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Retour sur "Faces", la magnifique mixtape ressuscitée de Mac Miller
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Mac Miller - concert Camp Flog Gnaw en 2014 (Chelsea Lauren)
Mac Miller - concert Camp Flog Gnaw en 2014 (Chelsea Lauren) ©Getty

Retour sur "Faces", la magnifique mixtape ressuscitée de Mac Miller

Puisqu’il est toujours bon de se souvenir des grands artistes disparus, revenons ensemble sur Faces, l’ultime mixtape de Mac Miller récemment publiée sur les plateformes de streaming.

En ce jour tragique du 7 septembre 2018, la planète rap perdait l’un de ses plus talentueux représentants, Mac Miller. Plus de trois ans après la mort par overdose du rappeur et producteur de Pittsburgh à l’âge de vingt-six ans, son héritage musical continue de vivre dans les oreilles et les cœurs de nombreux fans. Désireux de rendre ses travaux encore plus immortels, ses proches ont alors décidé, non pas de sortir un nouvel album posthume, mais de nous léguer l’un de ses précédents projets, Faces, sa onzième et ultime mixtape initialement sortie en 2014.

Voilà qui tombe bien puisque cet opus acclamé par la critique et le public à sa sortie il y a sept ans, reste encore à ce jour l’une des plus belles pièces musicales de la discographie de Malcolm James McCormick. On dit souvent que les artistes donnent naissance à leurs plus belles œuvres quand ils sont au plus mal, pour le rappeur de Pittsburgh, ça n’a jamais été aussi vrai.

"Faces" : Mac Miller face à ses démons

Petite remise en contexte tout d’abord : cette mixtape a été produite en totale indépendance et rendue disponible en téléchargement gratuit le jour de la fête des Mères de l’année 2014, le 11 mai pour être précis. Les fans de Mac Miller le savent sans doute, mais ce projet est la suite de son deuxième album studio, le somptueux Watching Movies with the Sound Off sorti en 2013.

La parenté de Faces avec son album à la pochette rouge se retrouve en premier lieu dans les influences musicales qu’ils partagent. En effet, Mac Miller, en plus d’avoir produit lui-même la majorité des morceaux du projet sous le pseudonyme de Larry Fisherman, a poursuivi les expérimentations psychédéliques entamées dans son deuxième album studio.

Dans une volonté de pousser cette direction encore plus loin et pour coller au ton sombre, résolument plus personnel et introspectif de l’opus, il est allé puiser ses inspirations dans une couleur musicale plus jazzy. Une influence qu’il avait par ailleurs déjà explorée en surface dans son projet You, sorti en novembre 2012, sous le nom de l’un de ses nombreux alter ego, Larry Lovestein.

Mais au-delà de ses qualités musicales incontestables, d’autres éléments expliquent pourquoi cette mixtape est considérée par beaucoup de fans de l’artiste comme un chef-d’œuvre rapologique. C’était bel et bien la première fois que le rappeur abordait aussi profondément ses expériences psychotropes et sa lutte contre la toxicomanie. A l’inverse de Circles qui illuminait ses derniers jours d’une vibe positive, Faces nous replonge dans les moments les plus sombres de sa vie.

Composée d’un total de 24 titres, la mixtape originale rassemble aux côtés de son auteur une flopée de guests. En vrac, on retrouve Rick Ross, Earl Sweatshirt, Schoolboy Q, Mike Jones, Sir Michael Rocks, Vince Staples, Dash et Ab-Soul. Cerise sur le gâteau, Mac crédite même King Ralph of Malibu, son chien adoré sur le morceau « Angel Dust ».

Côté production, en plus des sonorités jazzy omniprésentes, on trouve également de nombreux samples vocaux. On entend notamment la voix de l’écrivain Charles Bukowski dans "Wedding", celle du célèbre reporter Hunter S. Thompson dans "Funeral", sans oublier le passage de Bill Murray repris de la comédie Meatballs sortie en 1979 dans l’intro du titre "It Just Doesn't Matter. C’est d’ailleurs la non-clearance de certains de ces samples qui ont empêché durant toutes ces années le déploiement du projet en toute légalité sur les plateformes de streaming. Sept en plus tard, les formalités désormais réglées, la mixtape Faces est enfin disponible en ligne, remasterisée et rééditée avec le morceau « Yeah » en bonus. Un titre qui avait fuité sur la toile en 2019 et initialement intitulé « 8:21 AM ». C’est également la première fois de son histoire que la mixtape est disponible en vinyle.

Bien entendu, ce n’est pas la seule surprise que nous a réservé l’entourage de Mac Miller. A l’occasion de cette réédition, le réalisateur Sam Manson a signé un clip inédit pour le morceau « Colours and Shapes ». Au centre de ce visuel animé et chiadé, on retrouve le chien de Mac Miller emporté et plongé dans les délires psychédéliques de son maître. Sous LSD, les péripéties sont périlleuses, mais le héros à quatre pattes s’en sort indemne et fini par flotter en conquérant, aux confins de l’univers.

Également, pour ceux désireux de retrouver le rappeur au centre du propos, Sam Balaban cette fois a réalisé « Making Faces », un court-métrage retraçant la conception de la dite mixtape à l’époque. Grâce à de nombreux témoignages et images d’archive, on replonge non sans plaisir et nostalgie dans les coulisses de la création de cette masterpiece.

La réalité qui ressort de ces images, c’est que Mac Miller était un passionné de musique. Il n’hésitait pas à s’enfermer des jours entiers en studio pour créer la meilleure musique possible. Mais contrairement à un Kanye West qui a prouvé qu’il pouvait être un véritable tyran en studio, le rappeur de Pittsburgh veillait systématiquement à ce que tous ses collaborateurs travaillent dans un climat confortable et bienveillant. A la vue de ces deux productions visuelles inédites et chiadées, il est réjouissant de voir à quel point les proches du rappeur se donnent les moyens pour magnifier le plus possible son héritage.

Il est vrai qu’à aucun moment depuis la mort de Malcolm, nous ne pouvons blâmer son entourage d’avoir sorti des projets uniquement pour faire de l’argent en surfant sur sa disparition. Contrairement à l’exploitation morbide dont ont été victimes d’autres artistes disparus, chez Mac Miller, tout est fait dans la plus grande minutie et dans le seul et unique but d’honorer sa mémoire.

Un exemple pour le business post-mortem

Souvenez-vous, il y a quelques semaines sur Mouv, on passait un violent coup de gueule contre le buisness sans pitié mais assurément lucratif des albums posthumes. Il faut dire que les sorties post-mortems bâclées et opportunistes de DMX et Pop Smoke n’avaient pas manqué de mettre le feu aux poudres. Malgré tout, dans l’industrie musicale, il existe encore quelques bons élèves qui nous permettent de garder foi en l’humanité. Parmi eux assurément, on trouve la famille de Mac Miller.

Il est vrai que depuis le jour de la disparition malheureuse du rappeur, ses proches se sont montrés exemplaires. Aucune sortie médiatique sensationnelle, des hommages en toute sobriété et surtout, une volonté affichée de faire perpétrer son héritage musical, sans l’exploiter comme une vache à lait. C’est d’ailleurs dans cette démarche honorable que le 17 janvier 2020 est paru Circles, le seul véritable album posthume de Mac sorti à ce jour (et sans doute le dernier). Un disque authentique et magnifique qui respectait à la lettre les volontés et les plans artistiques de Malcolm.

Après quoi, plutôt que de tirer sur la corde en proposant des inédits construits de toutes pièces, ils ont donc choisi de dépoussiérer quelques anciennes pépites de son répertoire. Avant Faces, c’est K.I.D.S, sa mixtape phare initialement sortie en 2010 qui débarquait pour la première fois sur les plateformes de streaming l’année dernière. Une aubaine pour les fans tant cette mixtape a permis à Mac Miller de se révéler aux yeux du grand public.

Choisir de donner une seconde vie à des pièces méconnues de la discographie d’un artiste plutôt que de construire artificiellement des nouveaux titres insipides et sans saveur : voilà une belle idée dont devraient s’inspirer plus souvent les requins du marché morbide des albums posthumes. Malcolm James McCormick peut être fier des siens. On imagine aisément que s’il repose en paix aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à eux.