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SCH : "A7", pourquoi un tel succès ?
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SCH - cover "A7"
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SCH : "A7", pourquoi un tel succès ?

“Mixtape de rap français la plus vendue de l’histoire”, A7 est un disque toujours aussi écouté, six ans après sa sortie. Qu’est ce qui explique cette longévité ?

L’actualité du rap français, plutôt plate cet été, ne s’agite toujours pas malgré la rentrée de septembre. La période est donc propice aux rumeurs (l’album d’Orelsan), aux clashs, et aux infos sans queue ni tête (cliquez vite pour savoir de quelle recette de pâtes raffole Riyad Mahrez !). Les médias rap se sont donc jetés sur une statistique dénichée par le compte RapFRActus et relayée par Kultur : avec ses 450.000 exemplaires, A7 serait la mixtape la plus vendue de l’histoire du rap français. 

Évidemment, cette donnée est plutôt anecdotique, rien n’empêchant de comptabiliser ce projet sur le même plan que de véritables albums. Certes, A7 a toujours été présenté comme une mixtape, mais : 

- le projet a été marketé comme un album, avec une grosse promo et quasiment la moitié de la tracklist clippée

- l’ambition artistique et la cohérence de la tracklist correspondent bien plus à un format album qu’à un format mixtape. 

- la distinction entre album, mixtape, et “projet” a de moins en moins de sens à partir de 2015

Quoi qu’il en soit, s’approcher du demi-million d’exemplaires vendus reste un exploit assez exceptionnel, à plus forte raison quand on se souvient que le démarrage était solide sans pour autant briser des records : 12.496 en première semaine, et un disque d’or glâné en 4 mois (avant la prise en compte du streaming). Les chiffres actuels d’A7 témoignent donc de l’excellente longévité du projet, toujours écouté en masse une demi-douzaine d’années après sa sortie. 

A7 est aujourd’hui considéré comme l’un des derniers grands classiques en date du rap français, et l’un des seuls disques de sa décennie à faire l’unanimité. Modèle d’équilibre entre succès critique et performance commerciale, cette mixtape possède tous les ingrédients de la réussite. 

Un projet maturé pendant une décennie entière

Au cours des années qui ont suivi sa sortie, A7 est apparu comme une véritable malédiction pour Sch. Arrivé dans le rap avec un premier projet d’un niveau stratosphérique, il devait nécessairement voir ses disques suivant souffrir de la comparaison : Anarchie (2016) et Deo Favente (2017) ont divisé les fans, avant que JVLIVS (2018) ne mette à nouveau tout le monde d’accord. Sch l’a expliqué plusieurs fois : si A7 est un disque aussi dense, mature et solide, c’est qu’il constitue la somme d’années de travail dans l’ombre. 

Quasiment dix ans s’écoulent en effet entre ses premiers textes griffonnés sur un vieux cahier et la sortie du projet. Dix années pendant lesquelles Sch vit mille galères, subit des trahisons, regarde le désespoir dans les yeux, et accumule suffisamment d’amertume et de rage pour tout recracher plume en main. Sans ces éléments, cette première mixtape n’aurait pas eu un tel impact. Forcément, il était impossible de reproduire le même processus créatif sur les projets suivants, ce qui explique en partie pourquoi ils ont moins convaincu. Bien qu’il s’agisse du tout premier projet de sa discographie officielle, A7 est aussi abouti que s’il avait été écrit par un vétéran. 

Des thématiques aux sonorités : un disque intemporel

On l’a dit en introduction de l’article : ce qui impressionne dans les chiffres actuels d’A7, c’est bien la longévité de ce projet, toujours aussi écouté alors qu’il est sorti avant l’ère du streaming. L’une des raisons de cette durée de vie impeccable tient dans l’écriture de Sch : la majorité des titres sont très personnels, traitant de notions universelles comme l’amitié, la trahison, l’espoir, ou le deuil. Ces thématiques ont l’avantage de toucher tout type d’auditeur, quels que soient son sexe, sa classe sociale, ou son âge, et font donc toujours sens en 2021, comme elles pourront faire sens dans un siècle (si l’espèce humaine est toujours là). 

Au-delà de cette forte dose d’introspection, A7 doit aussi son aspect intemporel aux sonorités choisies par ses compositeurs : la première moitié de la tracklist est globalement sombre, la deuxième est plus ouverte, mais l’ensemble reste parfaitement cohérent. Certains titres sont même avant-gardistes, à l’image de Gomorra, resté l’un des plus gros classiques de Sch par son ambiance cinématographique, sa maîtrise des effets de voix et sa production grandiloquente. 

Un bon équilibre entre rap pur et tubes

C’est l’une des grandes difficultés du rap actuel : construire un projet cohérent avec des tubes porteurs tout en maintenant un certain niveau d’exigence sur le plan du rap n’est pas une mince affaire. C’était encore plus vrai il y 6 ans, avant que le rap français n’opère sa transition vers des sonorités plus légères. C’est d’ailleurs ce qui pose question dans l'appellation “mixtape” d’A7 : l’ensemble est aussi équilibré et cohérent qu’un bon album. 

Globalement, la première moitié de la mixtape, composée par l’écurie Katrina Squad, se veut plus sombre et plus dense que la seconde moitié, plus sucrée, avec des titres comme Champs-Elysées ou Fusil, qui dénotent avec A7, Solides ou Gédéon, mais qui constituent des gros tubes et portent le projet sur le plan des chiffres. 

L’un des actes de naissance de l’ère actuelle

La décennie 2010-2020 est une période de transition pour le rap français, passé de la crise de l’industrie du disque à l’ère du streaming et des pluies de certifications. Quelques disques symbolisent cette évolution générale, qui a impacté tout un genre musical de façon profonde : nouvelles sonorités, évolution de l’interprétation, modes d’écoute révolutionnés, importance de l’image, etc. A7 concentre l’essentiel de ces bouleversements : l’utilisation des effets de voix est novatrice, le travail sur les clips marque les esprits, le personnage de Sch dénote totalement avec le reste du milieu rap … 

Plus sophistiqué, plus cinématographique, il influence par la suite de nombreux artistes, et permet au rap français de se décomplexer un peu plus. Aux côtés d’Or Noir, de QLF, et de quelques autres projets majeurs, A7 se pose donc un marqueur du basculement qui s’opère dans le rap français au milieu de la décennie.