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Suites, reprises, hommages : quand le rap français flirte avec le reboot
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Infinit' - Cigarette 2 Haine (ft. Alpha Wann) - MA VIE EST UN FILM 2 (Don Dada Télévision & Fabio Ca
Infinit' - Cigarette 2 Haine (ft. Alpha Wann) - MA VIE EST UN FILM 2 (Don Dada Télévision & Fabio Ca

Suites, reprises, hommages : quand le rap français flirte avec le reboot

Les suites, reprises et hommages existent dans le rap français, mais va-t-on assister à des vrais reboots comme au cinéma sur un projet complet ?

En fin d’année 2021, l’univers de Matrix a effectué un semi-reboot, revisitant sa propre histoire et prenant volontairement le contre-pied de la tendance hollywoodienne des reboots, suites, prequels, sequels, et autres formats pensés pour poursuivre coûte que coûte l’exploitation d’une franchise. Dans le même état d’esprit, le début d’année 2022 verra la sortie de la suite de la saga Scream, avec cette même volonté de flirter à la fois avec la parodie, l’hommage, la blague méta, et le fan-service.

Le principe du reboot permettant dans certains cas d’engranger un maximum de bénéfices avec un minimum d’idées nouvelles, l’industrie de la musique pourrait être tentée d’appliquer la même recette. L’idée pourrait être particulièrement valable pour le rap français, étant donné que le sentiment de nostalgie y est très présent, que ce soit vis à vis d’une période donnée (les auditeurs qui regrettent les années 90), ou du prime d’un artiste (les fans de Kaaris réclamant le rappeur de 2013). On fait donc le tour des différentes suites et formats proches du reboot dans le rap français.

L’âge d’or du rap français

En termes d’exploitation de la nostalgie des consommateurs, on fera difficilement plus ciblé que L’âge d’or du rap français, regroupant des artistes certes très différents (Express D, Matt Houston, les X-Men, K-Reen …) mais tous représentatifs d’une même époque. La tournée et ses produits dérivés (compilation, vinyle, t-shirts, etc) aura eu le mérite de faire revivre certains morceaux mythiques sur scène, de faire plaisir à ceux qui sont restés frustrés de ne pas voir leurs idoles en concert à l’époque, et de permettre à certains jeunes auditeurs curieux de découvrir des classiques.

Ici, on ne cherche pas à faire évoluer l’offre originale, mais bien à proposer une reconstitution aussi fidèle que possible d'œuvres datées d’il y a 20 ou 25 ans. Transposé au monde du cinéma, le principe serait plutôt celui de la réunion anniversaire, que l’on a vu récemment dans le cas d’Harry Potter ou de Friends. Le but est vraiment de faire plaisir aux fans d’antan, de contempler le temps parcouru, et si possible, d’arracher une petite larmiche à tout le monde.

Les albums de reprises

Un cas un peu plus compliqué, puisqu’on cherche à la fois à toucher les auditeurs ayant connu la version originale, et une nouvelle génération, avide de nouveauté. La formule a très bien fonctionné par le passé dans d’autres genres musicaux, mais elle a du mal à prendre chez les auditeurs de rap. Le fameux album “Affaire de famille”, qui devait voir des têtes d’affiche reprendre des classiques du Secteur Ä. Tout ce qu’on en a retenu, c’est la polémique autour de Black M et de sa reprise de Dans ma Rue de Doc Gynéco -le reste de l’album a disparu de toutes les plateformes et n’est plus en vente nulle part.

Dans le rap plus que dans n’importe quel autre genre, on demande à l’artiste d’être interprète mais aussi auteur. Le ghostwriting est toujours tabou en 2022, et entendre un jeune rappeur reprendre des paroles qui ne sont pas les siennes touche difficilement les jeunes auditeurs. De plus, le rap est un genre dont les codes évoluent très vite : un titre d’il y a vingt ans interprété aujourd’hui sans mise à jour sera forcément dépassé sur le plan des sonorités.

Les albums de ré-interprétations

Ca n’existe plus vraiment aujourd’hui, mais l’exercice était intéressant : convoquer certains rookies et leur proposer de ré-interpréter des classiques du rap français. A la grande époque des compilations Têtes Brûlées, on a ainsi eu droit à une version du Crime Paie (Lunatic) par Escobar Macson, de L’Impertinent (Fabe) par Kamelancien, de Peur Noire (Oxmo) par Jeff le Nerf ou des titres plus étonnants comme le Confessions Nocturnes de Serum et NOV.

Il pourrait être pertinent de déterrer le concept aujourd’hui, quitte à effectuer quelques ajustements sur les prods pour les moderniser. Etant donné que le rap actuel met à l’honneur le kickage, on aimerait entendre des profils comme Benjamin Epps, Alpha Wann, Sch, Freeze Corleone ou même Jul proposer leur propre version de Dur d’y croire (Salif), That’s My People (NTM), Pitbull (Booba) ou Mon texte le savon (Akh).

Les auto-références

Rohff a récemment fait plaisir à ses fans sur l’album Grand Monsieur avec le titre Génération ROH2F, un titre plein de références à ses grands classiques (Pleure pas, La Puissance, Apprends à vivre, etc). L’auto-référence est l’un des meilleurs moyens de faire dans le fan-service en jouant sur la corde nostalgique sans risquer de perdre les auditeurs plus jeunes : les anciens sont contents d’être renvoyés à une époque qu’ils ont aimé, les plus jeunes ont droit à un son inédit, même s’ils ne comprennent pas forcément toutes les références. Surtout, personne n’est floué, puisque l’artiste livre un morceau inédit.

C’est aussi un bon moyen pour le rappeur d’affirmer sa longévité et de se positionner auteur de paroles légendaires. On pense notamment à Rim’K et sa reprise de son couplet de Pour Ceux sur les premières mesures de Toutes Générations feat PLK. L’auto-référence est particulièrement répandue dans le rap français, que ce soit pour rendre hommage à sa propre discographie (Booba, Niro, Rockin Squat, Vald) ou pour faire son auto-critique (Ali).

La suite d’un classique

Pas toujours une bonne idée, en particulier quand l’original a traumatisé des générations. On pense forcément à Or Noir 3, un projet beaucoup moins réussi que les deux précédents, et évidemment moins impactant. C’est finalement assez semblable au monde du cinéma : les suites sans idées et pensées uniquement pour capitaliser sur le succès d’un premier épisode sont légion.

Ceux qui parviennent à s’en tirer avec les honneurs sont plutôt ceux qui donnent une suite  à un seul morceau, et non pas un projet complet : Vald avec Journal Perso 2, Alpha Wann et Infinit’ sur Cigarette 2 Haine, Freeze Corleone avec S.O Congo part.2, etc. Il faut tout de même être conscient que livrer une suite à un premier classique, c’est prendre le risque d’égratigner sa propre légende : il faut être capable de se hisser au niveau de l’original, souvent indépassable.