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Rap Maps : Nanterre-Courbiche, de l'ombre à la lumière avec Kekra, Brvmsoo...
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Kekra (DR) x Brvmsoo (capture Clip)
Kekra (DR) x Brvmsoo (capture Clip)

Rap Maps : Nanterre-Courbiche, de l'ombre à la lumière avec Kekra, Brvmsoo...

Peu connu du rap français, le quartier Nanterre-Courbiche, s'est maintenant fait une place de choix grâce aux sensations Kekra et Brvmsoo. Suivez le guide.

Plus réputé pour le quartier d’affaires de La Défense (situé à cheval sur quatre communes différentes) ou pour la qualité de son campus universitaire que pour sa scène rap, la zone Nanterre-Courbevoie-Puteaux s’est tout de même fait remarquer ces dernières années avec les percées successives de Kekra et Brvmsoo. Des rappeurs à l’univers plutôt street, donc, à l’opposée de l’image renvoyée par l’environnement local, où l’on s’attend plus à croiser des businessmen en costume-cravate ou des étudiants en plein échange Erasmus. 

L’environnement 

Vu de l’extérieur, la zone apparaît comme l’un des principaux pôles économiques et culturels de la petite couronne parisienne, d’autant qu’elle présente des caractéristiques très visibles : les grandes tours de la Défense, le centre commercial des Quatre-Temps -le plus visité en France chaque année-, les rues de Puteaux où se déroulent régulièrement des tournages pour des films majeurs, le campus universitaire de Nanterre, ou encore la U-Arena, plus grande salle de spectacles d’Europe et deuxième plus grande salle omnisports du monde. Malgré ces marqueurs très forts, Courbevoie et surtout Nanterre présentent aussi des aspects dont la politique locale se vante moins : une prison surpeuplée où les détenus dorment parfois sur un matelas à même le sol, faute de lits disponibles ; des quartiers populaires où s’entassent des populations laissées en marge (Zilina, Pablo Picasso, Louis Blanc, Normandie …) ; et pas mal d’affaires complexes à gérer, entre grand-banditisme et violences. 

Le moment où le monde a découvert Nanterre : Naja puis Bassirou 

Moins active et surtout moins populaire que d’autres localités des Hauts-de-Seine (en particulier Boulogne, mais aussi Clichy ou Villeneuve), la scène de Nanterre-Puteaux a historiquement peiné à faire émerger de véritables têtes d’affiche à l’échelle du rap français. Naja est l’un des premiers noms à obtenir une certaine reconnaissance entre la fin des années 90 et la première moitié des années 2000. Après avoir enchaîné les apparitions sur compilations avec le groupe Reptiles (Néochrome, What’s the Flavor), il entrevoit de beaux espoirs de réussite après sa signature chez B.O.S.S, un label qui porte un certain enthousiasme à ses débuts. -même si les choses ne finiront pas de la meilleure des façons avec Joeystarr. Toujours actif, avec des titres publiés à une fréquence un brin irrégulière, Naja aura eu le mérite de rappeler aux auditeurs de rap français que le 92 était plus étendu qu’il n’y paraissait. 

Quelques années plus tard, on peut également noter la petite percée de Bassirou pendant la première moitié des années 2000, avec notamment une signature chez Def Jam appuyée par des collaborations régulières avec Dosseh. 

Le nom qui fait frissonner les puristes : Bass Click / Kool Shen

En forçant un peu (ok, beaucoup) on pourrait citer Kool Shen, installé à Courbevoie depuis une dizaine d’années. Orientons-nous plutôt vers la Bass Click, un groupe actif dès la deuxième moitié des années 90 et surtout la première moitié des années 2000. Le duo venu de Nanterre fait alors partie des rares entités à rendre concrète l’existence d’une scène G-Funk en France, malgré l’absence générale d’intérêt du public pour le genre. Sur le plan des thématiques, Adams G et Mr Bo naviguent autour de ce que les westeux ont de plus plaisant à offrir : l’amour des liasses épaisses et des gros culs, le rejet du rap conscient ou engagé (“me casse pas les couilles avec ton rap social”), et malgré tout pas mal de sujets sérieux voire graves (notamment un titre sur la pédophilie). Leur discographie s’agrémente également de quelques featurings plutôt prestigieux, que ce soit en convainquant les X-Men à poser sur un titre west ou en s’offrant des collabs avec les américains Young Bo et Police One. 

La discographie indispensable : Kekra

Avec huit projets en trois ans, tous extrêmement bien accueillis par la critique, Kekra a prouvé qu’il était possible d’allier productivité monstre avec qualité, et surtout, que se constituer une discographie solide ne nécessitait pas forcément dix ou quinze ans de carrière. Plus préoccupé par l’idée de se créer son propre créneau que par l’ambition d’aller chercher l’approbation du grand public, il occupe aujourd’hui une position ambiguë : devenu une valeur sûre et la tête d’affiche principale de la scène de Courbevoie/Nanterre, il n’a pas pour autant percé le plafond de verre -et on sent clairement que le disque d’or est le dernier de ses soucis. Son ancrage dans le 92 est régulièrement rappelé dans ses textes (“9.2 pour l'adresse dans le bluetooth de la Benz

Hauts-de-Seine comme la Colombienne” ; Celle-là c'est pour mes confrères, nigga

Courbish, Colombes et Nanterre, nigga”), et avec lui on met le pied dans l’envers du décor local, où les détaillants font face à une clientèle affluente, comme il le racontait l’été dernier chez Booska-P. Dans cette même interview, on apprend également l’une des raisons qui font que la scène rap du Nord des Hauts-de-Seine soit moins foisonnante que celle d’autres localités : “ici, c’est la honte de rapper. 

Le gros succès potentiel : Brvmsoo 

S’il n’a pas explosé définitivement et que les chiffres de vente de son premier projet, sorti en février, n’ont rien de très spectaculaire, Brvmsoo a tout de même réussi à attirer l’attention médiatique et à s’imposer comme l’un des noms à suivre aux yeux de la nouvelle génération d’auditeurs. Là où la plupart des artistes de la zone de Nanterre se sont surtout fait remarquer par leurs choix artistiques radicaux et leur style parfois loin des clous, Brvmsoo a peut-être plus de chances de toucher un public élargi, étant donné son univers musical plutôt ouvert -avec des thématiques . Encore très jeune, il a cependant tout le temps d’emprunter une direction plus affirmée, et d’affiner ses choix. Plutôt fier de représenter son hood, Brvmsoo ne se contente pas de citer les deux premiers chiffres de son code postal, mais scande carrément son adresse exacte dans les refrains de ses morceaux : 60 Pez signifie ainsi le 60 boulevard de Pesaro. 

L’exception : Billie Brelok

Entre Kekra, la Bass Click et Brvmsoo, on aurait tendance à penser que derrière son quartier d’affaires et son campus universitaire, la zone de Nanterre-Courbevoie-Puteaux a surtout fait pousser des rappeurs à l’orientation très street. Billie Brelok constitue donc en quelque sorte l’exception la plus notable, puisque son style -réellement très atypique- repose sur des fondements bien différents. Active depuis une dizaine d’années, et révélée au public par le petit buzz du titre Bâtarde en 2014, la rappeuse avait quelque peu disparu du radar depuis, plus occupée à défendre ses positions sur scène qu’à préparer de nouveaux projets en studio. Elle semble cependant bien décidée à faire entendre de nouveau sa voix : après un EP l’an dernier -dont la sortie a été relayée dans le Télématin de Thierry Beccardo, faites ce que vous voulez de cette information-, elle continue à enchaîner les lives, et devrait donner suite prochainement. Si la forme est clairement éloignée des canons du rap français, le fond l’est tout autant, puisque Billy évoque des thématiques qu’on entend peu ailleurs et pose notamment bon nombre de question sur le néo-colonialisme et l’appropriation culturelle occidentale