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Rap français : qui est le roi des featurings ?
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Ninho ft Maes - capture clip "Distant" (Fanatik prod)
Ninho ft Maes - capture clip "Distant" (Fanatik prod)

Rap français : qui est le roi des featurings ?

Dominé par Ninho ces dernières années, l’exercice du featuring est devenu très concurrentiel, avec quelques têtes d’affiche invitées sur une majorité d’albums.

Salif et Lino dans les années 2000, Niro ensuite, Ninho et Maes aujourd’hui… Quand il s’agit de featurings, le rap français aime s’appuyer sur quelques valeurs sûres. Ces dernières années, Ninho s’est imposé car le numéro 1 incontesté de l’exercice, aussi bien par la quantité monstrueuse de collaborations, que par le poids de son apport en featuring,  quantifiable par les millions de streams et de vues supplémentaires. Depuis quelques temps, Maes gagne pourtant du terrain, avec une productivité moindre mais autant de réussite sur le plan des chiffres, tout comme Heuss l’Enfoiré. D’autres s’imposent en revanche non pas par leur impact chiffré, mais par leurs performances à chaque invitation. Il est donc grand temps de faire le point sur les forces en présence dans le secteur très concurrentiel du featuring. 

Ninho, numéro 1 incontestable ?   

Une étude statistique publiée par le compte Rapsodie a montré qu’inviter Ninho en featuring garantissait en moyenne pour un artiste 5,8 fois plus de streams.  Concrètement, si vous publiez un album et que chaque titre est joué 100 fois, le feat avec Ninho sera joué 580 fois. Un bel argument à l’heure de composer sa tracklist et le choix des invités, d’autant que l’auteur de Destin a l’avantage de savoir s’adapter à tout, aussi bien en termes d’ambiances que de profil de collaboration. Aussi à l’aise avec des vétérans (Rim’K) qu’avec de gros hitmakers (Niska, Vegedream), sur des tubes dans l’air du temps (avec Naps) que sur des gros bangers plus street (avec Fianso et Hornet), il collabore aussi bien avec des têtes d’affiche qu’avec des rappeurs moins exposés. Attention tout de même, Ninho est capable de prendre toute la place sur le morceau et d’éclipser totalement son hôte, il faut donc se poser les bonnes questions avant de l’inviter. 

Maes, le challenger  

Moins productif que Ninho, qui a enregistré des featurings avec un nombre incalculable de rappeurs, Maes s’est imposé doucement mais surement comme la nouvelle valeur sûre des featurings. Booba évidemment, mais aussi Koba LaD, Dabs, Benab, Niro ou DA Uzi : tous ont pu profiter de ses performances, avec là aussi, une belle assurance de réussite sur le plan des chiffres. On regrettera peut-être qu’il soit plutôt invité pour chanter (Matin feat Koba LaD) et non pour rapper plus nerveusement (Stupéfiant feat Niro), mais étant donnée sa capacité à porter des tubes vers les sommets des charts, difficile d’en vouloir à ses hôtes.  

Niro, l’invaincu  

Plutôt discret entre chaque sortie de projet ces dernières années, Niro a été pendant une période l’un des rappeurs les plus productifs en featuring de toute l’histoire du rap français. Contrairement à Ninho aujourd’hui, qui n’a plus rien à prouver, Niro était alors en pleine ascension et se battait pour réussir dans la musique. On le retrouvait donc majoritairement en collaboration avec des rappeurs moyennement exposés, et un peu moins avec des grosses têtes d’affiche -depuis, il s’est bien rattrapé, et on l’a retrouvé ces derniers temps avec Gims, Sch, ou Maes. L’an dernier, on a surtout eu droit à une rencontre au sommet avec Ninho sur la compilation Game-Over, sorte de passage de témoin entre deux rois des featurings de deux générations différentes. Tout le monde a d’ailleurs été bluffé par la performance de Niro, mvp du morceau, et donc premier rappeur depuis belle lurette à prendre le dessus sur Ninho. 

Heuss, le tube assuré  

Ne reviens pas, Khapta, Moulaga, Dans l’Espace… Ces dernières années, difficile d’échapper à Heuss l’Enfoiré -et ce, qu’on cherche à écouter sa musique volontairement ou non. Inviter Heustler en featuring, c’est quasiment la certitude de réussir un tube à portée populaire, et de cumuler les millions de streams en un temps record. Le revers de la médaille pour lui, c’est qu’on l’appelle désormais quasiment uniquement pour ce genre de chose, et beaucoup moins pour rapper franchement -un exercice dans lequel il est pourtant très bon. 

Alkpote, le plus éclectique  

La récente annonce d’un featuring entre Mister V et Alkpote a pu surprendre, mais c’est bien mal connaître la politique de collaboration du rappeur essonnien. Déjà en 2012, à une époque où l’argent ne coulait pas vraiment à flot dans le rap, il devant la caméra de Sinox : “Un démembré, un handicapé, un monstre, une chanteuse, de la polka … tout ce que tu veux, je rappe avec n’importe qui, tant qu’il y a de l’argent. Auteur de mille-et-un featurings depuis ses débuts, en particulier à l’époque des mixtapes “La Crème” (du 91, d’Ile de France), il s’est récemment ouvert à des artistes très éloignés de son univers, comme Philippe Katerine ou Bilal Hassani. En revanche, là où des rappeurs comme Ninho et Maes prennent la peine de s’adapter à leur hôte, Alkpote se pose moins de questions et livre des performances assez homogènes. Idéal pour de gros titres axés sur la performance (avec Vald, avec Freeze Corleone). 

Mention spéciale : Sch, Kaaris, Fianso, Damso 

Plutôt discret en dehors de ses projets personnels ces dernières années, Sch a tout de même cumulé quelques collaborations prestigieuses (Lacrim évidemment, mais aussi Niska, Sfera Ebbasta ou Rim’K). Depuis deux ans, les featurings se font plus nombreux, et surtout s’avèrent bien plus marquants : HS (feat Hamza), Solvable (feat Niro), Valise (feat Rim’K et Koba LaD). S’il continue sur cette lancée, il pourrait finir par prétendre aux premières places. 

Kaaris, lui, doit faire face à des difficultés d’un autre genre : si ses performances à chaque fois qu’il est invité sont franchement excellentes (et bien meilleures que sur ses albums), il souffre de sa position sur l’échiquier du rap-game. Pour des raisons politiques, les possibilités de collaborer avec bon nombre de têtes d’affiche lui sont fermées. Bien dommage, quand on constate la qualité de ses couplets à chaque nouvelle invitation.

Damso a marqué les esprits en 2015 avec son apparition sur l’album Nero Nemesis de Booba, et ce couplet bien sale sur Pinocchio (“j'broie du noir quand j'ressors de tes seufs”, c’est certainement ce qu’on appelle le romantisme belge). Une première occasion de montrer sa capacité à porter un featuring, qu’il va confirmer au cours des années suivantes, avec des tubes (Mwaka Moon feat Kalash, Mobali feat Siboy et Benash) ou des titres marquants (Tricheur feat Nekfeu, Rêves bizarres feat Orelsan). Bien moins productif qu’un Ninho, il marque pourtant des points à chaque apparition, et reste une valeur sûre pour qui l’invite sur son album.

Enfin, on citera Fianso, d’une part parce qu’il est longtemps resté imprenable en featuring, et d’autre part parce que personne d’autre n’aurait été capable d’obtenir des collaborations avec le Suprême NTM et Alpha 5.20 à notre époque. 

PNL, pourquoi pas ?   

PNL et featuring sont évidemment deux notions complètement opposées, étant donné que depuis que les deux frères ont fusionné, leurs seuls collaborations se sont faites avec des artistes des Tarterêts, dans le plus pur esprit QLF. On a bien vu passer des featurings entre Ademo et d’autres rappeurs (Zekwe, Rim’K) avant sa percée, mais depuis, c’est un véritable cimetière de featurings qui s’étend sous les pieds du groupe. Entre les appels de phare de certaines têtes d’affiche françaises, le fameux dossier Drake, et les nombreuses sollicitations de toutes parts, on ne peut pas dire que les opportunités ne se soient pas présentées.