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Soprano, La Caution, Laylow … Le rap français et la science-fiction
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Soprano - capture clip "Près des étoiles"
Soprano - capture clip "Près des étoiles"

Soprano, La Caution, Laylow … Le rap français et la science-fiction

Avec Trinity (Laylow) ou Chasseurs d'Étoiles (Soprano), le rap français mise de plus en plus sur l’imagerie des univers de science-fiction.

Dans un avenir lointain (environ 25000 ans), une grande partie de l’univers est colonisée, et toute forme d’intelligence artificielle est interdite. Différents types d’humains coexistent, chacun développant un talent particulier pour pallier le travail des algorithmes : calcul de trajectoires, manipulation génétique, etc. Une substance particulière (que tout le monde convoite, et qui se monnaye très cher, forcément) permet le développement de ces talents, mais manque de bol, elle ne pousse que sur une seule planète, aux conditions désastreuses : un immense désert de sable, où il faut affronter des températures inhumaines, des tempêtes destructrices, et d’immenses vers des sables. C’est le pitch très grossièrement résumé de Dune, grand classique de Frank Herbert, déjà adapté au cinéma par David Lynch en 1984. 

L’une des grosses actualités culturelles de la rentrée est donc la sortie d’une nouvelle adaptation par Denis Villeneuve, un mec avec une filmographie franchement solide (Incendies, Prisoners, etc), qui a déjà prouvé ses capacités à porter de la science-fiction à l’écran : Arrival, son adaptation de l’excellente nouvelle Story of your life (Ted Chiang), était une franche réussite en 2016, et son Blade Runner 2049, sorti en 2017, a réussi l’exploit de ne pas souffrir de la comparaison avec l’oeuvre originale. Il y a donc de grandes chances que Dune, chapitre I, soit un gros évènement à sa sortie en France, le 15 septembre. 

Le rap français n’hésite jamais à s’inspirer des grandes sagas du petit ou du grand écran, comme ça a été le cas avec Star Wars ou Game of Thrones, et on peut espérer quelques références aux personnages de la saga, notamment du côté de PSO Thug : Oscar Isaac interprétera ainsi le dénommé Leto Atréides. Ce ne serait pas la première fois que les univers de science-fiction s’introduisent dans le monde du rap français. 

L’un des blockbusters musicaux de la rentrée, Chasseur d’Etoiles, le nouvel album de Soprano, est très imprégné par les univers de science-fiction des années 80-90. La nostalgie de cette époque se ressent aussi bien sur le plan des sonorités de l’album que de l’imagerie des clips. Leur scénario rappelle les longs-métrages des films de Steven Spielberg ou Robert Zemeckis : une bande d’enfants affronte l’armée américaine, qui cache au monde l’existence d’OVNIS. De la science-fiction bon-enfant, très éloignée de la hard-SF d'auteurs comme Liu Cixin ou Greg Egan, mais qui témoigne de l’intérêt de nos rappeurs pour le genre. 

Déjà, dans les années 90, IAM s’aventurait sur les planètes lointaines, en particulier par le biais de références à l’univers de Star Wars. Plus tard, certains groupes ont permis au rap français de se décomplexer et d’élargir son petit monde : c’est par exemple le cas de La Caution. Les deux frères de Noisy-le-sec ont développé un univers extrêmement large tout au long de leur discographie, distillant énormément de références différentes : cinéma, football, Yves Duteil, etc. La science-fiction fait partie de leurs nombreuses influences, en particulier pour Hi-Tekk. Le plus chevelu des deux frères a régulièrement évoqué son amour pour l'œuvre de Philip K.Dick, qu’il s’agisse du roman Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? ou de son adaptation cinématographique peu fidèle Blade Runner, mais aussi pour d’autres auteurs et films rarement -pour ne pas dire jamais- cités dans le rap français (l’Armée des douze singes, Moon, Soleil Vert, etc). 

D’autres poussent même plus loin : James Delleck et Le Louage s’associent par exemple sur quelques projets conceptuels fortement inspirés par différents sous-genres de la science-fiction, du post-apocalyptique au cyberpunk. L’absence de véritables moyens ne permet malheureusement pas d’accompagner l’ensemble de clips véritablement ambitieux. 

Dans un style différent, Don Choa nous plonge lui aussi dans un univers post-apocalyptique sur son premier album solo, dans une ambiance qui pourrait rappeler celle de Mad Max : “60 degrés, orage de feu, pluie de météorites" / C'était horrible répètent les deux seuls survivants / Tout en se nourrissant du cadavre radioactif d'un chien errant / Buvant de l'eau orange sous un ciel rouge

Pendant longtemps, l’essentiel des mariages entre rap français et science-fiction se résume très majoritairement aux références à la saga Star Wars … sachant que pour les fans de SF, l’univers de George Lucas oscille plutôt entre fantasy et space-opéra. Le seul autre film à pouvoir revendiquer une véritable influence sur le rap français s’intitulé Matrix : la trilogie des Wachowski a été citée dans un nombre incalculable de punchlines, de Booba à Alpha Wann en passant par Ol Kainry et Kaaris. La plus grosse inspiration est bien sûr à retrouver du côté de Laylow, qui s’est appuyé sur l’univers du film pour construire un album complet sur l’univers du film, mais en écrivant son propre récit. 

S’il ne fait pas forcément référence directement à des œuvres déjà existantes, Kekra est également un nom à prendre en compte quand on s’intéresse aux rapports entre rap et science-fiction. Certains de ses clips sont en effet de véritables courts-métrages scénarisés impliquant des intelligences artificielles, des univers futuristes, des robots … Putain de salaire est incontestablement l’un des plus beaux clips de rap de ces dernières années, réunissant tout l’attirail d’un film qui pourrait être réalisé par Neil Blomkamp, et pas mal de thématiques chères à la SF : décor proche du cyberpunk, milice contrôlant la ville, population miséreuse malgré les avancées technologiques, robots de combat gigantesques, etc. 

Le lien entre rap et SF est encore plus fort dans le clip de CLS :  Kekra restitue des scènes de la vie classique d’un dealer, en substituant les clients par des robots humanoïdes et les doses de produits stupéfiants par des objets électroniques. 

Longtemps vue comme un genre difficile à exploiter par le rap français, réservée aux exercices de style ou à une catégorie d’artistes un peu à part, la Science-Fiction est de plus en plus présente chez les têtes d’affiche. On retrouve régulièrement une ambiance spatiale chez PNL, par exemple : le fameux “live dans l’espace”, la cover de Deux Frères, l’atmosphère de titres comme Déconnecté, les fameuses capsules spatiales dispersées dans toute la France pour annoncer la tournée … 

Pour finir, impossible de ne pas citer Jul, et ses innombrables allusions aux Ovnis. Cités dans ses refrains, présents dans ses clips, disponibles en objets dérivés, ces personnages extra-terrestres sont devenus de véritables symboles de l’univers du rappeur marseillais.