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Quand le rap français s’ouvre au reste du monde
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Lacrim et Rick Ross dans le clip "Never Personnal" - (réal : Beat Bounce Entertainment)
Lacrim et Rick Ross dans le clip "Never Personnal" - (réal : Beat Bounce Entertainment)

Quand le rap français s’ouvre au reste du monde

Les rappeurs français collaborent régulièrement avec leurs homologues américains. Depuis quelques années, ils s’ouvrent aussi à d’autres horizons : Japon, Italie, Maroc, etc.

On a déjà parlé en long et en large des featurings entre rappeurs français et rappeurs américains, le genre de collaboration coûteuse, difficile à mettre en place, et pas forcément très profitable sur le plan marketing. Véritables exceptions à l’époque des NTM-Nas et IAM-Sunz of Man, ces rencontres sont devenues régulières : Lacrim a invité Snoop Dogg ou Rick Ross sur son dernier album, Kaaris a featé Gucci Mane et Future, Sadek a croisé le chemin de Meek Mill, Dosseh celui de Young Thug, Gradur a bossé avec les Migos, etc. 

Ces dernières années, les rappeurs français se sont également ouverts aux scènes musicales d’autres pays, multipliant les featurings avec des artistes italiens, japonais, allemands ou autres. L’intérêt marketing est généralement limité sur le marché français, mais ouvre des possibilités artistiques plus intéressantes et plus en phase avec l’univers des rappeurs français : un feat italien fait sens avec l’imagerie mafieuse de Sch, une collaboration japonaise colle aux références de Kekra, etc. 

Le Royaume-Uni

Une bonne alternative aux rappeurs américains quand on veut réduire la distance et les coûts, d’autant que les rappeurs anglais sont bien plus créatifs ces dernières années. Ils possèdent leurs propres tendances et sous-genres (grime, drill UK), et plus de points communs avec nous dans leur mode de vie. L’intérêt, c’est que les français ont tendance à inviter des britanniques pour s’adapter à leur univers et les suivre sur le plan des sonorités ou de l’ambiance : les feats UK/FR ont donc souvent un vrai parfum d’outre-manche, et apportent donc un peu de fraîcheur et d’originalité chez nous. Orelsan racontait par exemple la genèse de son featuring avec Dizzee Rascal (et Nekfeu), expliquant que le rappeur londonien avait accroché sur l’ambiance grime du titre. On peut aussi citer la genèse du feat Lacrim - Paigey Cakey, plus drôle mais moins représentative de l’état d’esprit de ces connexions Paris/Londres. En revanche, on attend toujours le fameux Niska-Skepta, teasé il y a déjà un an et demi. 

L’Italie

L’une des associations les plus évidentes pour différentes raisons : d’abord, la proximité géographique et culturelle ; ensuite, les similitudes dans le mode de vie entre rappeurs nés dans des quartiers défavorisés (même si la situation est souvent pire côté transalpin) ; enfin, les raccourcis un peu faciles des français fascinés par la série Gomorra ou les films sur la mafia italo-américaine. De plus en plus nombreuses, les collaborations France-Italie sont favorisées par l’éclosion de la scène rap italien, qui avait bien besoin d’un renouvellement de ses têtes d’affiche et d’une mise à jour globale. 

La collaboration la plus naturelle est celle entre Sch feat Sfera Ebbasta, deux stars qui partagent quelques points communs, notamment une imagination sans commune mesure dès lors qu’il s’agit de composer une garde-robe. Leur association est particulièrement fertile : une première rencontre sur Anarchie en 2016, un match retour quelques mois plus tard sur le premier album de l’italien ; avant une nouvelle apparition du français sur un remix de XNX, extrait de l’album Rockstar de Sfera. Tous deux ont répété à plusieurs reprises leur respect mutuel, et même si l’univers de Sfera est un brin plus coloré que celui du S, on pourrait même imaginer un album commun avec Katrina Squad et Charlie Charles aux baguettes -de son propre aveu, Sfera Ebbasta serait plutôt enthousiaste. 

Les connexions France-Italie sont nombreuses ces dernières années, on a notamment vu Ninho collaborer avec Capo Plaza, l’un des pontes de la nouvelle génération transalpine. Le titre a particulièrement bien tourné en Italie, devenant l’un des gros hits de Capo Plaza -que l’on a notamment entendu en France avec le succès de Giovane Fuoriclasse ou le remix de Pookie d’Aya Nakamura. 

Phénomène du moment en Italie, Anna a récemment invité Jul sur son remix de Bando, après d’autres grosses connexions franco-italiennes comme celle entre Lacrim et Ghali, mais aussi Fianso-Tedua ou encore Dosseh-Izi, avec un superbe clip dans la neige. 

De manière générale, les artistes des deux pays ont trouvé un véritable terrain d’entente avec des sonorités trap bien plus adaptées à la langue italienne que les rythmiques boom-bap des années 90 : plus de possibilités de chant, plus d’espace entre les mesures, et plus de liberté sur le plan des intonations. 

L’Allemagne

On ne va pas dresser des connexions franco-allemandes dans le rap puisque nos confrères du site Le Bon Son l’ont déjà fait il y a quelques mois. Ce petit recensement est d’ailleurs l’occasion de constater que les collabs sont plutôt nombreuses et sont l’oeuvre de pas mal de têtes d’affiche : Booba, Rim’K, IAM, Alkpote, les Sages Po’, ont par exemple déjà croisé le mic avec des allemands. 

Les pays du Maghreb

Si les rappeurs français ont plutôt tendance à aller chercher des chanteurs qu’ils ont beaucoup écouté à la maison (Cheb Mami, Cheb Khaled, Reda Talliani, etc), l’essor des scènes rap algérienne, marocaine et tunisienne a permis de véritables collaborations entre rappeurs : Mister You et Balti (Tunisie), Laylow et Madd (Maroc), Lacrim et le groupe Shayfeen (Maroc), etc. L’initiative à la base de ces collaborations vient généralement de rappeurs français qui cherchent à se rapprocher de leurs origines, et éventuellement à toucher un public plus large : le marché de la musique au Maghreb est particulièrement porteur, et certains donnent autant d’importance à leur carrière sur place qu’à celle en France (Soolking, Mister You). 

Le Japon

Ce n’est pas une situation nouvelle : les rappeurs français aiment la culture japonaise. Bercés par les mangas, marqués par les films de Takeshi Kitano ou simplement par leurs voyages sur place, des artistes comme Nekfeu, Joke, Kekra ou Butter Bullets ont longuement rendu hommage au pays du soleil levant. Langue, distance, différences culturelles : les barrières pour un featuring sont bien plus nombreuses qu’avec un américain ou un italien, et pour cette raison les connexions sont bien moins nombreuses. 

Du côté des têtes d’affiche, Nekfeu a invité Crystal Kay sur Cyborg, mais il s’agit d’une chanteuse pop/RnB. L’un des rappeurs japonais qui s’exporte le plus, Kohh, est apparu sur le dernier projet en date de Kekra, tandis qu’Orelsan a déjà évoqué ses envies de collaborer avec des rappeurs nippons. 

Les collaborations internationales 

Ces dernières années, on a vu émerger des collaborations impliquant des rappeurs des diverses nationalités, une bonne façon de toucher un maximum d’auditeur sur un territoire aussi large que possible. Sch a certainement envie d’oublier son apparition sur International Gangstas malgré un couplet fidèle à son niveau de performances habituel, la faute à la présence du pestiféré 6ix9ine sur le morceau. Kekra, en revanche, a parfaitement représenté le rap français sur Bando Diaries au milieu d’un angais, un albanais (Noizy), un indien (Divine) et un australien (OneFour) avec un couplet resté dans les mémoires.