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Nekfeu, PNL, Ateyaba... la stratégie de l'absence est-elle vraiment payante ?
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Nekfeu (©Syrine Boulanouar) / PNL (©QLF Records) / Ateyaba (DR)
Nekfeu (©Syrine Boulanouar) / PNL (©QLF Records) / Ateyaba (DR)

Nekfeu, PNL, Ateyaba... la stratégie de l'absence est-elle vraiment payante ?

Dans une musique réputée pour son rythme de sorties effréné, certains exemples parfois atypiques continuent de montrer qu'il est possible de réussir sans occuper le terrain

La sortie récente des Etoiles vagabondes, dernier album en date de Nekfeu, vient mettre un terme à une attente de plus de deux ans et demi. Ce genre de durée n’est pas choquante si l’on parle d’autres registres musicaux (chanson, rock, variété). Mais du point de vue de l’auditeur de rap lambda, c’est énorme. Certes, les artistes français ne sont pas tous aussi productifs que leurs jeunes homologues U.S, sinon cela signifierait un album par an et 2 mixtapes dans l’année minimum. Mais de plus en plus, la demande des auditeurs et de l’industrie a tendance à presser tout le monde. Pourtant, quelques exemples montrent qu’il existe encore des artistes se permettant des absences prolongées. Si cela réussit à certains, cela peut en handicaper d’autres. Petite sélection avec une dizaine d’exemples.

Nekfeu

Durée d’absence : 2 ans et demi (décembre 2016-juin 2019)

Taux d’impatience : 90 %

État de la fanbase : même si l’artiste avait lui-même expliqué qu’il souhaitait prendre du recul avant de revenir aux affaires, on sentait que certains fans devenaient nerveux, et c’était lourd puisqu’une partie d’entre eux ne pouvaient pas s’empêcher de commenter "c’est nul, vivement que Nekfeu revienne" , généralement sur des sujets qui n’avaient strictement rien à voir.

Retour gagnant ? D’après les chiffres de ventes, le bonhomme n’a absolument pas à se plaindre, son public a répondu présent. Il faut dire que le film-documentaire sur une partie de sa vie et la conception du disque a fait office de teaser des plus luxueux.

PNL

Durée d’absence : plus de 2 ans et demi (septembre 2016 – avril 2019) mais il faut tenir compte de la tournée qui a continué d’alimenter l’univers du groupe.

Taux d’impatience : 90 %

État de la fanbase : fébrile, d’autant que le groupe fidèle à son habitude ne va pas du tout compenser en communiquant autrement. Concrètement ça veut dire qu’on était proche du silence radio pendant pas mal de temps et que beaucoup d’auditeurs ont pu se sentir comme le fameux Hervé en période de pénurie.

Retour gagnant ? Là encore, il n’y avait pas vraiment de doute. Les deux frères ont tout emporté sur leur passage, avec cette fois un écho un peu plus appuyé qu’auparavant à l’international.

Sofiane

Durée d’absence : 3 ans et 7 mois (juin 2013-janvier 2017)

Taux d’impatience : 50 %

État de la fanbase : c’est un peu spécial, dans la mesure où même les aficionados de Sofiane n’étaient pas les mêmes à l’époque qu’aujourd’hui. Il a gagné beaucoup de jeunes entre temps, et surtout l’attente qui accompagnait son retour n’existait pas à ce point avant.

Retour gagnant ? C’est peut-être le come-back le plus spectaculaire de la liste dans la mesure où si l’on compare le statut de Fianso avant et après sa "pause" , ça n’a plus rien à voir. Non seulement niveau popularité, mais aussi en terme de simple présence dans le paysage (featurings tous les 4 matins, patron de label, capable de fédérer une grosse partie de la scène du 93, etc).

Ateyaba

Durée d’absence : on a tendance  à dire depuis 2015, mais c’est un peu injuste puisqu’en réalité, même s’il ne sort pas de projet, depuis cette période il a quand même lâché ça et là des morceaux inédits et des apparitions en featuring.

Taux d’impatience : 60 %

État de la fanbase : un peu comme un lépreux au moyen-âge, elle a la foi mais elle perd des membres jour après jour. Le gros souci c’est que le rappeur n’avait pas annoncé directement qu’il allait prendre tel ou tel laps de temps pour bosser et sortir son album Ultra Violet. Du coup, le public a juste l’impression que le fameux LP est une sorte d’arlésienne repoussée encore et encore, sans spécialement savoir pourquoi.

retour gagnant ? En tout cas on te le souhaite.

Jul

Non, c’était pour voir si vous suiviez. Son maximum de temps d’absence c’est moins de 6 mois.

Dinos

Durée d’absence : 4 ans (avril 2014 – avril 2018)

Taux d’impatience : 40 %

État de la fanbase : pour le coup elle était assez réduite, et le temps pris par le rappeur était parfois même devenu un running gag (Dosseh, signé dans le même label, avait par exemple déjà plaisanté à ce sujet en interview). On était plutôt face à des gens qui avaient accroché à son style sur ses EP et qui le trouvaient trop long à sortir un long format.

Retour gagnant ? Dans son cas c’est plutôt un pari réussi dans la mesure où sur le papier, Dinos était un rappeur très jeune, qui bénéficiait de l’effervescence autour de Rap Contender où son côté vanneur marchait bien. En revanche, comme il l’a expliqué lui-même en interview plus tard, malgré 2 EP, il n’avait pas encore d’univers défini. On est donc face à quelqu’un qui a sciemment décidé de prendre son temps et peaufiner son art plutôt que de se lancer à la course aux hits, et qui a eu l’accueil critique qu’il attendait.

Booba

Durée d’absence : 2 ans (de décembre 2015 à décembre 2017), sauf que : autopsie 0, JDC, Salside, Elephant, DKR et aussi feats avec Niska, Damso, Dosseh, Lacrim, Kalash

Taux d’impatience : 70 %

État de la fanbase : Toujours fidèle. Peu importe ce que fait Booba, pour l’instant, les ratpis ne semblent pas se décourager, quelle que soit la durée d’attente entre les projets. Même la déconvenue suite à une rumeur de double-album (suite à un cafouillage Trône a fuité plus tôt que prévu et les plus imaginatifs ont cru que c’était un album en 2 parties) n’a finalement pas déçu tant de monde que ça sur le long terme.

Retour gagnant ? "On n’est pas back dans les bacs parce qu’on est jamais partis". La grosse astuce de Booba c’est de ne jamais donner l’impression qu’il est inactif. Concrètement, malgré l’attente pour Trône, son public était déjà occupé avec ses multiples apparitions et collaborations avec Kalash, Dosseh, Lacrim, etc. Même chose actuellement, il n’a en tout livré "que" 4 solos depuis 2018 (Gotham, BB, PGP, Arc en ciel) sauf qu’en parallèle il s’est maintenu dans l’actu grâce à un concert événement au U Arena, ses featurings (Niska, Maes, Médine, Bramsito), les clash sur les réseaux sociaux et ses différents business (pop-up store pour présenter sa nouvelle marque).

Rohff

Durée d’absence : 3 ans (décembre 2015-décembre 2018)

Taux d’impatience : 80 %

État de la fanbase : Diminuée mais solide. Le public de Rohff l’a toujours attendu malgré des déceptions, en revanche il n’a pas trop gagné en jeunes auditeurs suite à son retrait durant cette période, mais ça n’a pas l’air de le déranger : il a dit à plusieurs reprises que sortir de la musique tous les 2 mois juste pour se plier au rythme du streaming ne l’intéressait pas.

Retour gagnant ? Sachant que l’artiste était presque laissé pour mort artistiquement par beaucoup de monde et n'a donné que quelques interviews (avant de redémarrer une promo plus tardive), le score a rassuré pas mal de ses fans. C’est concrètement décevant si l’on compare à ses anciens chiffres mais assez positif par rapport au choix assumé de ne pas faire de single du moment. En gros, c’est le noyau dur de son public qui a parlé.

Bonus : Ali, Flynt et Fuzati

Durée d’absence : 5 ans en moyenne pour Ali et Flynt, un peu moins pour Fuzati si l’on compte tous ses projets communs et pas seulement ceux estampillés Klub des Loosers.

Taux d’impatience : Hors-sujet

État de la fanbase : chaque sortie est accueillie comme une bonne nouvelle mais personne ne va se plaindre du rythme.

Retour gagnant ? Ces rappeurs ont bien sûr des profils très différents les uns des autres. Mais dans les trois cas, on se trouve face à des artistes qui ont une vie personnelle et professionnelle qui ne tourne pas autour de la musique, en tout cas pas dans le sens industriel du terme, ils sont affranchis des contraintes. Ali a déjà expliqué qu’il fonctionnait par cycle, c’est d’ailleurs ce qui laisse espérer à certains un retour en 2020. Flynt aime le rap mais ne sort un album que s’il en a vraiment envie et s’il estime avoir des choses nouvelles à dire ; Fuzati, lui, ne ressent aucune urgence côté solo et peut laisser libre cours à sa passion en mixant, ou en se consacrant à son label (sorte de prolongement de son côté digger, il réédite notamment des raretés côté jazz). Certes, ils n’auront probablement jamais grosses ventes à leur actif, mais ils font ce qu’ils aiment. Elle est pô belle la vie ?