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TOP 10 : Le rap français chez Colors
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Koba LaD, Alpha Wann et Lala Ace sur Colors
Koba LaD, Alpha Wann et Lala Ace sur Colors

TOP 10 : Le rap français chez Colors

Devenu un lieu incontournable, le studio allemand de Colors accueille de plus en plus de rappeurs français. On revient sur 10 prestations marquantes.

Une pièce rectangulaire monochrome, un artiste, un micro : la recette des vidéos de la chaine Colors sur Youtube est d’une simplicité enfantine. Ce style épuré a fait le succès d’un concept né de l’imagination des allemands Philipp Starke et Felix Glasmeyer, deux amis qui ont investi leurs économies dans un studio d’enregistrement en 2016. Après des débuts difficiles, Colors s’est progressivement imposé comme un incontournable de l’actualité musicale, accueillant des artistes du calibre d’Alicia Keys, Jorja Smith, Freddie Gibbs ou Skepta. 

Toute la force de ces vidéos réside dans leur minimalisme. Loin des clips surchargés d’effets visuels, de figurants, de scénarios complexes, aboutissant sur un trop-plein d’informations desservant la dimension musicale, les performances livrées sur la chaine mettent uniquement en avant l’artiste et son interprétation. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, l’auditeur est bien plus facilement captivé pendant trois minutes d’un show Colors que devant un clip à gros budget. 

Ces dernières années, Colors s’est ouvert au rap français, offrant une visibilité nouvelle à bon nombre d’artistes aux profils variés : qu’ils soient déjà installés (Niska, Dosseh, Caballero&Jeanjass), plus confidentiels ou encore en développement au moment de leur passage (Frenetik, Ichon, Dinos), être invité dans la boîte colorée sonne comme une petite consécration. On revient sur quelques-une des performances marquantes de rappeurs français chez Colors, en espérant en voir beaucoup d’autres à l’avenir. 

Hamza - 1994

L’une des premières apparitions d’un rappeur francophone chez Colors, avec une difficulté notable pour le jeune belge : lui qui chante beaucoup plus qu’il ne rappe, ne peut miser sur aucun artifice ici, il est seul avec sa voix face à son micro. C’est justement ce qui rend sa performance mémorable : malgré de légers écarts sur le refrain, Hamza prouve qu’il est aussi bon en live qu’en studio. 

A noter que l’image d’Hamza enfermé dans cette boîte rouge (comparée à une boîte de chaussures en vannant sa taille) devient rapidement un meme sur les réseaux sociaux, contribuant à faire connaître le concept de Colors chez les plus jeunes. 

Koba LaD - Guedro

Un Colors Show notable pour l’attitude de Koba plus que pour sa performance, très bonne sans être forcément plus remarquable qu’une autre. Gimmicks, gestuelle, grand sourire : le rappeur semble véritablement heureux d’être là. Il s’éclate comme jamais, avec une aisance assez folle pour un si jeune artiste. Le “faut faire du son, alors on va faire le ssson, on va faire du ssssssson” en entrée pose tout de suite l’ambiance, avant que Koba ne soit littéralement transporté par son propre morceau. 

C’est aussi l’occasion de transformer un plateau devenu prestigieux, celui de Colors, en défouloir pour un gamin d’Evry, qui se lâche en enchainant les “nique la Police, vive la guedro” comme s’il était encore posé en bas du Bat.7 

Sopico - Le hasard ou la chance

Sopico a multiplié les sessions acoustiques ou les lives avec des instruments ces dernières années : son apparition chez Colors fait particulièrement sens, puisqu’il se retrouve seul avec sa guitare sans le moindre élément extérieur, hormis un beat venu appuyer épisodiquement le rythme. 

Cette performance devient rapidement le morceau le plus populaire de Sopico sur Youtube, avec deux à trois fois plus d’audience que sur ses véritables clips. La preuve qu’un décor minimaliste peut se révéler plus pertinent qu’un univers visuel trop détaillé. 

Alpha Wann - Pistolet Rose 2 

Avec Alpha Wann, Colors s’affirme comme l’un des formats les plus adaptés aux purs kickeurs : rien de tel que l’absence de visuel autre que le rappeur et son mur bleu pour se concentrer sur la pure performance. Malgré un morceau très court (moins d’une minute trente), la prestation d’Alpha marque les esprits par sa précision presque mathématique. 

Comme souvent avec l’auteur de UMLA, on a droit à quelques belles punchlines bien placées, on pense par exemple à “imagine la tête de Michael Jordan quand il a vu son premier chèque de Nike. 

Freeze Corleone - Designer

Quelques semaines avant la polémique, Freeze Corleone mettait un point final à son ascension sur la scène rap français avec son apparition chez Colors en plein été 2020. Comme dans le cas d’Alpha Wann, le format épuré est idéal pour un profil de kickeur. On retient donc bon nombre de punchlines (ils prennent les décisions pendant qu’ils sont en train d'faire du golf / seul contre eux comme Saddam Hussein pendant la guerre du golf), et aucun compromis vis-à-vis de ses références (nouvel ordre mondial j'constate l’avancement dans l’agenda), qui ne dépassent aucune limite cette fois-ci. 

L’absence de décor permet aux internautes de se concentrer sur la dégaine de Freeze Corleone : parmi les commentaires qui reviennent le plus, beaucoup remarquent ses tatouages (N.Tesla, Tupac), forcément au centre de l’attention, et très cohérents avec son univers textuel. 

Frenetik - Infrarouge

Sensation du moment, le belge est typiquement le profil d’artiste dont le passage chez Colors concrétise la montée en puissance. Pantalon noir, haut noir, doudoune noire, regard noir, voix caverneuse, texte sombre : malgré le fond vert, Frenetik est uniquement venu pour plonger le plateau dans les ténèbres. Son amour des double-sens fait mouche, et le rappeur gagne encore en visibilité avec cette performance aussi brutale qu’efficace. 

La prestation de Frenetik donne envie d’entendre d’autres artistes aussi nerveux : on imagine aisément qu’un Colors de Kaaris, Bosh ou Gazo pourrait faire quelques dégâts. 

Siboy - Au Revoir Merci

Au moment de la sortie de son premier album, Spécial, en 2017, Siboy mise sur une imagerie à dominante orange : pochette, cagoule, tenues … Évidemment, quand il vient défendre son projet au micro de Colors, le fond est lui aussi d’un orange bien pétant. A l’époque, les rappeurs français ne sont pas encore légion dans le studio rectangulaire, l’apparition de Siboy est donc un petit évènement. 

C’est aussi l’occasion de souligner la dimension internationale de l’auditorat de Colors : avec cette vidéo, beaucoup d’européens découvrent Siboy et par extension le rap français. 

Lala &ce - Parapluie

Entre deux projets (Le Son d’Après en juin 2019 et Everything Tasteful en janvier 2021), Lala &ce occupe son actualité de belle manière avec un passage remarqué chez Colors à la fin de l’été 2020. Signe du tremplin que peut représenter la plateforme en termes d’audience, elle signe avec Parapluie son titre le plus visualisé sur Youtube à l’heure actuelle. Il devrait d’ailleurs devenir très prochainement son premier morceau à dépasser le million de vues. 

A noter qu’elle est accompagnée (c’est rare chez Colors) du producteur Ph Trigano. 

Niska - Bon déjà 

Initialement pensé comme un projet centré sur la découverte de nouveaux artistes, avec un penchant pour l’indépendance, Colors s’ouvre au fil du temps aux têtes d’affiche déjà affirmées et signées en maison de disques. C’est par exemple le cas de Niska lors de son passage en fin d’année 2019 : superstar du rap en France, il réalise une belle performance, entre ses changements de flow incessants et sa gestuelle extrêmement efficace. 

C’est d’ailleurs l’une des prestations les plus complètes de la liste : les rappeurs français invités ont tendance à performer au mieux dans leur propre style (Alpha Wann vient uniquement kicker, Hamza vient uniquement chanter, etc), tandis que Niska réalise un morceau complet, avec couplets nerveux et refrain plus porteur. 

Luidji - Le Rouge

Considéré comme l’un de ces rappeurs “inclassables” parce que personne n’est capable de définir clairement son style, Luidji est un artiste qui a clairement convaincu la critique ces dernières années, mais qui n’a pas encore totalement explosé auprès du grand public. Avec Le Rouge, il impose chez Colors une ambiance douce, très planante, signe que la pièce rectangulaire et monochrome n’est pas forcément réservée aux purs kickeurs. 

Les yeux fermés pendant tout son show, Luidji semble réellement plongé dans son propre monde : il chante chez Colors exactement comme s’il était seul dans sa réalité.