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Soso Maness : le rescapé de la rue, devenu rappeur activiste
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Soso Maness - photo promo "Avec le temps"
Soso Maness - photo promo "Avec le temps"

Soso Maness : le rescapé de la rue, devenu rappeur activiste

"La vie, c’est une course de fond, pas un sprint", a dit Soso Maness. Une phrase qui à elle seule, résume le parcours déjà hors du commun du rappeur marseillais.

"Et ça fait Zumba Cafew, Cafew Carnaval"… Voilà ça y est, à peine ces mots prononcés qu’on vous a mis le couplet bien connu de Soso Maness dans la tête. Pour sûr que le succès stratosphérique de Bande Organisée a joué un rôle déterminant dans la propulsion au sommet du rappeur marseillais. Mais comme il nous en conjure à tous dans son titre éponyme, Ne me résume pas à Zumba Cafew__. Comment lui donner tort ? Il est vrai que s’arrêter là serait faire injure a tout ce qu’il a traversé et accompli depuis son plus jeune âge.

C’est à Fond-Vert, dans le quatorzième arrondissement de Marseille que Sofien Manessour a grandi, dans un quartier où « le crime se mêle à la magnifique couleur du crépuscule ». Enfant du rap, c’est à peine âgé de onze ans qu’il pose ses premières rimes avec son groupe Les sales mômes. Il se paye même le luxe de rapper à douze ans, sur le morceau La Relève, en collaboration avec Intouchable, groupe rattaché à la Mafia K'1 Fry. Avec une telle opportunité, comme Lil Wayne, il aurait pu très jeune s’imposer dans le game, mais son destin en a décidé autrement. Les portes de la gloire se dressent devant lui, mais n’ayant pas l’équivalent d’un Birdman pour le guider, le jeune Soso va très vite s’en éloigner et céder aux viles tentations de la rue.

Enfant du rap et de la rue

Même s’il est bon à l’école, la fougue de la jeunesse l’aveugle. Au diable sa quête d’élévation intellectuelle et sociale par la réussite scolaire, remplir son ventre et son compte en banque immédiatement et par tous les moyens, voilà tout ce qui compte pour le jeune Soso. Quoi de plus facile pour ça que de charbonner ? Ainsi donc, le jeune bad boy de Marseille va définitivement embrasser le code noir de la rue et va progressivement en gravir les échelons. Veilleur, guetteur, dealer, gérant... Il passe par tous les postes et voit l’argent couler à flots. A 22 ans, le jeune roi de la bicrave se tient fièrement sur son trône, mais les ténèbres vont finalement le rattraper et le mener tout droit vers la case prison.

A son retour, il décide de poursuivre dans cette voie tumultueuse. Un jour, alors qu’il fait midi minuit et s’ennuie à tourner dans le block à servir les clients, il s’occupe en grattant un texte qui deviendra Toto Riina en 2014. C’est ce banger à la gloire de son mode de vie dangereux qui lui permettra de signer pour la première fois en maison de disques. Ses débuts tonitruants dans la musique ne l’éloigneront cependant pas des ombres de la rue. Devenu Soso Maness l’artiste bicraveur, il va continuer à élever sa position, jusqu’à de nouveau se retrouver derrière les barreaux.

Enfermé aux Baumettes pour la seconde fois le 18 mai 2016, rien ne semble dévier Soso de son cap. Alors qu’il aurait pu se faire avaler définitivement par les démons de la rue, son destin va prendre un nouveau tournant. Quelques jours avant son entrée en prison, sort le clip de Merlish. C’est un carton et Soso observe tout ça depuis sa cellule. Une carrière musicale se dresse devant lui. Avait-il alors conscience qu’il venait de trouver sa rédemption ?

Soso Maness, de rescapé à superstar

Soso l’a compris désormais : la musique, c’est la chance de sa vie, l’espoir d’horizons plus lumineux pour lui et sa famille. Heureux de la seconde chance qui lui a été accordée, le Marseillais décide de définitivement tirer un trait sur sa vie d’avant pour se consacrer pleinement à sa carrière. Le témoignage musical de ses années de bicrave sera son premier album, un projet sorti en 2019 qu’il nommera tout naturellement, Rescapé. Après avoir perdu des dizaines d’amis emportés par la guerre des gangs, Soso Maness l’affirme haut et fort : c’est un survivant de la rue. Le charbon, les TP et la crainte d’être embarqué par les condés, tout ça c’est derrière lui. Le vent tourne et le rappeur est définitivement lancé.

Connu à ses débuts pour ses gros bangers streets, Soso va améliorer et pousser plus loin sa formule avec son second disque Mistral, publié l’année suivante. Si rester authentique et rapper vécu sans équivoque reste son credo principal, sur cet album, il va plus loin et use de sa nouvelle notoriété pour faire passer des messages. Conscient de ce que sa parole représente, il n’a pas peur de pointer du doigt des sujets qui le touchent comme les violences policières, le racisme de banlieue et les questions d’immigration. Tout ça, il le met sur la table dans une volonté d’éduquer et tirer les gens vers le haut intellectuellement.

Parallèlement à cette démarche consciente, il va aussi s’essayer à des sonorités plus chaudes à l’image de sa ville. Un virage artistique mainstream qui donnera naissance à son plus gros succès de l’époque So Maness. Cet hymne à son nom et aux sonorités électro est un hit en puissance qui nous aura tous fait danser, juste avant que les clubs et autres boites de nuit ne se voient fermées pour une durée indéterminée. La pandémie mondiale a peut-être empêché Soso Maness de défendre dignement son projet sur scène, ce ne sera pas suffisant pour freiner son ascension fulgurante. Cette fois, c’est la vague bleu et blanc de 13 Organisé qui va bousculer son destin.

la bourrasque de son Mistral à peine passée, Soso Maness va effectivement connaître un nouveau succès. Le 15 août 2020, soit quelques mois à peine après la sortie de son album sortira Bande Organisée. La suite de l’histoire on la connaît. Le titre explosera tous les records de l’industrie musicale et deviendra le morceau le plus marquant de l’année 2020. Aussi, au-delà du succès collectif, Soso Maness parviendra contre toute attente à tirer son épingle du jeu avec son fameux "Zumba Cafew". Pensé à la base comme une private joke, un simple délire de potes bourrés en studio, ce gimmick deviendra un phénomène intergénérationnel et fera le buzz sur tous les réseaux sociaux. Résultat, celui qui quelques années plus tôt se faisait poursuivre par les flics, leur signe désormais des autographes et prend des photos avec eux. Si ça ce n’est pas un signe de réussite…

Au service de sa communauté

Depuis le début, Soso n’a jamais douté, ni baissé les bras. C’est pourquoi envers et contre tous, il a finalement atteint des sommets. Avec une ascension aussi rapide et un succès aussi grand, cet ex-taulard devenu superstar aurait pu avoir la folie des grandeurs et prendre la grosse tête, mais non. Au lieu de ça, il a préféré garder les pieds sur terre, en restant vrai, humble et loyal à toute épreuve.

Marié et nouvellement papa de deux enfants, il s’est assagi, a grandi, et a définitivement quitté le monde de la nuit. C’est là tout le fil rouge de son nouvel album Avec Le Temps. Pour Soso c’est clair, le temps change les Hommes, leur permet d’apprendre et surtout, de devenir meilleurs. Ainsi donc, plutôt que de renier son passé et camoufler ses erreurs, il a décidé de les assumer et de s’en servir comme moteur pour aller de l’avant.

S’il aime aujourd'hui donner de la joie et rendre les gens heureux avec sa musique, sa principale motivation musicale reste de donner aux jeunes des clefs pour s’en sortir. Rendre fière sa famille, être un homme heureux, épanoui, et transmettre des messages positifs à sa communauté, voilà les piliers du plan de bataille de Soso Maness.

Pour parvenir à ses fins, il reste sincère. Et plutôt que de vendre du rêve à une génération en quête d’adrénaline et de réussite purement matérielle, il n’hésite pas à se servir de son expérience du terrain pour démystifier la rue et son mode de vie. Contrairement à beaucoup de rappeurs qui s’inventent une vie de bandit inspirée par les films et les séries, Soso n’a pas peur de leur dire : la rue n’est pas un exemple à suivre. Une réalité sombre qu’il dépeint d’ailleurs avec la plus grande authenticité dans sa série de court-métrages publiée sur Youtube. Une carrière dans le cinéma à l’avenir ? Visiblement oui, lui qui a annoncé en exclusivité dans Mouv Rap Club qu'il prépare déjà un film avec SCH !

Quoi qu’il en soit, sa carrière musicale a montré qu’il avait su utiliser le temps qui lui était alloué à bon escient, mais ce n’est pas fini. En dehors des studios aussi, Soso s’emploie à mettre sa réussite au service des autres.

S’il a quitté l’école à quinze ans en classe de troisième et a eu de la chance, il a aujourd’hui bien conscience que l’éducation permet de s’élever intellectuellement, socialement et de faire de grandes choses. C’est pourquoi, pour donner à la jeunesse le goût de la culture, du travail et ainsi l’empêcher de céder à la dangereuse facilité de la rue, celui qui initialement aspirait à devenir professeur d’Histoire s’est lancé dans un immense projet social : la création d’une immense bibliothèque dans les quartiers nord de Marseille. Voilà la preuve que même s’il a quitté Fond Vert, il reste très attaché à son quartier et continue à se battre pour aider les gens qui y sont coincés.

Son engagement pour sa communauté est tel que beaucoup voient déjà Soso Maness se lancer bientôt en politique. A ce sujet, il a répondu, et s’il n’exclut pas de s’investir un jour à l’échelle locale, il assure être profondément apolitique et vouloir rester loin des institutions. D’ailleurs, il n’a pas caché avoir été approché à plusieurs reprises par certaines figures politiques, desquels il a systématiquement réfuté les propositions.

Après tout, pourquoi chercher le pouvoir quand on a déjà tout gagné ? Aujourd’hui, Soso est un artiste accompli, un chevalier de la paix et un médiateur anti-criminalité qui préfère donner aux jeunes de l’espoir autrement. Pour tout ça, lui, sa famille, ses proches et la Bonne Mère peuvent être fiers du chemin accompli.