier tour de piste ?   

Annoncé il y a quelques jours, le dixième album solo de Booba s’intitulera Ultra. Aucune date n’a encore été précisée, mais l’auteur de Trône ne fait jamais rien au hasard, et le fait qu’un premier extrait ait déjà été dévoilé laisse à penser que les évènements devraient s'enchaîner assez rapidement au cours des prochaines semaines. Comme à chaque nouveau projet de Booba, beaucoup d’interrogations apparaissent quelle direction artistique, quels featurings, quelle motivation pour le rappeur après autant d’années de carrière ? Surtout une grande question revient tourmenter les pirates et alimenter les débats, comme une rengaine sempiternelle : cet album sera-t-il le dernier ? 

Beaucoup de spéculations existent à ce sujet, mais aucun élément concret ne vient confirmer ou infirmer cette idée. Booba a maintes fois laissé entendre qu’il finirait par raccrocher les gants (idéalement j’aimerais faire un dernier disque et arrêter”, interview Inrocks, février 2018), et la sortie d’un dixième album solo pourrait constituer le moment idéal. Il pourrait se consacrer aux multiples activités qu’il a développé autour de sa carrière de rappeur, et éventuellement se contenter de publier un single de temps à autre, sans forcément travailler sur des albums complets. Quelques indices laissent le flou au sujet de la suite de sa carrière, comme par exemple cette vidéo faisant référence à Lunatic avec pour légende la boucle est bientôt bouclée. 

La prudence est cependant de mise concernant l'éventualité d’une retraite artistique de Booba : déjà il y a quelques années, il avait expliqué que voir Jay-Z redevenir numéro 1 à 40 ans avait changé sa perception de l’âge de la retraite dans le rap. A l’heure actuelle, il n’a, vu de l’extérieur, aucune raison de mettre fin à sa discographie : il continue de créer l’évènement à chaque sortie d’album, enchaine les tubes (Blanche, Médicament, Sale Mood, etc) et reste l’un des rappeurs français les plus influents. Surtout, il n'apparaît pas comme un profil dépassé ou has-been, s’adaptant continuellement à l’évolution des sonorités, comme il l’a fait depuis vingt ans. 

5G, un premier extrait prometteur  

Malgré une concurrence exacerbée ces dernières années, avec de nouvelles grosses têtes d’affiche pouvant prétendre au trône (Jul, PNL, Ninho), Booba a résisté aux turbulences en soignant ses relations avec la nouvelle génération (Niska, Maes, Zed) et en continuant à prouver, chiffres à l’appui, qu’il se maintenait toujours sur les hauteurs du rap français. Les petits records accrochés par 5G, premier extrait d’Ultra, démontrent que Booba est attendu au tournant, et qu’il est toujours écouté, aussi bien par ses fans purs et durs que par les curieux. C’est un détail, mais jusqu’ici personne n’avait réussi à décrocher la première place du top Spotify depuis le 15 août, date de sortie du single Bande Organisée, qui caracolait en tête depuis. 

Si les chiffres de 5G sont franchement rassurants pour Booba, les réactions critiques sont en revanche partagées. Certains apprécient la fausse-nonchalance de son interprétation, la maîtrise technique, ou les prises de position du rappeur, d’autres pestent contre une impression de fainéantise, contre la prod, ou trouvent le morceau moins bon que 3G et 4G. Comme à chaque premier extrait d’un nouvel album de Booba, le débat est donc lancé. La petite différence, cette fois-ci, c’est que les ratpi sont globalement les plus déçus, tandis que des profils d’auditeurs moins convaincus habituellement valident complètement le morceau. Quelle que soit l’appréciation que l’on se fait du morceau, il est indéniable qu’un single plus ouvert aurait été évident et même facile pour Booba, et on peut donc au moins apprécier la prise de risque. 

Avec un seul extrait à disposition, il est encore difficile de spéculer sur la direction artistique de l’album à venir. 5G donne tout de même quelques indices sur la couleur du projet : Booba a envie de rapper franchement (même si son interprétation est plus nonchalante que nerveuse), et du choix de la prod à la teneur des couplets, l’inclinaison rappelle bien plus la couleur de Nero Nemesis que celle de Trône. Surtout, Booba se permet d’offrir à son discours un peu de contenu, ce qui n’a pas toujours été le cas sur ses derniers singles. Du corps disparu de Ben Laden à la Françafrique en passant par la religion (j’mets le Pape et Nabilla sur l’même tableau”, “des migrants, des Amazones et pas de Jésus), le rappeur s’exprime beaucoup tout au long du morceau, avec une part d’égotrip toujours présente mais moins centrale. Etant donné l’influence de Booba, ses prises de position sont attendues, et on est d’ailleurs surpris de le voir revenir sans ambiguïté sur un sujet qui semblait clos : moi j'sais qui j'suis, j'suis pas Kouachi, j'suis pas Charlie. Reste à savoir s’il s’agit de mettre les points sur les i pour refermer sa discographie, ou s’il ne s’agit que d’une manière de réaffirmer et clarifier sa pensée. 

Booba vs le rap français  

Autre sujet récurrent chez Booba, ses relations conflictuelles avec le reste du milieu rap prennent une place importante dans 5G. Si l’ennemi du jour s’appelle Gims, avec des piques bien concrètes à son encontre (ça stream sans Maluma”, “personne ne m'ensorcelle, c'est pas comme ça la vie), on imagine sans trop de mal que l’album Ultra contiendra son lot de provocations aux adversaires habituels -et peut-être à de nouveaux. Là encore, la perception de ces attaques dépendra de la place de cet album dans la discographie de Booba. Si ce disque n’est que le dixième d’une série appelée à se poursuivre, elles resteront ludiques et parfaites pour alimenter la rubrique clashs des différents médias rap. En revanche, s’il s’agit de son dernier album, Booba devra réaffirmer son statut immuable de numéro 1 historique, et laisser entendre que ses concurrents ont été définitivement enterrés. C’était d’ailleurs autour de cette idée que s’étaient construites les spéculations à propos l’album-surprise La Bataille Finale, qui n’a en fait jamais existé, mais que certains imaginaient sortir dans la foulée de Trône en décembre 2017. 

Qu’il se fasse avec Ultra, ou avec un autre album dans quelques années, le dernier tour de piste de Booba aura forcément des répercussions majeures sur la géopolitique du rap français. Avec sa figure clivante, sa capacité à sortir des talents confidentiels de l’ombre (Damso, Green Montana), et sa mentalité “les amis de mes ennemis sont mes ennemis”, l’auteur de 5G est sans aucun doute la personnalité qui influe le plus sur la façon dont le rap français se modèle d’année en année, et sur la nature des relations entre rappeurs. 

Seul rappeur à être resté dans la course au titre de numéro 1 pendant deux décennies consécutives, Booba n’a objectivement plus rien à prouver à personne. Dernier album ou non, il est légitime de s’interroger sur ses motivations actuelles et futures. Comme un boxeur remettant à chaque combat son titre en jeu, mais avec des risques bien moindres, Booba relance à chaque fois la machine avec un nouvel album. A l’heure actuelle, la taille de sa fan-base, son aura médiatique, et sa capacité à accrocher les auditeurs de différentes générations, lui assurent un filet de sécurité franchement solide. A moins d’une catastrophe industrielle, rien ne semble pouvoir l’empêcher de décrocher une fois de plus une série de certifications et pourquoi pas quelques records en stream. Si Booba continue à sortir des albums, c’est donc surtout pour le sport et pour le plaisir de voir son nom en tête des classements en première, deuxième ou troisième semaine.