MENU
Accueil
Prince Waly : le souverain du rap destiné à être Roi
Écouter le direct
Prince Waly - (photo : DR)
Prince Waly - (photo : DR)

Prince Waly : le souverain du rap destiné à être Roi

Après trois ans de pause forcée, Prince Waly s’apprête enfin à dévoiler son premier album. Un projet par lequel il compte bien prétendre au titre de Roi.

« Décapitons-le et voyons s'il peut encore porter sa couronne ! » Cette phrase prononcée par T.I. n'est pas extraite d'un film, mais fait irrémédiablement écho au plus cinéphile des rappeurs français, celui dont du sang bleu coule dans les veines, le seul, l'unique : Prince Waly. Pourquoi ? Simplement parce que le MC franco-sénégalais originaire de Montreuil a vu son ascension royale freinée par le plus insaisissable des fléaux : la maladie.

Publiquement, il est toujours resté silencieux à propos du mal qui le rongeait. Au grand désespoir de ses fans, il a fait le choix de se mettre en retrait de la scène musicale le temps de livrer bataille. Une lutte acharnée dont il sortira victorieux après trois ans de rudes combats. Désormais guéri et détenteur d'une nouvelle force créative, le Prince a repris le chemin des studios et compte bien s'accaparer ce trône qu'il convoite depuis tant d'années. Première étape de sa prise de pouvoir sur le game : il est revenu avec un nouveau clip, Walygator, annonciateur d'un nouvel album à venir.

La nouvelle était juste trop belle pour être ignorée. La peau dure et le sang froid, le MC apparaît revigoré, dans une forme olympique et poussé par le soutien indéfectible de son public. A l'aube d'un nouveau chapitre de sa carrière et pour célébrer le retour de sa Majesté, retraçons ensemble le parcours de l'un des artistes les plus brillants de la scène rap contemporaine. Assurément.

Prince Waly : un artiste complet

Pour lui, le rap, c'est avant-tout une histoire de famille. Éduqué par ses grands frères aux titres de Lunatic et des X-Men entre autres, il attrape immédiatement le virus du hip-hop. Très vite ensuite, il se lance à son tour dans le son au sein des Big Budha Cheese, groupe qu'il forme avec son pote d'enfance, le MC et producteur Fiasko Proximo. Ensemble, les deux artistes vont intégrer le collectif hip-hop francilien Exepoq, ce qui permettra à Prince Wally de faire la connaissance avec les gars de 1995. Il sera particulièrement bluffé par Alpha Wann qui reste encore aujourd'hui l'une de ses plus grandes inspirations.

Par la suite, le MC de Montreuil va se rapprocher d'un autre collectif, Bon Gamin, composé des rappeurs Ichon et Loveni, puis du producteur Myth Syzer. C'est sur une de ses prods qu'il signera son premier morceau solo en 2013, Clean Shoes, un titre qui en dit déjà long sur sa technique au micro et sa science de la rime bien faite. Grâce à cette connexion, il s'offre une première exposition d'envergure sur Youtube et sort son premier EP trois ans plus tard. Un projet intitulé Junior et intégralement produit par Myth Syzer.

Dans la continuité de ses travaux en duo avec Big Budha Cheese, le proclamé « Maire de Montreuil » par ses proches conserve l'esthétique à l'ancienne qui fait sa force. Une formule old school transpirant les années 90 qu'il va sublimer avec une touche cinématographique bien à lui. Car Waly n'est pas seulement fan du rap de l'époque. Ce qui le chauffe, c'est aussi toute la culture qui gravite autour. Ainsi, il va insuffler à son art toute la mode et le cinéma des nineties, qui deviendront les deux pierres angulaires de son rap. Scarface, Le Parrain, Boyz In The Hood, Paid In Full, The Wire ou encore Casino sont autant de classiques du Septième Art auxquels il ne cessera de faire référence dans ses textes.

Clairement, dire que la vie de Prince Waly est un film serait un euphémisme. Entre egotrip et storytelling, tout au long de ce premier EP, il narre sa vie de hustler obnubilé par l'oseille. Tout ça dans un Montreuil corrompu, gangrené par le grand-banditisme et américanisé à la sauce années 90. Pour accentuer l’immersion de l'auditeur et le réalisme de son récit, le rappeur va aussi prêter une attention toute particulière à son image et va prendre un malin plaisir à se mettre en scène dans ses films favoris.

Toujours très bien sapé, au point d'être considéré par beaucoup comme le rappeur le plus stylé du game aux côtés de SCH, Prince Waly enchaîne trois ans plus tard avec un deuxième EP, BOY Z. Comprenez par-là qu'avec ce projet, le rappeur affiche une volonté non-dissimulée de s'adresser à la fois à la génération Y dont il est issu et à la génération Z qui suit.

Pour y parvenir, plus question de romancer sa vie comme dans un film. Il va préférer jouer la carte de l’authenticité en livrant la bande originale de son quotidien à M City, sans artifice. Qu'il s'agisse de raconter ses premières expériences de fumette dans Smoke, de rapper son amour pour les sneakers dans Ma Chaussure ou d'évoquer ses premiers émois amoureux dans Girl, Prince Waly fait tomber les masques comme jamais il ne l'a fait auparavant.

Également, exit les sonorités années 90 chères à Syzer et à son groupe Big Budha Cheeze. Sur BOY Z, il va opérer un virage contrôlé vers l'ère moderne du rap. Contre toute attente, il glisse davantage vers des sonorités électroniques et énergiques, allant même jusqu'à flirter avec des rythmiques trap.

Autre preuve qu'il s'emploie à sortir de sa zone de confort  il va surprendre le public en poussant la chansonnette aux côtés de l’envoûtante Enchantée Julia et va s'associer avec le groupe de rock français Feu! Chatterton pour donner vie au titre éponyme du projet. Faire appel à un artiste aux antipodes de son univers musical pour un morceau aussi important que celui-ci, voilà ce qui s'appelle mettre un grand coup de pied dans ses acquis.

Pas d'inquiétude cependant. Aussi déroutant soit le projet, Prince Waly parvient à conserver l'essence de ce qui fait sa formule. Son sens de l'esthétisme old school reste présent dans ses clips, tout comme les multiples références cinématographiques continuent d'alimenter ses textes. Mais contrairement à un Junior dans lequel les refs semblaient souvent lâchées pêle-mêle, elles sont désormais intégrées à son univers de façon bien plus subtile. Savoir s'ouvrir sans se renier, n'est-ce pas cela la marque des grands artistes ?

Prince Waly n'en est qu'à son deuxième projet, mais on ne peut nier qu'il affiche déjà une maturité artistique et une palette de compétences hors normes : flows ultra-techniques, style intestable, storytelling captivant, esthétique chiadée, finesse lyricale, versatilité musicale ou encore authenticité à toute épreuve... Bref, il a clairement tout pour devenir un futur grand roi du rap français.

À la conquête du trône

Fier d'avoir su rester lui-même tout en chamboulant les codes de son art, Prince Waly a désormais une vision claire de la direction qu'il souhaite donner à sa carrière. Envers et contre tous, il promet donner vie à la musique qu'il aime et ce sans jamais compromettre qui il est. C'est ainsi que dans la foulée de la sortie de BOY Z, il quitte son label et commence déjà à réfléchir à la couleur que prendra son premier véritable album solo. Tout allait bien jusqu'à ce que son destin le rattrape brutalement. Frappé de plein fouet par la maladie, il est contraint de prendre une pause forcée et doit mettre sa carrière musicale entre parenthèses.

Sèchement fauché pendant son ascension et longtemps privé d'aspirer à la moindre couronne, le Prince a finalement trouvé le chemin de la rémission après plusieurs années de bataille. Trois ans après son dernier projet, le MC cracheur de feu est définitivement sorti de sa cage avec la rage d'un reptile affamé, en mode Walygator.

Premier constat : sa force de frappe, son style, son sens de l'esthétisme et sa technique sont restés intacts. Partagé entre colère et mélancolie, Waly s'affiche derrière une épaisse veste en cuit et des grillz argentées, au travers une imagerie toujours aussi soignée et bien ancrée dans les années 90. Intemporel et toujours frais, le rappeur donne presque l'impression d'être resté en stase en attendant sa guérison, jusqu'à l'ouverture d'une nouvelle faille spatio-temporelle.

Interrogé par CliqueTV à l'aube de son retour musical, l'artiste a fait savoir qu'il était en pleine forme, qu'il avait remis de l'ordre dans sa vie et qu'il avait tiré des leçons positives de toutes ces épreuves difficiles. On se doute alors que son parcours du combattant sera au cœur de son premier album et qu'après tout ce qu'il a traversé, il doit avoir pas mal de choses à raconter !

Si se confier est aujourd'hui monnaie courante dans le rap, Prince Waly, la chose n'est pas aussi simple. A la fois pudique et timide, l'artiste n'a encore jamais réellement franchi le cap dans sa musique. Plutôt adepte du storytelling, il a justement fait le choix de raconter des histoires pour éviter d'avoir à parler ouvertement de lui. Sorti grandi de sa convalescence et galvanisé par tout l'amour que lui a envoyé son public ces derniers mois, il semble aujourd'hui fin prêt à franchir ce cap décisif pour notre plus grand plaisir.

Pour le moment, Prince Waly est resté vague sur ce que nous réserve concrètement son futur projet. Il a simplement fait savoir que celui-ci sera résolument plus personnel et intime, mais surtout réalisé avec le cœur, sans calcul, ni compromission. Il a aussi promis de garder la même exigence de qualité, tout en assurant qu'il ne se reposerait pas sur ses lauriers. De nouvelles prises de risques en perspective et des collaborations encore plus audacieuses ? En témoignent ses précédents projets, avec lui, on peut clairement s'attendre à tout. Et puisque comme chacun sait, un premier album c'est sacré, on souhaite que le sien marque l'avènement d'un nouveau Roi.