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Quand les rappeurs deviennent conférenciers
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Médine - session photo (Laura Becquet)
Médine - session photo (Laura Becquet)

Quand les rappeurs deviennent conférenciers

De Booba à Casey en passant par Dooz Kawa ou Fianso, petit tour d'horizon des conférences de vos rappeurs préférés.

Longtemps considéré par certains comme une sous-culture voire même comme un mode d’expression pour analphabètes, le rap français a gagné en légitimité d’année en année. Dragué par les marques et les hommes politiques, analysé par les sphères intellectuelles, invité dans les manuels scolaires, il a désormais sa place partout, et se positionne comme l’un des genres les plus influents auprès des jeunes générations. Preuve que le rap s’est désormais imposé dans les esprits, de nombreuses universités ou grandes écoles ont lui ouvert leurs portes. De Booba à Casey en passant par Dooz Kawa ou Fianso, les rappeurs sont régulièrement au centre de conférences ou de masterclass. 

La Rumeur à Sciences Po’ : la boucle bouclée

Le festival Le bruit de la ville, organisé par le Noise Festival, a déjà accueilli différents rappeurs comme Disiz ou Youssoupha. En 2017, la conférence se déroule dans les locaux de Sciences Po’ Paris, et accueille Hamé et Ekoué, le tout présenté par Yérim Sar. C’est le genre d’évènement sur lequel on peut poser l’expression “la boucle est bouclée” : Ekoué a toujours dit que le rap l’avait conduit aux études, et par conséquent à Sciences Politiques, où il obtient son master. Le rap lui a donc permis de revenir à Sciences Po’, et par la grande porte. 

La punchline : “PNL, MHD, Niska, toute la nouvelle école du rap français, ça donne plus envie que l’âge d’or ou j’sais pas quoi. Star des années 80 avec Jean-Luc Lahaye et les démons de minuit, maintenant y’a l’âge d’or … ça sent bon ça ! PNL et MHD, ça donne quand même plus envie.

Fianso : partout, tous les 4 matins

Quel que soit le domaine dans lequel il est invité, Fianso a tendance à occuper tout l’espace et à étendre ses tentacules de tous les côtés. Dès lors qu’il a posé le pied dans une grande école, on l’a donc retrouvé un peu partout, de Sciences Po’ à l’ESSEC. Avec ses casquettes d’artiste, d’entrepreneur, d'investisseur, de présentateur, de leader d’influence, de patron de maison de disques, d’acteur, et certainements de beaucoup d’autres choses (politicien, écrivain, philosophe, boulanger, plus grand chose ne nous étonnerait), il est forcément l’un des noms les plus intéressants à suivre en conférence. Déjà très loquace en interview, un exercice qui lui a permis de se construire un gros capital-sympathie, il développe énormément sur tout un tas de thématiques avec beaucoup de recul sur sa carrière, sur le monde du rap, ou encore sur l’industrie de la musique. 

La punchline : On pourrait en retenir beaucoup, on va citer “si tu te poses la question de ta street-crédibilité, mon grand … c’est que t’en as pas, réveille-toi !”, mais aussi “Quand Al Pacino joue Scarface, il n’est plus Tony Montana à partir du moment où le réalisateur dit “coupez !. Il enlève son costume, il prend une douche, c’est terminé. Pour les rappeurs, certains restent un peu prisonniers de leurs personnages. Ils se mettent à vouloir rattraper ce qu’ils disent dans leurs chansons, alors qu’à la base c’était des gentils garçons. 

Booba à Harvard : beaucoup de bruit pour pas grand chose

Un événement qui a eu un certain retentissement médiatique en 2016, avec une genèse assez rocambolesque racontée par son organisateur l’an dernier : pour résumer, Sam, qui en avait marre de galérer en France, a tenté d’obtenir une bourse à Harvard. De fil en aiguille, il a réussi à se faire quelques contacts au sein de la prestigieuse université. Il finit par se lancer dans un projet d’organisation de conférence sur le thème de la banlieue, avec pour invités Kader Aoun et Booba. Le rappeur donne d’abord son accord, avant d’annuler quelques jours avant l’évènement. 

La punchline : “Booba est un ancien élève d’Harvard, il y a passé un MBA, son prof était Michael Porter, et pendant ses freestyles, il faisait semblant d’écrire des textes pour mieux travailler sur son modèle PESTEL”, par deux petits malins qui ont balancé une vidéo au titre mensonger sur Youtube, mais qui livrent un vrai cours accéléré de marketing par la même occasion. 

Médine : polémique, plainte, le train-train quotidien du rappeur

En février dernier, quand l’annonce de la présence de Médine à l’Ecole Normale Supérieure pour une conférence a provoqué quelques réactions tendues -comme à chaque fois que le rappeur havrais est attendu quelque part. La députée LREM Aurore Bergé s’est carrément lâchée en qualifiant l’auteur de Prose Elite de “rappeur islamiste”. Ce dernier ne s’est pas laissé emmerder, puisqu’il a déposé plainte pour diffamation, invitant par ailleurs la députée et ses différents détracteurs à visionner la conférence. 

La punchline : “Est-ce que l’autotune c’est de la triche ? Est-ce que je triche moins lorsque je reprends une phrase quasiment intégrale de Bono (U2), qui lui, a lu sur un mur de Dublin “Dieu est mort selon Nietzsche, Nietzsche est mort, signé Dieu” ? Est-ce que je triche moins avec ce procédé qu’en utilisant le vocoder avec ma propre phrase ? Je sais, pas … allez, vous avez 4 heures !

Casey, passionnante à l’ENS

Encore une école prestigieuse (l’Ecole Normale Supérieure), avec une invitée de choix : Casey est une excellente cliente sur ce type d’exercice, d’une part parce qu’elle est très loquace, et d’autre part car elle va au fond des sujets abordés, détaillant et décortiquant sa pensée avec une absence totale de filtre. Elle prend d’ailleurs le temps de remettre les choses au point en rappelant que le rap n’a pas besoin de l’ENS pour exister et avoir son importance. 

La punchline : “Le rock s’est vidé de son sens, il a perdu toute son essence et toute sa moëlle. Maintenant, les mecs, ils chialent qu’elle est partie. Ou alors, dans le rock français, les mecs n’ont tellement plus rien à dire qu’ils le disent en anglais.

Lino et les punchlines

On ne va pas faire tous les rappeurs passés par l’ENS (on pourrait également citer Dooz Kawa ou Vîrus), chacune est intéressante à sa façon. Lino s’amuse plutôt bien, évoquant longuement l’une de ses spécialités, la punchline. Il raconte par exemple la genèse du fameux “Ärsenik prend Marianne en sandwich à en dégoûter la France des Oreos”, inspiré par une image de Charlotte Gainsbourg dans le film Nymphomaniac, mais aussi bon nombre d’autres sujets comme par exemple sa préférence pour les textes écrits sur papier plutôt que ceux sur téléphone. 

La punchline : “Pour reprendre les mots d’Ärsenik : à l’ENS, les rappeurs sont rares comme une pute à son compte”, posé en présentation par l’étudiant en charge de la présentation, Benoît Dufau. Chapeau, même Lino a apprécié. 

“J’ai choisi d’être un MC” et les conférences multi-artistes

Des conférences avec plusieurs intervenants, qui permettent de traiter des thématiques plus larges et surtout de confronter différents points de vue. C’est par exemple le cas de la conférence “J’ai choisi d’être un MC” réunissant Dooz Kawa, Hippocampe Fou, Georgio, Zoxea et Kadaze, des profils évoluent globalement dans la même zone, mais qui peuvent tout de même entrer en contradiction, ne serait que par les différences entre leurs parcours. 

La punchline : Le discours du mec qui défonce sans retenue Thomas Guénolé, sociologue et enseignant à Sciences Po’, un peu de joute verbale polie mais offensive c’est jamais mauvais pour le spectacle.