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Sopico, la force tranquille et la tête dans les nuages
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Sopico - session photo à Toulouse
Sopico - session photo à Toulouse ©AFP

Sopico, la force tranquille et la tête dans les nuages

Avec la sortie de son premier véritable album solo, Sopico prend de la hauteur avec sa guitare et quitte son 18eme pour nous offrir un voyage musical dans les nuages.

Pendant que certains courent après le temps, l’argent et le succès, Sopico est aux antipodes de la fast-life du rap game. Électron libre dans un monde qui va trop vite, il a choisi de s’affranchir de toute forme de pression, autant que des barrières stylistiques. Résultat, voilà dix ans que l’ex membre du collectif parisien 75eme Session opère tranquillement et en toute discrétion pour créer la plus belle musique qui soit. Récemment, le rappeur venu du XVIII eme arrondissement de Paris est justement revenu avec un nouveau projet Nuages. Mais avant d’arriver aussi haut dans le ciel, il lui a évidemment fallu décoller et prendre son envol.

Sopico prend son envol… Tranquillement

On s’en souvient, après les sorties successives de son premier projet Mojo et de sa mixtape 2075 en collaboration avec Hash24, c’est réellement avec sa performance pour Colors que sa carrière prend son envol. Armée de son instrument fétiche et de sa palette vocale, Sopico signait une interprétation poignante d’un morceau guitare / voix et n’a pas manqué d’attirer tous les regards sur lui. Le hasard ou la chance ? Se demandait-on alors... Non, rien de tout ça, juste le talent.

Après cette prestation lumineuse, et toujours accompagné de son fidèle instrument à cordes, il enchaîna rapidement avec une série de sessions acoustiques baptisée Unplugged. Le succès critique est là, mais contre toute attente, il refuse de tomber dans le piège et d’être catalogué « rappeur de balades acoustiques ». C’est pourquoi son projet suivant, Yé, reprendra, entre autres, les titres présentés lors de ses lives sessions précédentes, mais en leur offrant une couleur plus rap avec de véritables productions hip-hop.

Nouveau succès d’estime oblige, les choses vont commencer à s’accélérer pour Sopico. Son exposition monte et tous les médias spécialisés parlent déjà de lui comme étant l’étoile montante de 2018, une future star du rap français prête à exploser. En fin de compte, on aurait pu s’attendre à ce que l’adrénaline provoquée par son succès naissant le pousse à définitivement enfoncer les portes du game, mais non. A l’inverse, il a préféré s’éclipser pour prendre du temps pour lui et profiter des avantages offerts par sa nouvelle vie. Ainsi donc, pendant plus d’un an et demi, sa vie sera rythmé par une flopée de dates de concerts, de nouvelles rencontres et des voyages partout dans le monde.

Ces découvertes au-delà des frontières de son 18ème vont nourrir grandement son esprit et son cœur et lui permettront de consolider brique par brique l’univers musical qu’il façonne depuis 2011. Voyager pour mieux se retrouver en somme. De ces évasions géographiques successives naquit alors Episode 0, un projet de transition balancé pendant le confinement et qui le mènera progressivement jusque dans les Nuages, du nom de son dernier projet sorti le 15 octobre 2021. Un album de guitare / voix plus personnel et intimiste que jamais.

Nuages, la fusion aérienne de Sopico et de sa guitare

« Après avoir fait le tour du monde, tout ce qu’on veut c’est être à la maison », disait Orelsan dans « La Terre est Ronde ». Une punchline qui n’a pas visiblement pas manqué de résonner dans l’esprit de Sopico. En effet, après plusieurs projets résolument plus rap, en rupture avec ce qu’il avait proposé pour Colors, il signe avec Nuages, un retour assumé à ses premiers amours acoustiques.

Mais avant de nous envoler pleinement dans les airs, revenons un peu plus d’un mois en arrière, juste avant le décollage du rappeur parmi les cumulus.

Le 3 septembre dernier, une tempête aussi surprenante inattendue s’abat sur le rap game. Après plus d’un an d’absence, Sopico revient sans crier gare avec un clip inédit, « Slide ». Bien qu’il ait depuis toujours accordé une place importante au visuel, nul doute que personne ne pouvait s’attendre à un tel niveau de qualité.

En effet, ce clip est une véritable claque visuelle et musicale. Perché en haut et marchant à l’horizontale sur la tour Pleyel, Sopico exulte son retour tel une star du rock. Assurément, l’ombre de Nirvana, de Kurt Cobain et des Red Hot Chilli Peppers plane au-dessus du rappeur et le public en reste bouche-bée.

La bombe est lâchée sur le game et l’impact est énormissime. Le clip atteint carrément le million de vues à peine 24h après sa sortie, c’est dire. A l’heure où nous écrivons ces lignes d’ailleurs cumule déjà plus du double, soit plus de 2 millions de vues et est encore assurément l’une des plus belles vidéos musicales que nous a offert le rap français cette année. Plutôt chill dans ses exigences jusqu’à présent, Sopico donne le ton et semble revenir avec de grandes ambitions, mais toujours avec aussi peu de pression.

Une nouvelle fois co-réalisé avec Maxim Nucci, son acolyte de longue date aux multiples casquette aka Yodelice, ce projet est une véritable ode à l’évasion. Comprenez qu’en concoctant les treize titres de Nuages, Sopico n’avait alors qu’une idée en tête : celle de nous faire voyager. Une aubaine disons-le, après ces deux malheureuses années confinées.

Ceci dit, une fois avec lui dans les nuages, ne vous attendez pas à de grandes histoires. Cet album brille davantage par son ambiance et sa construction globale que par la profondeur de ses textes. « J’écris pas des rimes mais des extraits de moods », comme il le rappe si bien dans « Wave ». Sopico est connu pour être un éternel rêveur. Rien d’étonnant alors à ce que sa musique soit abstraite et en appelle à l’imagination et à l’interprétation de ses auditeurs. Quand bien même le rappeur nous propose des textes simples, ils sont universels, bienveillants, teintés de nostalgie, et positifs plutôt que mélancoliques. Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, le ciel nuageux de Sopico n’est pas totalement gris, mais illuminé de douces éclaircies.

On sent effectivement qu’en dépit des tracas qu’il traverse comme tout le monde au quotidien, il est heureux d’être là où il est. Le morceau « Tout va bien » résume d’ailleurs à lui seul son état d’esprit positif et délivre le message suivant : « Quoi qui puisse nous arriver dans la vie, ça va aller ». Des mots authentiques, rassurants et emplis d’abnégation qui réchaufferont le cœur de n’importe qui. Quel plaisir de constater qu’enfin, après dix ans de rap, Sopico a semble t-il trouvé dans le gris des nuages, son entière liberté artistique.

https://www.youtube.com/watch?v=mevCxo8tNkI

Une liberté totale dont témoigne la direction artistique minimaliste de cet opus. Dans une volonté farouche de pleinement s’assumer tel qu’il est, l’artiste ne laisse aucune place aux artifices dans son album et impose avec panache son univers guitare / voix. Ici, pas d’autotune, pas de véritable hits, quasiment aucune instrumentation, mais des instrumentales prolongées et surtout, aucun featuring. Dans ses Nuages, il est seul face à lui-même et son public, en fusion parfaite et totale avec son instrument prêt à nous transmettre des émotions de la manière la plus intime qui soit.

Faire la musique qu’il aime en touchant le cœur des gens, c’est finalement tout ce qui compte pour Sopico. A une époque où les rappeurs se font tous la course aux certifications, lui préfère se concentrer sur ses objectifs créatifs. Une chose est sûre, c’est qu’après cet album il ne compte pas s’arrêter là. Quand bien même il continuera d’avancer la force tranquille, hors de question pour lui d’à nouveau jouer les abonnés absents aussi longtemps. Il a d’ailleurs fait savoir qu’il était déjà prêt à enchaîner, avec toujours cette même ambition de prendre du plaisir proposant des morceaux intemporels.

Les questions qu’on se pose maintenant c’est : Après son escapade intimiste dans les nuages, continuera-t-il de faire cavalier seul avec sa gratte ? Proposera-t-il davantage de storytelling inspiré de son vécu ? S’ouvrira-t-il plus largement aux collaborations, quelles qu’elles soient ? L’avenir nous le dira. Dans tous les cas, il lui tend les bras et la seule chose qu’on lui souhaite, c’est de rester lui-même. Ce visage, même s’il laisse parfois couler quelques larmes lui va si bien.