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Rap français : qui a la meilleure clipographie ?
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Orelsan - capture "Rêves Bizarres" (Adrien Lagier & Ousmane Ly)
Orelsan - capture "Rêves Bizarres" (Adrien Lagier & Ousmane Ly)

Rap français : qui a la meilleure clipographie ?

Petit tour d’horizon des rappeurs français de la nouvelle ou de l'ancienne génération, qui sortent du lot au niveau des clips.

Quelques années en arrière, la sortie d’un clip de rap français constituait un vrai petit événement pour les auditeurs. Par manque de moyens, par absence de canaux de diffusion adaptés, la nécessité d’offrir un visuel à des titres marquants n’a pas toujours été évidente. Ce privilège était alors principalement réservé aux têtes d’affiche ou aux artistes signés en maison de disques. Avec la démocratisation des moyens techniques de tournage et surtout l’importance majeure prise par Youtube, la possibilité de clipper s’est progressivement étendue jusqu’aux artistes les moins exposés. 

Chaque semaine, les auditeurs sont inondés de nouveaux clips, et artistes comme réalisateurs doivent redoubler d’inventivité pour se démarquer : par un décor inédit (PNL, Au DD), une réalisation particulière (Orelsan, Fête de famille), des effets visuels ambitieux (Kekra, Putain de Salaire), un concept bien exploité (Vald, Journal Perso 2) … Certains rappeurs se sont constitués des clipographies franchement solides. 

PNL  

En moins de cinq ans, le groupe des Tarterêts a clippé plus d’une vingtaine de titres, avec deux grandes constantes : d’une part les story-tellings au style quasi-expressionniste, avec acteurs au jeu volontairement théâtral ; d’autre part les visuels sans réel scénario, calibrés pour nous en mettre plein la vue (Tour Eiffel, Islande, Namibie, etc). Depuis Le Monde ou Rien, tourné à la cité de la Scampia (Naples) en pleine effervescence Gomorra, les deux frères ont compris qu’un bon clip bien pensé était une arme fabuleuse, et n’ont cessé de monter en gamme d’album en album, pour atteindre des sommets sur le dernier avec À L’Ammoniaque, Au DD et Deux Frères. 

Le point fort : A chaque nouveau clip, on se dit qu’ils ne pourront pas faire mieux, et malgré tout, ils arrivent encore à nous surprendre. 

Le point faible : Certains clips paraissent tellement insensés qu’ils alimentent des théories du complot assez farfelues, notamment l’idée selon laquelle certains auraient été tournés sur fond vert (Oh Lala, Au DD), ou encore le mystère au sujet des cheveux de N.O.S et Ademo dans Deux Frères, qui reste entier. 

Orelsan  

Auteur de son premier clip il y a une quinzaine d’années, Orelsan a toujours maintenu certaines constantes comme son extrême décomplexion ou le fait de privilégier les idées au budget -et, une fois les moyens arrivés, mettre le budget au service des idées. Dès qu’il a eu les possibilités de le faire, il a rapidement réalisé ses principaux fantasmes, du personnage de Raelsan à son cosplay des Chevaliers du Zodiaque dans Ils sont cools. Par la suite, c’est une montée en puissance qui se divise entre clips à l’ambition affichée (Basique, Tout va bien), moments vraiment marrants (toute la clipographie des Casseurs Flowteurs) et idées abouties (Défaite de famille). 

Le point fort : Orelsan suit toujours ses envies, reste extrêmement cohérent avec son univers, n’a jamais honte de se déguiser, et pousse chacune de ses idées à son maximum. 

Le point faible : Il nous a tellement habitué à sortir du lot qu’on est déçu quand il publie un clip plus classique (Tout ce que je sais). 

Kekra  

Un peu comme PNL, Kekra est une entrée somme toute assez récente dans le paysage des clips français, et un artiste qui monte en gamme à chaque nouveau visuel. Après des clips au rendu assez basique à l’époque de Freebase 1, il a commencé à se démarquer par le biais de détails comme le cheval du John Wayne ou les extraits de Paid in Full dans P.M. C’est ensuite sa garde-robe et sa gestuelle qui ont attiré l’attention (Satin) avant qu’un savant mélange entre effets visuels inédits et décors inusités parachève le travail. Récemment, Kekra a passé un cap avec des clips franchement ambitieux comme CLS et surtout Putain de Salaire, tous deux basés sur un gros travail au niveau des effets spéciaux. 

Le point fort : Une volonté exacerbée de se démarquer, de plus en plus de moyens, et des idées fortes. 

Le point faible : L’écart faramineux entre les premiers visuels et les plus récents, qui pèse sur l’équilibre de la clipographie du rappeur. 

Varnish La Piscine et Makala  

La preuve qu’un bon clip c'est avant tout des idées et du travail, plus qu’une question de budget. Varnish et Makala, frères et artistes touche-à-tout, font dans le très haut-de-gamme sur ce plan, avec des visuels à l’identité forte où chaque concept est exploité jusqu’à ce que le meilleur en ait été tiré. Hommage à la blaxploitation et aux années 70 (Big Boy Mak), comédies musicales hallucinées (Les contes du Cockatoo), et vraie implication du point de vue scénaristique (par exemple Wes Anderson de Slimka, sur lequel Varnish est invité et a écrit lui-même le scénario). Le clip de Big Boy Mak a d’ailleurs été récompensé il y a quelques semaines en Suisse avec le prix de “meilleur clip suisse de l’année”. 

Le point fort : Varnish et Makala sont plus qu’impliqués dans leurs visuels, puisqu’ils scénarisent et réalisent eux-mêmes une bonne partie de leurs vidéos. Autre point fort, on est vraiment face à une clipographie qui ne ressemble à aucune autre. 

Le point faible : La dimension hallucinée et parfois barrée est très assumée, ce qui donne une oeuvre globale singulière mais à laquelle il faut accrocher. 

Vald  

Après des débuts amateurs où les idées étaient déjà bien présentes, Vald a rapidement su profiter des moyens mis à sa disposition par sa maison de disques pour se faire plaisir. D’abord en jouant sur son humour et ses idées un brin borderline (Par Toutatis, Shoote un ministre), en faisant dans l’absurde (les 3 versions d’Urbanisme, le clip à base de chutes de tournage de Si j’arrêtais, le fond vert d’Eurotrap) ou en allant là où personne, avec son niveau d’exposition, n’est allé (la version pornographique de Selfie). 

Le point fort : Des concepts que vraiment personne ne pense à aller chercher, une capacité constante à surprendre. 

Le point faible : Une frange du public parfois choqué par certaines images ou idées, ou hermétique à certains concepts. 

Laylow  

Prolongement direct de son univers musical très fourni, la clipographie de Laylow est marquée par l’importance de la dimension “digitale” : on se sent parfois dans de véritables visuels de cinéma de science-fiction. C’est l’attention portée aux détails qui fait alors la différence : les costumes et tenues du rappeur ne s’inscrivent dans rien de connu (mélangeant les époques, les styles), les effets et couleurs accentuent la dimension rétro-futuriste, tandis que les décors, plutôt urbains, renvoient dans un avenir plutôt sombre. Un imaginaire complet est convoqué, entre bras bioniques, créatures, et véhicules futuristes. 

Le point fort : La réalisation est toujours à la hauteur de l’univers (très riche) de Laylow. 

Le point faible : Il ne faut pas être allergique à la science-fiction ou à l’imagerie futuriste. 

Mac Tyer   

Que ce soit avec Tandem (93 Hardcore, la Trilogie) ou en solo (le plan-séquence de Je suis une légende, Un jour peut-être), Mac Tyer a toujours attaché une importance très particulière à l’esthétique. Difficile de dégager une constante bien précise au sein de sa clipographie, puisque les métrages scénarisés (Des chiffres et des litres) côtoient les vidéos au rendu plus street. 

Le point fort : En parcourant sa clipographie on retrace l’histoire du rap français depuis les années 2000, et on croise un nombre de guests faramineux. 

Le point faible : Certains visuels forcément moins léchés que d’autres, qui d’autant que la liste de ses clips est extrêmement longue. 

Entre rappeurs historiques à la clipographie à rallonge, nouveaux venus misant énormément sur l’image pour s’imposer, et artistes plus confidentiels mais aussi plus inventifs, la concurrence est large. Difficile d’établir un grand champion, mais on peut affirmer sans trop s’avancer que PNL a certainement réussi à produire les clips les plus évènementiels ces dernières années. Kekra a peut-être le plus fort potentiel, tant son univers visuel s’étoffe de projet en projet. Enfin, Varnish et Makala ont prouvé que la créativité n’avait de limites que l’imagination. Evidemment d’autres noms peuvent être cités, on pense par exemple à Siboy ou Rilès (dont on apprécie ou non la musique, mais qui soigne particulièrement ses clips), et pour contenter tout le monde on peut aussi donner la couronne à la Mafia K1Fry, ne serait-ce que pour le clip de Pour Ceux.