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Rap Maps : Bondy, scène prometteuse du rap français
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Diddi Trix et Zikxo (Capture d'écran YouTube)
Diddi Trix et Zikxo (Capture d'écran YouTube)

Rap Maps : Bondy, scène prometteuse du rap français

En pleine explosion depuis deux ans, la scène rap de Bondy est devenue l’un des pôles les plus prometteurs du département le plus dynamique du moment, la Seine-Saint-Denis.

Plus éclectique que Sevran, mieux exposé médiatiquement que Montreuil, Bondy a vu passer des artistes à la dimension mainstream assumée, des groupes purement orientés street, des carrières prometteuses avortées et des rappeurs inspirés par les sonorités west-coast. Dernièrement, un certain nombre de nouvelles têtes ont réussi des percées plus ou moins sérieuses, signe que Kylian Mbappé n’est plus le seul à pouvoir s’affirmer comme la nouvelle star locale.

L’environnement

A l’image de bon nombre de villes moyennes en Ile-de-France, Bondy est partagé entre les vestiges de son histoire séculaire et les traces d’une urbanisation extrêmement rapide, réalisée dans l’urgence au début des années 60 pour pallier à un développement démographique soudain : la commune passe de moins de 20 000 habitants à plus de 50 000 en une quinzaine d’années. Le résultat est connu : les grands ensembles construits pour être transitoires et servir de dortoirs deviennent au fil du temps des logements définitifs pour des centaines de familles. Côté points positifs, on notera tout de même que Bondy est une ville bien équipée (deux piscines, un centre hospitalier majeur, deux stades de foot, un milieu associatif actif) et plutôt bien desservie - en particulier quand la fameuse ligne 15 du métro parisien sera mise en place.

Le moment où le monde a découvert Bondy : Fat Cap

Le nom ne dira certainement pas grand chose aux moins de 25, voire de 30 ans, mais au tout début des années 2000, Fat Cap fait partie des duos (bien qu’il ait démarré en tant que trio) prometteurs que l’on imagine succéder aux grands groupes des années 90 en fin de course. L’enthousiasme autour des deux crews B.O.S.S et 4 My People, respectivement formés par JoeyStarr et Kool Shen, laisse alors à penser que la relève se trouve dans leurs rangs. 

Fat Cap, signé chez B.O.S.S, se forge une petite réputation à l’échelle nationale en plaçant des titres en rotation sur les principales stations de radio et chaînes musicales. Mieux encore, le groupe se produit au Stade de France en 2002 lors du premier concert Urban Peace, un événement majeur dans le rap français cette année-. Niveau musique, Fat Cap représente bien la jonction entre le rap des années 90 et celui des années 2000 : venus du monde du graffiti - comme le nom du groupe l’indique -, Ferk Daxxx et Bobby Buntlack oscillent entre titres ouverts à visée clairement radiophonique et morceaux plus introspectifs faisant la part belle à la plume des deux rappeurs. 

Le nom qui fait frissonner les puristes : Vicelow / James Izmad

Né à Bondy, Vicelow a laissé une trace indélébile dans l’histoire du rap français avec le Saïan Supa Crew, un groupe qui se démarque très franchement du reste du plateau au début des années 2000 grâce à ses influences entre reggae, ragga, zouk et soul. Malgré l’éclatement du collectif en 2007, le rappeur continue à rouler sa bosse en solo deux décennies après ses débuts. Là où Fat Cap, cité juste au-dessus, a représenté le lien entre rap et graffiti, Vicelow continue lui à opérer la jonction avec la danse (au sens large, puisqu’on ne parle pas ici de danse hip-hop). Sur scène, il laisse donc une place de choix à ses danseurs et danseuses, perpétuant à sa manière l’esprit du Saïan, l’un des crews les plus emblématiques de la performance live en France. 

Dans un genre différent, on citera également James Izmad, qui a connu son heure de gloire à une époque maudite pour les rappeurs : la deuxième moitié des années 2000 (crise de l’industrie du disque, explosion du téléchargement, maisons de disques qui rechignent à proposer des contrats, labels indépendants pas suffisamment forts et structurés). James Izmad réussit tout de même à se faire un nom grâce à ses apparitions sur diverses compilations (Savoir et Vivre Ensemble, Patrimoine du Ghetto, Les Yeux dans la Banlieue) mais n’explose pas totalement malgré une mixtape et un album sortis en 2007 et 2009. 

La discographie indispensable : GB Paris

Entité bien à part au sein du rap-game de la première moitié des années 2010, Grand Banditisme Paris fait aujourd’hui figure de groupe avant-gardiste, en particulier sur le plan des productions, avec notamment des beats trap cinq ans avant l’explosion de la tendance en France. Malgré une dimension street (“nique l’ascenseur social, j’bicrave au rez-de-chaussée”) voire gangsta (“y a personne entre moi et l’boss de Rotterdam”, logique quand on s’appelle Grand Banditisme) clairement assumée, Hype et Sazamyzy enchaînent en toute nonchalance les références hautes en couleurs dans leurs textes (c’est très large, des reptiliens à Emmanuel Kant en passant par Eric Woerth) comme dans leurs clips (si vous n’avez jamais vu Mickey danser au beau milieu du 93, c’est le moment de cliquer). 

On pourrait également citer les innombrables connexions du groupe, qui a quand même appris à rapper avec Booba et Kohndo, et qui a collaboré avec un éventail de rappeurs aussi large que celui de Ninho. L’ancrage des deux rappeurs à Bondy prend même une dimension assez inattendue avec le fameux “à Bondy à l'ancienne, ils ont même pas donné Louis XVI” sur le titre Royaume, référence directe à la suite du souverain déchu en 1791, passé par la commune sans se faire prendre, et donc une manière détournée pour dire que Bondy n’a jamais élevé de balances.

Le gros succès : Lartiste

Après pas mal d’années à charbonner dans l’ombre sans jamais réellement exploser aux yeux du grand public, Lartiste a fini par récolter les fruits de son travail en devenant le plus gros vendeur issu de la scène de Bondy. Auteur de quelques-uns des tubes les plus populaires en France ces dernières années (Chocolat, Catchu), il a fait évoluer son style et son univers au fil des années, et a fini par se révéler plus enclin à offrir des titres ensoleillés qu’à s’aventurer sur les registres purement street que l’on a tendance à prêter aux rappeurs bondynois, malgré quelques incursions sur ce terrain. Comme en témoigne sa participation à l’album 93 Empire l’an dernier, avec ce “ça braque, ça tire, ça bicrave même de l'héro, j'ai grandi là” qui nous rappelle qu’il a poussé assez loin de Mexico ou Marbella. 

La nouvelle star : Diddi Trix / Zixko

Scène extrêmement dynamique, Bondy voit bon nombre de jeunes pousses se faire un nom dans le monde du rap, de Bramo à Schroeder en passant par Zikxo. Ce dernier a d’ailleurs des références plutôt sérieuses : une signature chez Rec. 118 (le label au roaster spectaculaire SCH-Ninho-Leto-Sadek-et autres), un premier projet - intitulé Temps - majoritairement produit par l’équipe Katrina Squad. 

La percée véritablement spectaculaire cette année à Bondy est celle de Diddi Trix, passé en quelques mois du statut de petite promesse locale à celui de nouvelle petite star du rap français. Entre ses intonations très atypiques et son inclinaison très westeuse, il a su se démarquer du flot de sorties printemps dernier avec le projet Trix City et amener un peu du soleil californien dans la rue Fontaine.