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Retour sur "Néochrome Hall Stars Game"
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Pochette album "Néochrome Hall Stars Game"
Pochette album "Néochrome Hall Stars Game"

Retour sur "Néochrome Hall Stars Game"

"Néochrome Hall Stars Game", réunissant Seth Gueko, Alkpote et Zekwe et pleins d'autres guests s'est avéré plein de surprises.

Très répandu aux Etats-Unis, le principe d’album commun entre gros noms du rap est historiquement peu exploité en France : on se souvient des réunions entre LIM et Alibi Montana, entre Ol Kainry et Dany Dan, ou, dans un autre genre, de la Team BS. En 2012, l’écurie Néochrome a tout de même trouvé la force de réaliser un vieux fantasme de beaucoup d’auditeurs de rap de l’époque, en réunissant sur un même projet les trois principales têtes d’affiche du label : Seth Gueko, Alkpote et Zekwe. 

Si l’album n’a pas eu un impact monumental sur le rap français de l’époque, sa simple existence est un petit miracle. D’abord, comme on l’a dit, parvenir à associer deux noms sur une même tracklist est déjà relativement difficile ; réunir trois rappeurs, c’est donc ajouter un obstacle supplémentaire. Ensuite, quand on connaît la situation compliquée de Néochrome au cours des années qui ont suivi, on ne peut que se féliciter qu’un projet aussi ambitieux ait pu voir le jour au bon moment. 

Chacun tire l’album dans une direction

Propension à mêler humour et rap plus hardcore, importance des rimes multisyllabiques, name-droppings et références bien à part … Les univers des trois artistes à l’affiche du projet partagent un certain nombre de similitudes. Pourtant, la grande force de Néochrome Hall Stars Game tient dans sa diversité et dans la capacité de chacun des rappeurs à s’adapter à des ambiances et thématiques pas forcément naturelles pour eux de prime abord. Alkpote se laisse par exemple aller à des phases plus introspectives qu’à son habitude (même si mon fiston déconne et choisit de suivre ma voie, il ne faut pas que je sois trop dur), Zekwe aborde le sujet politique (l'Élysée a bruni quand la Maison Blanche a noirci) et Seth Gueko fait parler sa fibre romantique (elle veut que son cœur palpite, sentir sa gorge nouée). 

L’exemple le plus probant s’appelle Juste à côté, un titre où chacun livre ce qui lui passe par la tête sur la thématique “à côté. Zekwe démarre avec ce qu’il sait faire de mieux, un couplet bourré d’humour (j'suis à la BNP : Branleur Naturellement Pauvre) et de punchlines (tous les jours déchiré, comme le costard de Clark Kent) avant que Seth Gueko gère un refrain efficace et qu’Alkpote nous ramène dans son univers toujours tiraillé entre damnation et espoirs de rédemption (Rejoins-moi dans les bois, juste à côté / Le Diable m'a chaperonné, j'espère qu'Allah va m'pardonner). Enfin, pour laisser suffisamment d’espace à chaque personnalité, Seth, Zek et Alk ont chacun droit à un solo. 

Des invités à la hauteur 

Si le casting de départ se suffit à lui-même, avec les trois têtes d’affiche majeures du label, Néochrome Hall Stars affiche également une liste d’invités assez folle. Niro sur Tiger Hood, Dinos époque Punchlinovic sur La nuit nous appartient, Katana, Boudjma … Surtout, on a droit à un posse-cut format XXL avec des noms comme Fianso, Lino, Joe Lucazz, Sadik Asken, Nakk ou encore Katana. 

Une ambition d’ouverture au delà du rap hardcore 

A l’époque de la sortie de l’album, les auditeurs s’attendent avant tout à retrouver l’essence de l’écurie Néochrome : du rap très sale, beaucoup d’insultes, de métaphores sexuelles, et pas une once de respect pour qui que ce soit. Malgré un état d’esprit général assez proche de cette idée, Néochrome Hall Stars Game s’inscrit dans une démarche différente, détaillée par Zekwe dans une interview pour Le Blavog en 2014 : “Le but, on va pas se mentir, c’était de passer en radio. On voulait vendre, tout simplement. Après, bien sûr, on voulait pas faire des trucs débiles non plus, on voulait que ce soit homogène.

Evidemment, tout ne se passe pas comme prévu, et non seulement les radios n’adhèrent pas, mais en plus, certains auditeurs restent sur leur faim.On en a pas vraiment parlé dans les interviews, mais y’a eu une 1ère version du CD qui a été faite, et qu’on a décidé de ne pas sortir. Avec le recul, c’était vraiment le CD que les gens attendaient de Neochrome : un truc crado. Un peu trop crado même, résultat on a tout jarté, on a gardé que deux titres, et on a refait tout le reste. [...] On a écouté le truc, on s’est dit "ça tue, mais les gens vont s’attendre à ça".” Finalement, c’est donc un album plus ouvert qui voit le jour, poussé en partie par les idées de Zekwe. Une bonne chose, même si les objectifs n’ont pas été atteints. 

Des moments de fun 

Néochrome Hall Stars Game n’est pas un album hyper sérieux pour autant, et avec des profils comme Seth Gueko, Zekwe et Alkpote, il est évident que la moitié de la tracklist soit synonyme de joie et de bonne humeur. Entre titres axés égotrip (Néochrome Click, Le Machin) et vrais moments de folie (Chakaboom), les punchlines (J'ai vu ta came, ton kalash dans ton vidéo-clip, c'est ton compte YouTube qui va te livrer aux flics) et les moments légers (“j'suis un Pokémon rare, j'fume du marocain en maillot d'bain”) s'enchaînent. 

Des thématiques inattendues

La volonté d’ouverture de l’album se traduit par des choix inhabituels sur le plan des thématiques, en particulier pour Alkpote et Seth Gueko (Zekwe est plus touche-à-tout) : message d’espoir sur J’y arriverai, ambiance romantique sur Elles Veulent, hymne à la défonce sur J’suis die, ou encore prise de conscience politique sur Monsieur Président. 

Dans le cas d’Alkpote en particulier, la démarche est intéressante car sa discographie solo n’offre pas une telle variété de sujets. Les thématiques sont plutôt épisodiques chez lui, et on sent bien que sur Néochrome Hall Stars Game, il s’est adapté à la direction proposée. Il le fait de fort belle manière en démontrant qu’il est en réalité capable d’être aussi efficace sur ce genre de titre. La prestation d’Alk sur cet album est donc un cas un peu particulier au sein de sa discographie, raison de plus de ne pas passer à côté.